Document de référence — 2025.
Note préliminaire : Les Xwla constituent un groupe moins documenté que les Fon ou les Gun dans la littérature académique disponible en ligne. Ce document s'appuie sur les sources identifiables — enquête sociolinguistique SIL International (2011), sources locales de Grand-Popo, travaux de Roberto Pazzi, Wikipédia avec références primaires, et documents de l'association Nonvitcha. Les limites et incertitudes sont signalées explicitement.
Ressources et bibliographie commentée
INTRODUCTION GÉNÉRALE
Les Xwla — aussi appelés Pla, Popo, Hula ou Phla selon les langues et les époques — sont un peuple de pêcheurs et de navigateurs installé sur la façade littorale du sud-ouest du Bénin, principalement dans la région de Grand-Popo, à l'embouchure du fleuve Mono. Moins nombreux et moins présents dans la littérature académique généraliste que leurs voisins fon ou gun, ils forment néanmoins une communauté culturelle cohérente, avec une histoire, une langue et des pratiques rituelles qui leur sont propres.
Leur nom même reflète leur rapport à la mer : « Xwla » peut être décomposé en Xù (mer) et là (du côté de, proche de), soit « ceux du côté de la mer ». Cette étymologie, confirmée par Roberto Pazzi (1979), synthétise leur identité fondamentale : un peuple de la côte, dont la vie, l'économie et la cosmologie sont structurées par la proximité de l'océan et des lagunes.
Proches parents des Xwéla (ou Pédah), avec qui ils partagent une origine commune à Tado et une histoire migratoire parallèle, les Xwla se distinguent par leur orientation résolument maritime là où les Xwéla se sont davantage tournés vers les zones lacustres de l'intérieur.
Ce document présente, de façon aussi documentée et honnête que possible, ce que l'on sait des Xwla : leurs origines et migrations, leur organisation politique, leur langue, leurs modes de vie, leurs pratiques religieuses et leur patrimoine culturel. Les points incertains ou débattus sont systématiquement signalés.
Avertissement sur les sources : La documentation académique disponible sur les Xwla est plus limitée que pour les Fon, Gun ou Yoruba. Les sources principales sont : l'enquête sociolinguistique de Henson et Kluge (SIL International, 2011), les travaux de Roberto Pazzi (1979) cités dans plusieurs sources secondaires, l'ouvrage collectif Peuples du Golfe du Bénin (Karthala, 1984) dirigé par François de Medeiros, et les sources locales de l'association Nonvitcha et du site grandpopo.net. Pour la période historique, les traditions orales sont la source quasi unique ; leur fiabilité chronologique est limitée.
PARTIE I — ORIGINES ET MIGRATIONS
1. Le cadre géographique : la côte du Mono
Le territoire historique et actuel des Xwla se concentre sur la plaine côtière du golfe de Bénin, dans la portion comprise entre Aflao à l'ouest (frontière Togo-Ghana) et Ajido à l'est (région de Badagry, sud-ouest du Nigeria). C'est un espace d'une centaine de kilomètres de côte, caractérisé par un cordon littoral sableux, des lagunes, des estuaires et la proximité du fleuve Mono.
Grand-Popo, située à l'embouchure du Mono, est le centre politique et culturel historique des Xwla. Elle est aussi connue sous le nom indigène d'Hulagan (« Grande Hula »), dont « Grand-Popo » est la transcription européenne — les Xwla étant désignés par les Mina voisins comme « Pla », et par les navigateurs portugais comme « Popo ».
Le département du Mono, dans lequel se situe Grand-Popo, est aussi peuplé d'autres groupes : Kotafon, Fon, Adja. Les Xwla sont également présents dans les départements de l'Atlantique et de l'Ouémé. Hors du Bénin, on les trouve au Togo (sud), et de façon beaucoup plus dispersée dans plusieurs pays côtiers d'Afrique de l'Ouest (Nigeria, Ghana, Cameroun, Gabon, Côte d'Ivoire, Sénégal, Mauritanie), où les a conduits leur vocation maritime.
Le milieu naturel du pays xwla est à la fois une ressource et une contrainte. Les lagunes et l'océan fournissent poisson et sel, mais les crues périodiques du Mono ont historiquement contraint des déplacements de population. L'érosion côtière, phénomène documenté, a détruit une grande partie de l'ancienne ville de Grand-Popo.
