Quelques contes du Bénin
À chacun selon son destin
La mort ne choisit pas à notre place : chacun, dit-on, porte déjà en lui ce qu’il vivra.
Il y a bien longtemps vivait un homme nommé Okou, dont le nom signifie « la mort » en goun. Il habitait seul, à l’écart, et ne parlait à personne. Sa présence inspirait autant de crainte que de mystère.
Dans un village éloigné, un père était accablé : il avait déjà perdu dix de ses enfants. Désespéré, il finit par écouter ceux qui lui conseillaient d’aller consulter Okou.
Il entreprit le voyage.
Arrivé devant lui, il demanda :
« Pourquoi mes enfants meurent-ils ainsi ? »
Okou éclata de rire, puis répondit calmement :
« Crois-tu vraiment que je décide de leur mort ? »
Puis il ajouta :
« Devient mon ami. Désormais, aucun de tes enfants ne mourra. Combien t’en reste-t-il ? » — « Huit », répondit l’homme. — « Alors ils vivront tous. »
Rassuré, le père rentra chez lui.
Mais quelques mois plus tard, un enfant tomba malade. Puis il mourut. Un second suivit.
Fou de douleur, le père saisit son coupe-coupe et retourna chez Okou, décidé à le tuer.
Mais lorsqu’il leva le bras, celui-ci resta suspendu dans les airs.
Okou lui demanda :
« Que veux-tu faire ? » — « Te tuer. Tu as menti. »
Alors Okou l’invita à le suivre jusqu’au bord d’une rivière, où se dressait un grand arbre. Il lui demanda d’y grimper et d’observer en silence.
Au bout d’un moment, un piroguier arriva, transportant une jeune fille. Elle se présenta devant un secrétaire et déclara :
« Je veux que ma mère meure au moment de ma naissance. »
Puis un jeune homme demanda une vie riche et heureuse, mais une mort accidentelle.
Un autre souhaita qu’un incendie détruise les biens de ses parents le jour de son baptême.
Enfin, un dernier demanda richesse, santé… et quarante et un enfants sans aucun malheur.
Perché dans l’arbre, l’homme tremblait. Il n’en croyait pas ses oreilles.
Il descendit et rejoignit Okou.
Celui-ci lui dit simplement :
« Ceux que tu as vus sont des êtres avant leur naissance. Chacun choisit ce qu’il vivra. Voilà la vérité. »
De retour au village, l’homme apprit qu’une femme était morte en accouchant, qu’un incendie avait détruit une maison lors d’un baptême… et que d’autres événements annoncés s’étaient réalisés.
Alors il comprit.
La mort n’avait pas menti.
Et il accepta, enfin, le destin de ses enfants.
Le goun : langue parlée au sud du Bénin.