Retour à la page principale
Mon conte roule, roule, roule et tombe sur une mère qui a eu trois enfants.
Cette femme s’était mariée à un homme et ils avaient fondé un ménage qui n’avait pas de grands moyens. Durant leur vie conjugale, ils ont eu successivement trois enfants : l’aîné avait pour nom OGAN qui signifiait le fer, le cadet s’appelait ODJE qui signifiait la perle et le benjamin se nommait AKOUE qui signifiait l’argent.
Ils vivaient modestement mais heureux jusqu’à la mort du père après une courte maladie. C’est alors que la misère s’installa dans ce foyer paisible.
Les enfants grandissaient ...
Manger était le problème de chaque jour. Le plus souvent, ils n’avaient, pour tout repas, que les amandes extraites des noix de palme que la maman allait glaner dans les champs. Les jours heureux, elle parvenait à ajouter du gari qu’elle obtenait en vendant des amandes.
Un jour, l’aîné, ayant beaucoup réfléchi, décida de partir à l’aventure. Et il le fit... Ce fut une bonne idée puisqu’il fit fortune et devint roi.
Le cadet qui suivit l’exemple de son frère s’enrichit à son tour et devint roi dans un autre pays...
Le benjamin, après maintes hésitations, quitta sa mère et partit lui aussi.
La mère se retrouva donc seule et dans la misère.
Quelques années plus tard, elle apprit par des marchands ambulants que OGAN, l’aîné de ses fils, était devenu roi dans une contrée lointaine. Elle décida d’aller le voir.
Elle arriva sur les lieux au milieu de la nuit et dormit à la belle étoile. Le lendemain, son fils qui sortait de son palais accompagné de son escorte royale la rencontra et la reconnut comme sa mère. Mais il n’en fit rien voir car, elle était si crottée, qu’il en fut indigné et la fit chasser. Elle retourna alors dans son village, très malheureuse.
A quelques temps de là, un autre marchand lui apprit que ODJE, son fils cadet, lui aussi, était devenu roi d’un domaine très éloigné. Elle tenta de rencontrer ce fils. Comme OGAN, il la chassa. Profondément attristée, elle ne sut que regagner son village où elle continua de vivre misérablement.
Plus tard, un troisième marchand lui raconta que son benjamin, AKOUE, était également roi. Mais craignant d’être traitée de la même manière que précédemment, elle préféra rester au village.
Enfin, devant l’insistance du marchand et du chef de village, elle consentit à reprendre la route pour aller voir AKOUE. C’est encore au milieu de la nuit qu’elle atteignit le pays.
Le lendemain était un jour où le roi devait sortir pour ses affaires. De loin, il reconnut tout de suite sa mère malgré son état misérable.
Contrairement à ce qu’avaient fait ses frères et, à la surprise générale de ses sujets, il descendit promptement de son cheval pour l’accueillir à bras ouverts, très heureux de l’avoir retrouvée.
Alors, il désigna quelques uns de ses sujets et leur ordonna, ainsi qu’à l’une des reines, de l’accompagner au palais et de l’entourer de tous les soins.
Le roi reprit le chemin de sa tournée. Ses ordres furent exécutés et, quand il revint, il trouva sa mère toute rayonnante.
Cette réception inattendue fit renaître la joie dans le coeur de la mère et de son fils. Ce fut le grand moment des retrouvailles et la nuit fut trop courte pour qu’ils se racontent tout ce qu’ils avaient vécu depuis leur séparation. Néanmoins, elle prit le temps de porter un jugement sur chacun de ses enfants :
« OGAN m’a vue toute crottée devant son palais et il m’a chassée. Qu’il soit, pour toujours, chauffé à blanc et martelé à grands coups !...
Sans le moindre ménagement, ODJE me rejeta lui aussi. Qu’il soit enfilé pour toujours et perde ainsi toute liberté jusqu’à la fin de ses jours!...
Mais toi, AKOUE, tu m’as accueillie et honorée. Reçois ma bénédiction : tu seras recherché par tous jusqu’à la fin des temps!...»
Et il en fut ainsi...