Quelques contes du Bénin
Le boa et la tortue
Celui qui sauve un ingrat doit souvent sa survie à l’intelligence d’un tiers.
Voici mon conte. Qu’il aille et qu’il vienne.
Il était une fois, au pays des animaux, un boa et une tortue qui vivaient sans grands soucis. Mais un jour la famine s’abattit sur le pays, et tous deux se retrouvèrent sans rien à manger.
Le boa alla alors se poster près de la rivière, caché dans un trou, à l’affût de toute proie. Tous les animaux qui passaient à sa portée étaient saisis, tués, puis dévorés.
Un chasseur finit par apprendre ce qui se passait. Décidé à délivrer le pays de ce prédateur, il plaça un piège à l’entrée même du trou. À la première sortie du boa, le piège se referma sur lui.
Le serpent se retrouva prisonnier. Les jours passèrent, et bientôt la faim recommença à le tourmenter.
Une petite souris passa près de là. Le boa la supplia :
« Oh, petite souris, délivre-moi de ce piège ! »
Mais la souris répondit aussitôt :
« Si je te sauvais, tu me mangerais. »
Et elle poursuivit sa route.
Un peu plus tard, ce fut une tortue qui s’approcha. À sa vue, le boa reprit ses plaintes :
« Sauve-moi, chère tortue. Regarde dans quelle misère je me trouve ! »
La tortue, méfiante, répondit :
« Tu es un danger pour moi. Si je te délivre, tu me dévoreras. »
Mais le boa sut choisir les mots qui rassurent. Il promit, jura, assura qu’il ne lui ferait aucun mal. Finalement, la tortue se laissa convaincre et ouvrit le piège.
À peine libre, le serpent oublia ses promesses.
« Voilà deux mois que je n’ai rien avalé, dit-il. Je suis affamé. Il faut maintenant que je te mange. »
La tortue bondit en arrière et s’écria :
« Je le savais ! On ne peut pas te faire confiance ! »
Et, contre toute attente, elle se mit à courir aussi vite qu’on n’avait jamais vu tortue courir.
Le boa se lança aussitôt à sa poursuite. En chemin, ils croisèrent l’hyène. La tortue lui expliqua la situation et demanda justice. Mais l’hyène répondit froidement :
« Puisque tu l’as sauvé, laisse-le donc te manger. »
La tortue, stupéfaite, repartit de plus belle.
Un peu plus loin, ils rencontrèrent le lièvre. Curieux, celui-ci voulut comprendre ce qui se passait. Après avoir écouté les deux versions, il secoua la tête.
« Je ne vois pas comment une si petite tortue aurait pu délivrer un aussi gros boa. Pour juger, il faut revoir la scène exactement comme elle s’est passée. »
Le boa, un peu honteux de sa conduite en présence du lièvre, accepta. Tous trois retournèrent donc au bord de la rivière, là où se trouvait encore le piège.
Le lièvre l’ouvrit et demanda au boa de se remettre en place. Le serpent obéit. Dès qu’il fut bien engagé dans le piège, celui-ci se referma sur lui.
Alors le lièvre demanda à la tortue :
« Est-ce bien ainsi que tu l’as trouvé ? »
La tortue répondit :
« Oui, exactement ainsi. »
Le lièvre reprit :
« Et c’est là qu’il t’a promis de ne pas te manger si tu le délivrais ? »
La tortue acquiesça.
Alors le lièvre conclut calmement :
« Puisqu’il a repris sa place et que tu n’es plus en danger, va maintenant ton chemin… et laisse-le où il est. »
La tortue suivit ce sage conseil.
Et le boa demeura prisonnier de son ingratitude.