Quelques contes du Bénin
Le diable dupé
La ruse du faible peut parfois triompher de la puissance la plus redoutée.
Un jour, un cultivateur travaillait paisiblement son champ lorsqu’apparut le diable.
« Que fais-tu ici ? » lança-t-il brusquement.
« Je prépare la terre pour semer », répondit calmement le paysan.
Le diable ricana :
« Ce champ m’appartient, comme tous les autres. De quel droit oses-tu le cultiver ? »
Le paysan, humble, répondit :
« Pardonne-moi, mais il faut bien que je vive… »
Le diable, qui avait déjà conçu un piège, proposa :
« Écoute. Tu peux cultiver ce champ, mais nous partagerons la récolte. Nous ferons deux parts : ce qui pousse au-dessus de la terre et ce qui pousse dessous. Comme je suis le diable, je choisis en premier. Je prends ce qui est dans la terre. »
Et il disparut.
Le paysan sourit… et sema du mil.
À la récolte, le diable revint avec ses diablotins. Le paysan récolta les épis, les battit, les vannait, puis les mit en sacs pour les vendre.
Les diables, eux, arrachèrent ce qui restait dans le sol… des racines sans valeur.
Au marché, les gens éclatèrent de rire.
Fou de rage, le diable convoqua le paysan :
« Tu m’as trompé cette fois ! Mais la prochaine récolte, je prendrai tout ce qui pousse au-dessus. Et toi, tu n’auras que ce qui est sous terre ! »
Le paysan acquiesça.
Cette fois, il planta des patates.
Au moment de la récolte, les diables coupèrent les feuilles et les empaquetèrent fièrement, tandis que le paysan arrachait tranquillement ses tubercules.
Au marché, le résultat fut sans appel : le paysan vendit tout. Le diable, lui, ne vendit rien.
Les rires redoublèrent.
Alors le diable, humilié, comprit qu’il avait été vaincu par plus malin que lui.
Dans un cri terrible, il disparut à jamais.
Et l’on dit depuis ce jour que la ruse du paysan peut tromper même le diable.