2. L'aire culturelle ajatado : parenté avec les peuples gbe
Les Xwla appartiennent à l'aire culturelle Ajatado — terme qui désigne l'ensemble des peuples issus, selon les traditions orales, du plateau de Tado, localité aujourd'hui située dans la région du Mono togolais. Cet ensemble comprend, entre autres, les Adja, les Ewe, les Fon, les Gun, les Ayizo, les Sahwé, les Mahi, les Tofinu, les Wémènu, les Sêtonu, et bien sûr les Xwla et les Xwéla.
Cette parenté est à la fois linguistique — tous parlent des variantes du continuum gbe — et culturelle, avec des pratiques vodoun, des structures sociales lignagères et des traditions migratoires comparables. Elle ne signifie pas pour autant une identité unique : chaque sous-groupe a développé une personnalité propre, comme le souligne explicitement l'association Nonvitcha dans ses documents.
Dans la classification linguistique de Capo (1986), citée par Kluge (SIL, 2011), le xwla appartient au cluster Phla-Phera, aux côtés du xwéla (Pédah) et d'autres variétés apparentées. Ce cluster est distinct des clusters fon, gun, adja et ewe, même s'il leur est génétiquement lié.
3. Le départ de Tado : traditions et hypothèses
Toutes les traditions xwla font remonter leur origine au royaume de Tado. Une crise de succession sur le trône de Tado est présentée comme le facteur déclenchant de l'émigration du groupe fondateur. L'association Nonvitcha précise qu'un prince nommé Mèto Adagba aurait quitté Tado « au début du XVe siècle », accompagné de deux de ses enfants, en descendant le fleuve Mono.
Point de critique : La date de « début du XVe siècle » est donnée par la tradition orale telle que rapportée par l'association Nonvitcha, source associative et non académique. Cette datation n'est pas corroborée par des sources indépendantes consultées dans le cadre de ce document. Roberto Pazzi (1979) est cité comme référence sur les traditions xwla, mais ses textes ne sont pas directement accessibles en ligne. La prudence s'impose sur les datations précises.
Ce que l'on peut retenir avec plus de confiance : l'origine xwla à Tado est attestée par de multiples traditions orales convergentes, et la direction du mouvement migratoire (de l'intérieur vers la côte, en suivant le Mono) est cohérente avec la géographie et avec ce que l'on sait de l'expansion des peuples gbe. Selon Jones et Sebald, cités par Wikilivres, le nom Popo apparaît dans des documents portugais dès le milieu du XVIe siècle — ce qui place les Xwla sur la côte au moins à cette date.
4. Le parcours migratoire : de Tado à la côte
Le trajet des Xwla de Tado jusqu'à la côte s'est effectué en plusieurs étapes, ponctuées d'arrêts, de fondations de villages et de scissions. Les sources locales décrivent ce parcours comme suit.
Depuis Tado, les émigrants descendent le fleuve Mono et s'arrêtent d'abord à Agomè-Séva. C'est au lac Ahèn (dont le nom signifie « détresse » selon Pazzi) que les ancêtres xwla auraient appris l'art de la pêche. La forêt environnante étant insuffisamment riche en gibier, ils se tournent vers le poisson — fondant ainsi leur vocation halieutique qui deviendra constitutive de leur identité.
De là, les Xwla poursuivent vers la mer — « Xù-là signifie l'aile de la mer », précise Pazzi —, laissant leurs frères Xwéla « à la maison » (Xwé-là, l'aile de la maison) sur les rives du lac Ahémé. Cette séparation donne son nom aux deux groupes et marque leur différenciation socio-écologique : les uns vers l'océan, les autres vers les lacs de l'intérieur.
Les Xwla fondent ensuite la localité d'Adamè, puis progressent vers Agbannakin et finalement Hévé, au bord de l'océan. Vers 1600, les villages de Hévé, Apoutagbo et d'autres sites côtiers sont habités par les populations que les Européens commencent à appeler Popo.
Note : Les sources locales donnent parfois la date de 1600 pour l'occupation des villages côtiers. Cette précision doit être considérée avec réserve — c'est une date ronde qui peut être approximative. Néanmoins, elle est cohérente avec la mention du nom Popo dans les documents portugais du milieu du XVIe siècle.
