Tradition orale du Bénin
Les contes
Quelques contes du Bénin
Le pagne de mouches
Il était une fois un caméléon et un lièvre.
Le caméléon avait un grand champ de mil. Le plus beau de tout le village !.. Au cours d’une promenade, le lièvre découvrit le champ et décida de jouer un mauvais tour au propriétaire. Alors, il traça un chemin conduisant de sa maison à ce champ.
Des jours passèrent sans qu’il vît la moindre personne dans cet endroit.
Mais enfin, il découvrit un jour que c’était le caméléon qui le travaillait et qu’il n’avait aucun chemin pour s’y rendre, si bien qu’il passait toujours inaperçu.
Quand vint le moment de la récolte, les deux animaux se rencontrèrent, pour la première fois, dans le champ. Alors le lièvre s’empressa de demander au caméléon l’objet de sa visite dans le champ d’autrui.
Le caméléon, tout étonné, risposta vivement en répondant qu’il en était le véritable propriétaire.
Une vive dispute s’engagea entre eux sans qu’ils puissent trouver un accord, bien entendu. C’était ce que le lièvre prévoyait. Ils se rendirent donc chez le chef du village pour demander justice.
Le chef les pria de s’expliquer chacun à son tour.
Prenant le premier la parole, le lièvre somma le caméléon de lui décrire le chemin par lequel il se rendait à son champ pour aller y travailler. Le caméléon expliqua qu’il se faufilait au plus court, à travers la brousse, pour ne pas perdre de temps.
Alors, le lièvre, rusé comme toujours, enchaîna :
- Comment, dans ces conditions, es-tu arrivé à labourer ton champ?
- Mais, comme chaque année, commença le caméléon.
- Impossible!.. coupa le lièvre. Puis il continua: « Quant à moi, j’ai tracé, depuis ma maison jusqu’au champ, une piste par laquelle je vais travailler régulièrement avec toute ma famille."
Le chef ayant écouté les deux antagonistes réfléchit un moment et attribua le champ au lièvre. D’abord abasourdi par la décision qu’il venait d’entendre, le caméléon resta sans voix et le lièvre en profita pour partir au plus vite. Mais le caméléon décida bientôt de se venger de la malhonnêteté du lièvre...
Pour ce faire, il confectionna un joli pagne de mouches vivantes, très couteux et très séduisant car il connaissait bien, maintenant, le caractère du lièvre.
Dès que le lièvre vit le pagne, il décida de l’acheter à n’importe quel prix, tant il le trouvait magnifique. Le caméléon avait vu juste et répliqua aussitôt qu’il ne le céderait qu’en échange d’ un canari de mil. Le lièvre ricana, sûr qu’il était de l’obtenir.
Pour mener à bien sa vengeance, le caméléon fit creuser un grand trou au-dessus duquel il posa son canari dont le fond était percé.
Au moment convenu, le lièvre se mit à l’oeuvre pour remplir le canari. Tout seul d’abord, puis avec toute sa famille. Il était si absorbé par sa tâche qu’il ne voyait pas sa récolte diminuer, diminuer. Elle fut bientôt épuisée mais... le canari n’était toujours pas plein.
Furieux, il s’endetta pour le remplir...
Enfin, il réussit et reçut donc le pagne comme il était prévu. Il lui fallait maintenant chercher une bonne occasion pour l’exhiber. C’est ainsi qu’il alla voir le chef du village et lui proposa de programmer une fête des récoltes. Le chef accepta et fit gongoner* pour annoncer l’évènement et la date choisie pour le célébrer. Le jour de la fête arriva. Le lièvre, vêtu de son magnifique pagne de mouches vivantes, s’y rendit le dernier pour se faire remarquer. D’un air hautain, il avançait au son des tam-tams qui résonnaient.
Certains spectateurs étonnés de voir le lièvre, dans ce costume si original, mieux habillé que le chef du village, se chuchotaient des mots à l’oreille. D’autres l’acclamaient et les joueurs de tam-tam le louaient très fort. Transporté de joie par cet accueil extraordinaire, le lièvre dansait, éperdu de bonheur.
Le caméléon, toujours sur sa faim de vengeance, avait pris soin de prendre avec lui une gourde de miel. Quand le lièvre, narquois, s’approcha de lui, il ouvrit sa gourde toute grande. Alors, ce qu’il avait prévu se réalisa: les mouches, attirées par l’odeur du miel, quittèrent le pagne en un instant pour se précipiter vers le miel.
Dépossédé de son vêtement, le pauvre lièvre se retrouva tout nu au milieu de la foule.
Honteux, il détala à toutes jambes vers son domicile suivi des rires des spectateurs encore tout ébahis par ce qu’ils venaient de voir...
*gongoner: sonner le gong.