Quelques contes du Bénin
La panthère et la ruse du chat
Voici mon conte ; qu’il aille, qu’il vienne, et qu’il trouve sa place dans les cœurs…
Il fut un temps ancien où les animaux vivaient encore dans une entente paisible. Le Chat et la Panthère, liés par une solide amitié, partageaient leurs jours sans inquiétude. Chacun avait huit petits, et la vie suivait son cours, douce et régulière.
Mais un jour, le ciel se ferma. La sécheresse s’installa, longue et implacable. Peu à peu, la famine gagna les terres, puis les maisons, puis les corps. Bientôt, il ne resta plus rien à manger.
Une nuit, tandis que la faim empêchait tout sommeil, la Panthère chercha une issue. À l’aube, elle se rendit chez le Chat.
« Mon ami, dit-elle d’une voix grave, nous sommes perdus si rien ne change. J’ai conçu cette nuit une idée terrible… mais peut-être est-elle notre seule chance. Écoutons-la sans détour : à tour de rôle, nous sacrifierons un de nos enfants, que nous partagerons. Ainsi tiendrons-nous jusqu’au retour des pluies. »
Le Chat frissonna d’horreur. Pourtant, face à l’abîme qui les menaçait, il réfléchit longuement. Enfin, le cœur lourd, il accepta — à une condition : la Panthère commencerait.
Sans hésiter, celle-ci tua l’un de ses petits et en envoya la moitié au Chat.
Mais le Chat, silencieux et déjà rusé, n’en fit pas autant. Il donna à sa famille une part mesurée de cette viande et conserva le reste. Le lendemain, au lieu de sacrifier l’un des siens, il envoya un morceau de la veille et cacha un de ses petits dans un arbre.
La Panthère ne soupçonna rien. Trompée par l’apparence et le goût, elle continua. Jour après jour, elle livra ses enfants à la mort, tandis que le Chat, patient et calculateur, préservait les siens à l’abri des regards.
Enfin, les pluies revinrent. La terre pouvait de nouveau être travaillée. Mais le Chat, en apparence sans descendance, devait trouver un moyen de faire réapparaître ses enfants sans éveiller les soupçons.
Il annonça qu’il ferait venir ses neveux pour l’aider aux champs. Le lendemain, il fit descendre cinq de ses petits de leur cachette.
La Panthère observa, troublée par leur ressemblance. Le doute s’insinua en elle. Elle demanda alors qu’on lui confie l’un de ces jeunes pour travailler à ses côtés.
Le Chat accepta — contraint — mais, avant cela, il réunit sa famille.
- Qui saura affronter la Panthère sans périr ?
- Moi, répondit le plus jeune. Mais je ne pourrai fuir longtemps.
- Tu n’auras pas à fuir longtemps, dit le Chat. Une corde t’attendra. Saisis-la au bon moment. Nous ferons le reste.
Le lendemain, le petit accompagna la Panthère. Le soir venu, celle-ci fit chauffer de l’eau dans une grande marmite, décidée à en faire son repas.
Mais le chaton avait compris. Profitant d’un instant d’inattention, il remplaça l’eau brûlante par de l’eau froide. Puis il avertit la Panthère.
Sans vérifier, elle le saisit et le jeta dans la marmite. Mais déjà le petit bondissait hors du piège et s’enfuyait à toutes jambes.
La poursuite fut brève. La corde était là. Le chaton s’y accrocha, et aussitôt ses frères le hissèrent hors d’atteinte.
La Panthère, aveuglée par la rage, saisit à son tour la corde. On la tira vers le haut… puis, soudain, l’eau bouillante s’abattit sur elle. Dans un cri de douleur, elle lâcha prise et s’écrasa au sol.
Alors elle s’enfuit, loin, toujours plus loin, jusqu’à disparaître dans la brousse profonde. Jamais elle ne revint.
Et c’est depuis ce jour que la panthère vit à l’écart des hommes, farouche et solitaire.