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Quelques contes du Bénin

Une promesse trop bien tenue

Il était une fois un chasseur, un pauvre chasseur, qui hérita d’une poignée d’or, qu’il enterra sous son lit pour bien la protéger contre les voleurs.

Un jour, alors que le gibier devenait rare dans les environs, il entreprit d’aller chasser dans un pays lointain.

Le matin de son départ, il s’entretenait avec sa femme, sa douce Sèché, toute en pleurs :

« Ne pleure pas, Sèché, je reviendrai dans trois mois. Voilà notre fortune enterrée sous le lit. Garde-la bien, c’est tout ce que nous possédons. Et pour t’aider, voici mon Yayangan ! »

Il lui tendit une lourde épée recourbée.

« Tu en auras sûrement plus besoin que moi. Quiconque tentera de te surprendre la nuit aura les os brisés par cette arme si tu lui en assènes un coup sur le dos. Et surtout, pas d’hospitalité ! »

À toutes ces recommandations, Sèché répondit, le visage noyé de larmes : « Oui, mon chéri, je ferai selon ta volonté. Mais j’espère que tu feras aussi selon la mienne, c’est-à-dire que tu reviendras vite, n’est-ce pas ? »

Il ne dit rien de plus. Il semblait lui aussi avoir du chagrin à l’idée de quitter sa femme. Pourtant, il cacha sa souffrance pudiquement et sauta en selle en essayant de réprimer un sanglot... Et voilà, il était parti... Sèché regarda un instant sa silhouette s’effacer à l’horizon.

Puis elle revint s’enfermer, seule, dans sa chambre afin de retrouver un peu de calme dans ses soupirs...

Cependant, la nuit suivante, alors qu’elle souffrait encore, elle entendit le grincement d’une clé qu’on essayait d’introduire dans la serrure. Elle se leva promptement, attrapa le yatangan, qu’elle leva au-dessus de sa tête, prête à frapper, et cria :

« Qui est là ? »

— « Un blessé quelconque, répondit une voix d’homme derrière la porte. Je suis poursuivi. Vous ne m’abriterez pas ? »

— « Pas d’abri possible, mon cher, décampez ! »

Et elle n’entendit plus rien d’autre que les pas de l’homme qui s’éloignait en jurant...

Pourtant, quelque temps après, elle entendit de nouveau le bruit d’une clé dans la serrure. Mais cette fois la porte s’ouvrit. Elle se précipita sur le yatangan et le brandit bien haut. Son cœur bondissait dans sa poitrine.

Elle vit alors se dessiner l’ombre d’un homme dans l’entrée de sa maison. Il était masqué, ce qui accroissait encore la peur de Sèché. L’homme s’avançait d’un pas imposant, comme fier de lui-même, et, justement, il se dirigeait vers la chambre où se trouvait l’or.

Sans attendre davantage, Sèché le rejoignit d’un bond et lui assena un coup de yatangan sur le dos, comme elle l’avait promis à son mari. Elle frappa si fort que l’épée atteignit le cœur, qu’elle trancha net. L’homme chancela et s’effondra lourdement sur le sol.

Alors, Sèché alluma sa lampe et enleva le masque de l’individu. Quelle ne fut pas sa surprise !... Sèché était médusée par ce qu’elle voyait... Elle regarda plus attentivement le visage de cet homme qui gisait là, sous ses yeux...

Eh bien, oui ! Elle ne pouvait plus en douter. Cet homme était son mari, son mari qu’elle croyait parti pour un pays lointain et qui était venu se voler lui-même !

Et pourquoi ? Elle ne sut jamais répondre à cette question.

Et, pour tout le reste de sa vie, ce logis devint une galère et ses deux joues furent deux lits où des fleuves de larmes brûlantes coulèrent sans cesse...

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