5. Adamè : le premier village xwla
Adamè est considéré comme le premier village fondé par les Xwla après leur séparation des Xwéla. Son nom signifie « là où il y a des Ada » — des grands arbres qui dominaient la forêt dans laquelle les émigrants trouvèrent refuge. Le site offrait une protection naturelle dans un contexte de guerres tribales fréquentes.
La tradition rapporte que le roi Tãntè Avãnku trouva la mort lors d'hostilités dans cette région. Son successeur, Mèto Ausãn, est présenté comme celui qui impulsa la nouvelle étape du mouvement vers la côte, en envoyant un guerrier (Gbéto Doyoé) reconnaître les terres côtières qui deviendraient Agbannakin.
Un fait notable, rapporté par l'association Nonvitcha : Adamè a ensuite été peuplé par d'autres ethnies. « Tous ces habitants, quelles que soient leurs origines, se disaient Xwla, formant ainsi une communauté apparemment homogène. En réalité les Xwla constitueraient un groupe composite remarquablement hétérogène. » Ce point est important : l'identité xwla est, dès l'origine, moins un fait de sang qu'une appartenance socio-culturelle.
6. Agbannakin et Hévé : les sites fondateurs
Agbannakin est le premier village côtier fondé par les Xwla sous la conduite du roi Mèto Ausãn. Son nom signifie selon la tradition « c'est la calebasse qui servira de cocotte et l'assiette servira de cruche » — expression imagée désignant l'idée d'un lieu si bien protégé qu'il serait difficile voire impossible d'y être attaqué. Le village est associé au culte du serpent boa Dogblossou (voir section 9).
Hévé est ensuite fondé, également sur le littoral. C'est là que réside aujourd'hui le roi des Xwla. La photo disponible sur Wikipédia (article Xwla peuple) montre Sa Majesté Méto Ahoussan Hélékétché Alifa dans sa résidence de Hévé (Grand-Popo). Ces deux villages — Agbannakin et Hévé — constituent les sites fondateurs de la royauté xwla telle qu'elle existe encore aujourd'hui.
Grand-Popo lui-même, connu en anglais sous le nom de « Hulagan » (Grande Hula), s'est développé autour et après ces établissements initiaux. L'explorateur portugais Eucaristo de Campos et ses successeurs ont contribué à fixer le nom de « Porto Novo » pour d'autres sites, mais c'est bien le terme « Popo » qui s'impose pour Grand-Popo, même si son étymologie reste incertaine.
7. La distinction Xwla / Xwéla : une même souche, deux branches
La relation entre Xwla et Xwéla (aussi appelés Pédah, Huéda ou Xwéda selon les sources) est un élément structurant de l'histoire de ces deux peuples. Ils partagent une origine commune à Tado, une parenté linguistique directe et une fraternité reconnue et célébrée — notamment lors de la fête Novitcha.
Leur différenciation est à la fois géographique et écologique. Les Xwla se sont orientés vers la côte océanique (pêche en mer), les Xwéla vers les zones lacustres et lagunaires de l'intérieur (lac Ahémé, chenal de l'Aho). Cette spécialisation écologique différente a conduit à des modes de vie légèrement distincts, tout en maintenant des liens familiaux étroits.
L'association Nonvitcha, qui réunit Xwla et Xwéla, déclare : « Aussi rares sont les Xwéla et les Xwla qui n'ont pas de parents communs. » Cette fraternité institutionnalisée est réelle et documentée.
Il faut cependant noter que certaines sources — notamment Wikipédia en français (article Pla Peda) — utilisent les termes Pla Peda, Xwla et Xwéda comme quasi-synonymes, sans distinguer clairement les deux branches. Cette confusion terminologique est fréquente dans les sources non spécialisées et doit être gardée à l'esprit.
PARTIE II — ORGANISATION POLITIQUE ET ROYAUTÉ
8. La royauté xwla : Méto et succession
Les Xwla ont une institution royale vivante. Le roi porte le titre de Méto (ou Mèto), terme qui désigne la fonction royale dans la tradition xwla. La liste des rois successifs commence avec les fondateurs Mèto Adagba, Mèto Ausãn et Mèto Houeyo (alias Ahoussan Jimagbe), ce dernier ayant conduit les Xwla directement jusqu'au littoral. La royauté est installée à Hévé, dans la commune de Grand-Popo.
