Quelques contes du Bénin
Tel est pris qui croyait prendre
La ruse, lorsqu’elle se retourne contre elle-même, devient le plus redoutable des pièges.
Bien avant la fondation du Danhomè régnait un roi puissant nommé Dada-Sègbo. Mais sous cette puissance se cachait une jalousie profonde : il redoutait toute atteinte à son autorité.
Aussi avait-il ordonné que chaque nouveau-né lui soit déclaré, afin de connaître tous ses sujets dès leur naissance.
Un jour, dans une famille modeste, naquit un enfant. Le père consulta un devin pour connaître le nom que lui assignaient les ancêtres.
Le devin déclara :
« Cet enfant portera le nom de Dansi. »
L’enfant grandit, d’une beauté si remarquable que le roi, le voyant un jour au marché, le prit pour une jeune fille. Séduit, il décida aussitôt de la demander en mariage.
Le père, terrifié à l’idée de contredire le roi, n’osa pas révéler la vérité. Il accepta, posant seulement une condition : le mariage ne serait consommé qu’un an plus tard, et la nouvelle épouse vivrait à l’écart des autres femmes.
Le roi accepta.
Dansi fut donc introduit au palais, traité avec une faveur exceptionnelle. Très vite, cette attention éveilla la jalousie des autres reines, en particulier celle d’Alougba, la première épouse.
Soupçonneuse, elle décida de découvrir la vérité. Un jour, elle perça un trou dans le mur qui entourait la salle de bain de Dansi. En observant, elle comprit : la nouvelle épouse était un garçon.
Elle courut avertir le roi. Mais celui-ci refusa de la croire.
Alors elle proposa une épreuve : lors de la cérémonie de la source, chaque femme devrait se dévoiler devant le roi.
Apprenant cela, Dansi comprit qu’il était perdu.
Il décida de fuir.
Pour échapper aux quarante portes gardées par des chiens, il prépara quarante boules de pâte. Une à une, il les donna aux chiens pour les faire taire, et s’enfuit dans la nuit.
Il erra longtemps dans la brousse, désespéré, implorant tour à tour l’hyène, la panthère, puis la Mort de mettre fin à ses jours. Toutes refusèrent… sauf la Mort.
Elle lui dit :
- Je connais ton malheur. Je peux te transformer en femme.
Et, sans attendre, elle opéra la transformation, lui remettant un tubercule de manioc.
« Ne le mange jamais, dit-elle. Toute femme qui en mangera redeviendra homme. »
Dansi, désormais femme, retourna au palais.
Le lendemain, tandis qu’elle chantait en préparant le manioc, Alougba, intriguée, s’approcha. Dansi lui en offrit.
La vieille accepta… et, à peine eut-elle commencé à manger, son corps se transforma. Elle devint homme.
Le jour de la cérémonie arriva. Les reines défilèrent devant le roi. Mais Alougba manquait.
On la retrouva cachée, incapable d’expliquer sa condition.
Lorsqu’elle fut contrainte de se dévoiler, le roi entra dans une fureur terrible.
« Calomniatrice ! Tu voulais perdre Dansi ! »
Et il ordonna son exécution.
Ainsi périt celle qui croyait piéger… et fut elle-même prise.
Tel est pris qui croyait prendre.