Quelques contes du Bénin
Un chasseur ingrat
Celui qui oublie l’aide reçue finit toujours par en payer le prix.
Depuis près de trois lunes, un chasseur errait dans la brousse sans avoir abattu le moindre gibier. Ses provisions étaient épuisées, et son village était trop éloigné pour qu’il puisse y retourner sans mourir de faim.
Assis sur une termitière, accablé, il réfléchissait à son sort lorsqu’un jeune homme apparut, comme venu de nulle part.
Après avoir écouté son récit, l’étranger lui dit calmement :
« Non loin d’ici, près d’un point d’eau, tu trouveras des biches. Elles te sauveront. »
Le chasseur suivit le conseil. Bientôt, il aperçut les animaux, visa et abattit une biche.
Mais il n’avait rien pour la dépecer.
Alors le jeune homme sortit de son sac un couteau et une hachette, et se mit à l’ouvrage. Il découpa la viande, mit de côté les parties destinées au trophée, et prépara le feu pour faire boucaner la chair.
Le chasseur tira de nouveau et abattit une antilope. L’étranger travailla encore, sans se plaindre.
Quand tout fut prêt, ils durent transporter la viande. Trop lourde pour deux hommes, ils en vendirent une partie en chemin, puis reprirent la route vers le village.
Après plusieurs jours de marche, ils arrivèrent enfin.
La famille du chasseur, soulagée, l’accueillit avec joie. Mais personne ne prêta attention à l’étranger, qui déchargea seul son fardeau.
Et lorsque vint le moment de partir, le chasseur le laissa s’en aller… sans un mot de gratitude.
Alors l’étranger dit simplement :
« Tu te souviendras de moi… »
Puis il disparut.
Dès lors, ces paroles hantèrent l’esprit du chasseur. D’abord simples échos, elles devinrent présence. Puis apparition. L’étranger revenait, sans cesse, lui refusant tout repos.
Terrifié, le chasseur consulta le Fâ. Le devin révéla :
« Tu es toi-même la cause de ton malheur. Le Fâ t’a secouru dans la détresse, et tu as répondu par l’ingratitude. Pour réparer ta faute, tu devras offrir un sacrifice et retourner là où tu as reçu cette aide. »
Le chasseur obéit. Il acheta des outils neufs, immola deux taureaux, fit boucaner la viande et retourna à la termitière.
Là, le jeune homme l’attendait.
En silence, il l’aida à déposer les offrandes.
Alors, enfin, la paix revint dans le cœur du chasseur.
Boucaner : technique traditionnelle consistant à fumer la viande pour la conserver.
Le Fâ : oracle divinatoire dans la tradition béninoise.