Le roi actuel, Sa Majesté Méto Ahoussan Hélékétché Alifa, réside à Hévé. Sa photographie est publiée sur Wikipédia (article Xwla peuple), ce qui confirme la continuité de cette institution. Comme pour d'autres royautés béninoises, le Méto exerce aujourd'hui une fonction symbolique, rituelle et d'autorité morale plutôt qu'un pouvoir politique au sens étatique du terme.
La légitimité royale xwla repose sur la généalogie dynastique et sur des objets rituels. Le palais royal (dont un iroko sacré marque l'enceinte, visible sur les photos de Wikipédia) est à Hévé. La cour royale comprend des dignitaires et des prêtres de cultes associés à la royauté.
Note : La liste complète des rois xwla et les détails de la succession dynastique ne sont pas accessibles dans les sources consultées. Les travaux académiques de Pazzi (1979) et de Medeiros (dir., 1984) contiendraient ces informations de façon plus complète.
9. Le clan Dogblossouvi et le culte royal du serpent boa
L'un des éléments les plus caractéristiques de la royauté xwla est son association avec le serpent boa, appelé Dogblossou. Selon la tradition rapportée par le site grandpopo.net (qui cite des sources locales), le roi Mèto Ausãn, cherchant à renforcer la puissance de son peuple, aurait découvert dans le serpent boa une « force des forces » : animal chasseur qui ne rate jamais sa proie, capable de se rendre invisible et d'étouffer sa victime. Des rituels ont fait du boa une puissance sacrée au service de la royauté.
Des prêtres royaux furent désignés pour manipuler cette force déifiée. Du groupe de ces prêtres serait né le clan Dogblossouvi, dont l'ancêtre éponyme et dieu tutélaire est Dogblossou — le serpent boa. Ce clan est nommé Xwlà Dogblossou, car il rend service à l'ensemble du peuple xwla.
Ce culte est encore vivant : les temples du Dogblossou sont visibles devant la cour royale et au seuil des domiciles des chefs guerriers à Agbannakin et à Hévé. Un « couvent Dogblossou » est mentionné et visible dans les photographies associées à l'article Wikipédia sur les Xwla.
Mise en perspective : Le culte du serpent boa comme puissance royale et protectrice est un motif que l'on retrouve chez d'autres peuples côtiers du golfe de Bénin — notamment le culte du Dangbé (serpent python) chez les Xwéda/Pédah à Ouidah, qui a donné naissance au célèbre temple des pythons. Il s'agit d'un exemple de convergence culturelle dans une même aire géographique, sans que cela implique une identité entre ces cultes.
10. Structure sociale : clans, lignages, guerre et territoire
Comme pour l'ensemble des peuples gbe, la société xwla est organisée en lignages patrilinéaires. Les clans constitutifs de la société xwla d'Adamè et de ses villages successeurs sont documentés dans les traditions orales, mais leur description détaillée n'est pas accessible dans les sources consultées.
Un élément notable est le caractère composite de la communauté xwla dès ses débuts. Comme le signale Nonvitcha, tous ceux qui se disent Xwla aujourd'hui n'en proviendraient pas directement de Tado : des groupes d'origines diverses ont été intégrés et se sont identifiés comme Xwla. Cette ouverture identitaire est à la fois une force (capacité d'intégration) et un facteur de complexité (hétérogénéité interne).
Les guerres jouent un rôle central dans l'histoire xwla : guerres de succession à Tado à l'origine, guerres avec les populations voisines qui motivent les déplacements successifs, guerres d'Appa (Nigeria) contre lesquelles des villages-boucliers sont fondés. Les Xwla ont également été confrontés à des attaques des Fon d'Abomey, comme d'autres peuples côtiers du Bénin.
Une organisation guerrière est documentée : le terme Gbéto (chasseurs) désigne les guerriers xwla — le même mot que dans Zangbeto (chasseurs de la nuit) chez les Gun, ce qui témoigne d'une origine lexicale commune dans l'aire gbe.
11. Les causes des migrations secondaires
Au-delà du mouvement fondateur depuis Tado, les Xwla ont connu de nombreuses migrations secondaires, documentées dans les traditions et dans l'implantation géographique actuelle. L'association Nonvitcha en identifie plusieurs causes.
