Le fɔ̀ngbè est une langue tonale. La hauteur de la voix portée par une syllabe peut contribuer à distinguer des mots qui possèdent pourtant les mêmes consonnes et les mêmes voyelles.
1. Deux tons lexicaux de base
Dans l'analyse phonologique de référence de Claire Lefebvre et Anne-Marie Brousseau, le fongbe possède deux tons lexicaux fondamentaux :
H
L
Un mot du lexique peut donc être spécifié par un ton haut ou par un ton bas. Ces tons peuvent ensuite subir différents processus phonétiques lorsqu'ils sont prononcés.
2. Les tons que l'on peut entendre ou noter
À partir des deux tons lexicaux de base, plusieurs réalisations peuvent apparaître dans la parole.
| Ton | Notation | Valeur | Statut |
|---|---|---|---|
| Haut | á | Hauteur élevée | Ton lexical de base H |
| Bas | à | Hauteur basse | Ton lexical de base L |
| Bas-haut / montant | ǎ | La voix monte du bas vers le haut | Réalisation phonétique LH |
| Haut-bas / descendant | â | La voix descend du haut vers le bas | Réalisation phonétique HL |
| Moyen | a | Hauteur intermédiaire | Réalisation phonétique ; généralement non accentuée dans la notation du site |
3. Pourquoi trouve-t-on souvent quatre tons dans les méthodes ?
Dans les méthodes pédagogiques et dans certaines conventions orthographiques, on présente souvent quatre formes principales :
- le ton bas : à ;
- le ton haut : á ;
- le ton moyen : a ou parfois ā ;
- le ton montant bas-haut : ǎ.
Cette présentation est utile pour apprendre à lire et à prononcer le fongbe, mais elle ne doit pas être confondue avec l'analyse phonologique du système.
Sur ce site, le signe ˇ est conservé pour rendre visible le mouvement bas-haut dans des formes telles que mĭ, wă ou nǔ.
4. Le ton peut changer le sens
Le ton possède une fonction distinctive. Deux formes composées des mêmes consonnes et de la même voyelle peuvent avoir des significations différentes.
Les deux mots possèdent les mêmes segments x + u. C'est ici le ton qui permet de les distinguer.
Autre exemple : les pronoms
| Forme | Sens |
|---|---|
| mĭ | nous |
| mi | vous |
| mì | me, moi |
Cet exemple montre concrètement pourquoi la notation des tons est particulièrement utile dans un dictionnaire ou dans une méthode d'apprentissage.
5. Le ton montant
Le ton montant LH commence bas et se termine haut. Dans la notation pédagogique utilisée sur ce site, il est souvent représenté par un caron :
ǎ, ĕ, ɛ̌, ĭ, ŏ, ɔ̌, ŭ
Selon l'analyse de Lefebvre et Brousseau, le ton montant n'est pas un troisième ton lexical indépendant. Il correspond notamment à la réalisation d'un ton haut après certaines consonnes sonores ou sonantes.
C'est pourquoi un mot peut posséder phonologiquement un ton haut, tout en étant réalisé avec une montée de la voix.
6. Le ton descendant
Le contour HL correspond à une hauteur qui commence haut et se termine bas.
â
Il peut apparaître à la suite de processus tonals dans lesquels un ton haut se propage vers une syllabe portant un ton bas.
Il s'agit donc lui aussi d'une réalisation dérivée, et non d'un troisième ton lexical fondamental.
7. Le ton moyen
La hauteur moyenne est généralement représentée sur ce site par une voyelle sans accent :
a
Dans certaines descriptions linguistiques, un macron peut aussi être employé :
ā
Le statut du ton moyen doit cependant être formulé avec prudence. Dans l'analyse de Lefebvre et Brousseau, il ne constitue pas un ton lexical fondamental indépendant.
Des réalisations moyennes sont notamment attestées comme variantes phonétiques de contours tonals dans certains parlers, en particulier dans les régions de Ouidah et de Porto-Novo.
8. Les tons changent dans la chaîne parlée
Un mot prononcé isolément et le même mot placé dans une phrase ne présentent pas toujours exactement la même courbe mélodique.
Les tons peuvent être modifiés par des phénomènes tels que :
- la propagation d'un ton vers une syllabe voisine ;
- la formation d'un contour montant ou descendant ;
- l'abaissement d'un ton haut ;
- les interactions entre tons à l'intérieur d'un groupe prosodique.
9. Ton lexical et intonation
Le ton et l'intonation ne sont pas la même chose.
Le ton appartient au système linguistique du mot ou de la syllabe. L'intonation concerne davantage la mélodie générale de l'énoncé : affirmation, interrogation, insistance, émotion, etc.
Les deux phénomènes peuvent naturellement interagir dans la parole.
10. Pourquoi écrire les tons ?
Dans la vie courante, les tons ne sont pas toujours indiqués systématiquement à l'écrit. Le contexte permet souvent au lecteur expérimenté de comprendre le mot attendu.
Pour l'apprentissage, le dictionnaire et l'étude linguistique, leur notation est néanmoins très utile.
Elle permet notamment :
- de connaître la prononciation du mot ;
- de distinguer certains homographes ;
- de comprendre les alternances tonales ;
- de conserver une information essentielle dans les dictionnaires et corpus.
11. À retenir
- Le fongbe est une langue tonale.
- Dans l'analyse phonologique de référence, il possède deux tons lexicaux de base : haut et bas.
- Le ton haut est généralement représenté par l'accent aigu : á.
- Le ton bas est représenté par l'accent grave : à.
- Un contour bas-haut peut être représenté pédagogiquement par le caron : ǎ.
- Un contour haut-bas peut apparaître à la suite de processus tonals : â.
- Une réalisation moyenne peut également être observée.
- Ces réalisations de surface ne constituent pas toutes des tonèmes lexicaux indépendants.
- Le ton peut modifier le sens : xú « os » et xù « mer ».
- La prononciation tonale d'un mot peut être influencée par son environnement dans la phrase.
12. Pour aller plus loin
L'étude détaillée de la tonologie du fongbe fait intervenir des phénomènes plus complexes : propagation tonale, tons flottants, downstep, contours tonals et interactions entre phonologie, morphologie et syntaxe.
Ces phénomènes demandent une analyse spécifique et ne doivent pas être réduits à une simple liste de règles mécaniques.
Sources linguistiques principales
Claire Lefebvre et Anne-Marie Brousseau, A Grammar of Fongbe, Mouton de Gruyter.
Anne-Marie Brousseau, travaux sur la morphologie et la phonologie du fongbe.
Les exemples lexicaux xú / xù et mĭ / mi / mì sont également attestés dans le dictionnaire fongbe-français de fongbebenin.com.