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Quelques contes du Bénin

L’araignée, le mouton et le bouc

Mon conte roule, roule, roule et tombe sur l’Araignée, le Mouton et le Bouc.

L’Araignée, le Mouton et le Bouc étaient de bons amis. Un jour, l’Araignée, voulant rendre visite à sa belle-mère dans un village situé à plusieurs jours de marche de sa maison, demanda au Mouton de l’accompagner. Celui-ci accepta, pensant qu’il en tirerait sûrement quelques avantages.

En partant, l’Araignée remit à son compagnon un gros sac contenant des assiettes et des bols, et elle prit sa canne en main. Puis elle recommanda au Mouton de déposer un bol ou une assiette au bord de la route à chaque fois qu’elle pointerait sa canne en terre. Et ils partirent...

L’Araignée marchait et le Mouton la suivait. À chaque coup de canne de l’Araignée, le Mouton déposait au bord de la route soit un bol, soit une assiette, comme il avait été convenu. Il exécuta si bien la consigne que toute la collection de bols et d’assiettes fut bientôt épuisée alors que les deux compères étaient encore à une demi-journée de marche du village de la belle-mère.

Quand ils arrivèrent chez elle, on servit à manger.

Mais l’Araignée demanda alors au Mouton de lui donner une assiette pour avoir sa part de nourriture. Le Mouton ne comprenait pas bien, car toute la vaisselle avait été déposée sur le bord du chemin comme l’Araignée l’avait demandé. Celle-ci justifia sa demande par le fait que sa belle-mère ne comprendrait pas comment elle, personnage si important dans le village, pourrait manger dans le même plat qu’un Mouton.

Sans rien dire, le Mouton retourna chercher la dernière assiette qu’il avait déposée sur le chemin. Mais bien avant son retour, le repas était terminé et l’Araignée ordonna à son « ami » d’aller remettre l’assiette à sa place puisqu’il n’y avait plus rien à manger.

Cette scène se répéta plusieurs fois pendant la semaine du séjour, si bien que le Mouton, penaud, décida de rentrer chez lui.

Sur le chemin du retour, il trouva, dans un champ, du vin de palme qui, seul, pouvait lui rendre sa bonne humeur. Mais il s’en remplit tant la panse qu’il dut se boucher l’anus avec une feuille pour pouvoir rentrer.

Arrivé à la maison, ses enfants réclamèrent à manger. Il décida de leur cueillir des papayes*. Mais pendant qu’il grimpait au papayer*, un enfant voulut enlever la feuille qui, pensait-il, gênait son père, et tout le vin que ce dernier avait bu s’écoula. Alors le Mouton s’évanouit et trépassa...

Une autre fois, ce fut le Bouc que l’Araignée sollicita pour l’accompagner chez sa belle-mère. Mais ce dernier n’était pas bête comme le Mouton. Et il le montra...

Au moment de partir, l’Araignée donna au Bouc les mêmes instructions qu’au Mouton, à savoir : déposer un bol ou une assiette sur le bord du chemin à chaque endroit où elle pointerait sa canne.

En cours de route, l’Araignée fit comme elle avait dit, mais le Bouc n’exécuta pas la consigne car il soupçonnait quelque ruse. Quand l’autre pointait sa canne quelque part, il remuait le sac, prenait un bol qu’il tapait sur le sol, puis le remettait dans le sac. Ainsi, il put tout conserver et, dès son arrivée chez la belle-mère, il cacha le sac derrière la maison.

Lorsque le moment du repas arriva, l’Araignée envoya le Bouc chercher un bol pour recevoir sa part de nourriture. Prestement, le Bouc courut derrière la case et revint presque aussitôt avec un bol. Surprise et dépitée à la fois, l’Araignée ne put que lui donner ce qui lui revenait.

Trois jours de suite, le Bouc réussit à apporter le bol à temps et l’Araignée, de plus en plus fâchée, fut obligée de le laisser manger. Tout de même, le quatrième jour, elle trouva une autre idée : elle envoya le Bouc à la chasse pour le compte de sa belle-mère et profita de son absence pour dire à celle-ci :

« Ne nous servez plus le repas le jour. Attendez la nuit. Je me coucherai au plus près de la porte et me couvrirai du drap blanc. Vous me porterez vous-même la nourriture à la bouche et, quand je dirai : “Ton, ton, non !”, vous me ferez boire. »

Malheureusement pour l’Araignée, le Bouc s’était caché derrière la case au lieu d’aller chasser et il avait entendu tout le complot. Alors, la nuit venue, il attendit que l’Araignée fût endormie pour s’introduire dans la pièce où elle dormait, puis il la poussa tout doucement et prit sa place sous le drap blanc.

Au milieu de la nuit, la belle-mère arriva avec le repas et fit manger le Bouc en croyant faire manger l’Araignée. Entendant : « Ton, ton, non ! », elle lui donna à boire et repartit.

Le lendemain, après que le Bouc eut été envoyé une nouvelle fois à la chasse, l’Araignée demanda à sa belle-mère pourquoi elle n’était pas au rendez-vous de la nuit. Bien sûr, elle répondit qu’elle y était. Alors toutes deux comprirent que le Bouc les avait eues.

Mais l’Araignée avait un autre tour dans son sac : elle décida de quitter sa belle-mère avant le retour de son compagnon afin de garder pour elle seule l’arachide grillée que leur hôtesse devait leur offrir. C’était, bien sûr, sans compter avec la ruse du Bouc qui, encore une fois caché derrière la maison, avait tout entendu.

Bien décidé à se venger d’une amie aussi ingrate, le Bouc partit avant le réveil de l’Araignée et courut l’attendre sur le chemin du retour. Quand il l’aperçut, il se transforma en un joli foulard car il était un peu magicien. L’Araignée trouva le foulard à son goût, le ramassa et en couvrit son arachide grillée dans le sac.

Quelques instants plus tard, elle entendit une chanson dont elle chercha en vain la provenance. Elle comprenait :

« Clu, clu, clu, c’est très doux
Clu, clu, clu, c’est très doux
Rien de plus doux que
Ce que la belle-mère a donné. »

Mais sans savoir ce que cela signifiait.

Or c’était le Bouc qui chantait en mangeant les arachides grillées dans le sac. Mais l’Araignée ne s’apercevait de rien.

Arrivée à la maison, elle invita ses enfants à prendre ce qu’elle leur avait ramené de son voyage. Ceux qui se présentèrent avec de petits bols furent sévèrement châtiés car ils doutaient de la générosité de leur aïeule, et ceux qui avaient apporté des bassines furent félicités.

Mais, à l’ouverture du sac, ce furent de grosses abeilles qui en sortirent et qui tuèrent toute la famille de l’Araignée...


* le papayer est un arbre des régions tropicales dont les fruits s’appellent des papayes et qui ressemblent à des melons.

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