Les guerres sont la cause principale : guerres de succession dans les villages xwla eux-mêmes, guerres défensives contre des envahisseurs extérieurs (armées d'Appa, troupes fon). Ces guerres ont poussé des groupes entiers à se déplacer, parfois vers l'est (vers le Nigeria), parfois vers l'ouest (Ghana).
Les alliances matrimoniales constituent une deuxième cause : les femmes suivant leurs conjoints, ou prenant elles-mêmes l'initiative de fonder de nouveaux établissements. Nonvitcha cite l'exemple de Taklanhon, localité xwla créée à l'initiative de femmes.
L'augmentation démographique est également évoquée comme facteur d'expansion, forçant des groupes à chercher de nouveaux territoires de pêche et de culture. Les Xwla et Xwéla sont aujourd'hui présents dans l'ensemble du cordon lagunaire béninois, autour du lac Nokoué et du lac Ahémé, jusqu'à Cotonou (quartier Xwlacodji, ancien quartier Popo) et au-delà des frontières nationales.
PARTIE III — LANGUE
12. Le xwla-gbè : position dans la famille gbe
La langue des Xwla est le xwla-gbè (aussi écrit xwlagbé, pla, ou popo). C'est une langue tonale appartenant à la famille des langues gbe, dans le groupe kwa des langues Niger-Congo. Dans la classification de Capo (1986), elle est rangée dans le cluster Phla-Phera, aux côtés du xwéla et d'autres variantes apparentées comme le kotafon.
L'enquête sociolinguistique de Henson et Kluge (SIL International, 2011) — la référence académique la plus récente et la plus précise disponible sur le xwla — confirme cette classification et apporte des données sur les attitudes linguistiques et la compréhension mutuelle entre le xwla et les langues voisines.
Le xwla présente des similitudes importantes avec le fon, le gen et le gun, avec lesquels les locuteurs xwla ont une compréhension partielle sans apprentissage formel préalable. Ce plurilinguisme passif témoigne de la proximité génétique de ces langues dans le continuum gbe.
13. Aire géographique du xwla-gbè
Le xwla est parlé principalement dans la commune de Grand-Popo et ses environs immédiats, dans le département du Mono. Wikipédia (article Xwla peuple) mentionne sa présence dans les départements du Mono, de l'Atlantique et de l'Ouémé au Bénin, ainsi qu'au sud du Togo.
À Cotonou, le quartier historique Xwlacodji (ancien quartier Popo, près de l'ancien Wharf) témoigne de l'implantation ancienne des Xwla dans la capitale économique. Avlèkété et Djèkin (Godomey-plage) sont d'autres sites de présence xwla dans le département de l'Atlantique.
Au Togo, une présence xwla est attestée, mais les données précises ne sont pas disponibles dans les sources consultées. Wikilivres mentionne environ 7 000 locuteurs dans la circonscription de Lomé et la région d'Aného (département du Mono togolais), mais sans préciser la date ni la méthode de ce comptage.
14. Démolinguistique : une langue menacée de minoration ?
Les données démographiques sur les Xwla sont limitées et anciennes. Le seul chiffre officiel disponible dans les sources consultées est celui du recensement béninois de 1992 : 61 630 personnes identifiées comme xwla. D'autres sources confirment une fourchette de 60 000 à 65 000 (Wikipédia, article Xwla peuple, citant Henson et Kluge, SIL, 2011).
Ces chiffres sont maintenant datés de plus de trente ans. Compte tenu du taux de croissance démographique au Bénin (environ 3,5 % par an selon l'INSAE), la population xwla actuelle serait substantiellement plus élevée. En l'absence de données récentes spécifiques aux Xwla dans les recensements de 2002 et 2013 (qui ne distinguent pas tous les groupes mineurs), je ne peux pas fournir d'estimation fiable.
Note : Je ne dispose pas du recensement détaillé de 2013 ventilé par groupe ethnique pour les Xwla. Ce point nécessiterait un accès direct aux publications de l'INSAE Bénin.
Sur le plan de la vitalité linguistique, l'enquête SIL (2011) apporte une information rassurante : « Regarding Xwla language vitality, there are no indications of language shift. » Autrement dit, en 2011, la langue xwla ne montrait pas de signes d'abandon au profit d'autres langues. Les enfants l'apprennent encore comme langue maternelle.
15. Multilinguisme : compréhension du fon, gen et gun
L'enquête SIL (2011) révèle que les locuteurs xwla ont une compréhension élevée des trois langues gbe voisines : le fon (dominant au centre-sud du Bénin), le gen (dominant à Aného/Togo) et le gun (dominant à Porto-Novo). Les tests de compréhension de groupe administrés par Henson et Kluge confirment ce résultat.
Cette compréhension étendue est le produit de siècles de contacts commerciaux, de migrations et de mariages mixtes dans une zone de forte densité linguistique. Le xwla est ainsi une langue de l'interstice, entouré de langues plus puissantes démographiquement et institutionnellement.
En matière d'alphabétisation, l'enquête SIL note que : « Though the preference everywhere is for literacy in Xwla, literacy programs in either Gen or Gun are acceptable to most people. Therefore, Gen and Gun literacy (Gen to the west and Gun to the east of the Xwla language area) appears to be a workable solution for literacy needs in the Xwla speech communities. » En d'autres termes, faute de matériaux d'alphabétisation en xwla, les programmes en gen ou gun sont tolérés — une situation qui témoigne du manque d'investissement dans le développement écrit de la langue.
16. Alphabétisation et développement de la langue écrite
Le xwla ne dispose pas, à la connaissance des sources consultées, d'une tradition d'écriture établie comparable à celle du gun (qui a une Bible traduite dès 1900) ou du fon. Il n'existe pas de Bible traduite en xwla, ni de littérature écrite significative dans cette langue.
L'enquête SIL de 2011 a précisément pour but d'évaluer les besoins en matière d'alphabétisation et de déterminer si les ressources existantes en gen ou gun pourraient servir les communautés xwla. La conclusion nuancée de l'enquête — l'alphabétisation en xwla est souhaitée, mais celle en gen ou gun est acceptée — reflète une situation de fragilité de la langue écrite.
Cette situation n'est pas unique aux Xwla : de nombreux peuples gbe mineurs du Bénin et du Togo se trouvent dans des situations analogues, dans l'ombre des langues plus développées institutionnellement que sont le fon, le gun, le gen et l'ewe.
PARTIE IV — ÉCONOMIE ET MODES DE VIE
17. La pêche : activité identitaire centrale
La pêche est, de façon constante dans toutes les sources consultées, présentée comme l'activité fondamentale et identitaire des Xwla. Le site grandpopo.net résume ainsi : « Leur activité principale est toujours la pêche. » L'association Nonvitcha confirme : « Les Xwla ont pour activité identitaire la pêche. »
Cette vocation halieutique est ancienne — elle remonte, selon la tradition, à l'apprentissage de la pêche sur le lac Ahèn lors de la migration depuis Tado. Elle s'est ensuite développée sur deux fronts : la pêche en mer (océan Atlantique) pour les Xwla proprement dits, et la pêche en lagune et en lac pour les Xwéla. Ces deux types de pêche mobilisent des techniques différentes, des embarcations différentes et des calendriers différents.
La pêche artisanale en mer depuis la côte de Grand-Popo fait appel à des pirogues de haute mer, longues et solides, manœuvrées par des équipages expérimentés. La barre — la zone de déferlement des vagues à l'embouchure du Mono et en mer ouverte — est un obstacle que seuls des pêcheurs chevronnés peuvent franchir. Cette maîtrise technique est une forme de savoir-faire transmis de génération en génération.
L'implantation xwla dans de nombreux pays côtiers d'Afrique de l'Ouest (Gabon, Cameroun, Côte d'Ivoire, Sénégal, Mauritanie) s'explique directement par cette vocation maritime : les Xwla suivent la mer et les possibilités de pêche, formant une diaspora halieutique côtière.
18. L'agriculture et les activités secondaires
L'agriculture vient en second rang dans les activités xwla, selon les sources. Les cultures pratiquées dans la région de Grand-Popo comprennent le maïs, le palmier à huile, la banane plantain, la canne à sucre et des cultures maraîchères. Ces productions sont mentionnées dans l'article Wikipédia sur la commune de Grand-Popo.
La coconoculture (culture du cocotier) est également présente sur le cordon littoral, adaptée aux conditions sableuses et salées du bord de mer. L'élevage (aviculture, petit élevage) est pratiqué à petite échelle.
L'élevage de crevettes (pisciculture) est mentionné parmi les activités économiques de la région. La crevette de Grand-Popo est un produit local connu.
19. Le sel et l'artisanat côtier
La production artisanale de sel par évaporation de l'eau de mer est une activité traditionnelle à Grand-Popo. Elle est mentionnée dans les guides touristiques locaux comme une activité visible et visitée. Cette production de sel s'inscrit dans une longue tradition côtière : le sel était une marchandise d'échange importante dans les réseaux commerciaux précoloniaux.
L'artisanat xwla comprend la fabrication de pirogues, d'engins de pêche (filets, nasses), et de céramiques. Les compétences techniques liées à la construction navale artisanale sont un savoir-faire spécifique à ces peuples pêcheurs de mer. Je ne dispose pas de documentation précise sur les autres formes d'artisanat xwla dans les sources consultées.
20. Les routes commerciales historiques
Grand-Popo occupait une position stratégique dans les réseaux commerciaux précoloniaux. Wikilivres mentionne deux routes principales associées à la ville : une route nord-sud terrestre reliant Grand-Popo à Djougou (nord-ouest du Bénin actuel), et une route est-ouest en canoë allant de Lagos (Nigeria) à Keta (région de la Volta, Ghana). Ces routes permettaient aux Xwla d'agir comme intermédiaires entre l'intérieur et la côte, et entre les différents segments de la côte.
Le commerce de poisson séché ou fumé constituait une marchandise d'échange avec les populations de l'intérieur, contre des produits agricoles (mil, igname) que les Xwla ne produisaient pas ou peu. Le sel produit localement était également un objet d'échange.
Ces routes commerciales ont permis aux Xwla de développer des réseaux de relations avec des peuples très variés, du Nigeria au Ghana, et d'acquérir une ouverture culturelle notable pour un peuple numériquement modeste.
21. Grand-Popo et la traite négrière
Grand-Popo a participé à la traite négrière afro-européenne à partir de la fin du XVIe siècle. C'est un fait documenté — Wikilivres précise : « Grand-Popo a participé à la traite négrière afro-européenne à partir de la fin du XVIe siècle. » Le premier accord commercial entre Grand-Popo et le Portugal est mentionné dans des sources historiques.
La côte sur laquelle vivent les Xwla faisait partie de ce que les Européens appelaient la Côte des Esclaves, terme qui s'étend de la région de l'actuel Ghana au Nigeria actuel. Des esclaves d'origines diverses transitaient par les ports de cette côte.
Le village de Djanglanmey, dans la commune de Grand-Popo, est mentionné dans Wikipédia comme ayant été impliqué dans le commerce des esclaves, avec des guerriers-commerçants comme Azé ou Azrê parmi ses cofondateurs. La majorité de la population actuelle de Djanglanmey serait composée de descendants d'esclaves libres.
Le rôle exact et les modalités de participation des Xwla dans la traite négrière — acteurs, victimes, intermédiaires dans quelle mesure — nécessiteraient des recherches archivistiques spécifiques pour être documentés avec précision. Je ne dispose pas de sources suffisantes pour aller plus loin sur ce point.
À partir des années 1840, des missionnaires méthodistes puis catholiques s'installent à Grand-Popo. Simultanément arrivent les Agudas — anciens esclaves revenus du Brésil — dont environ 4 000 avaient émigré dans le golfe de Bénin au milieu du XIXe siècle selon Wikilivres. Ces Agudas parlaient portugais, pratiquaient le catholicisme et portaient des noms brésiliens ; ils ont laissé des traces architecturales et culturelles à Grand-Popo.
PARTIE V — RELIGION ET CULTURE RITUELLE
22. Le vodoun xwla
Les Xwla sont principalement animistes, pratiquant le vodoun — confirmation apportée par Wikipédia (article Xwla peuple), qui précise que quelques-uns sont chrétiens ou musulmans. Le vodoun xwla s'inscrit dans la tradition vodoun commune aux peuples gbe du golfe de Bénin, avec des cultes organisés autour de divinités intermédiaires, de prêtres initiés, de couvents et de rituels périodiques.
La fête du vodoun est célébrée à Grand-Popo, comme dans l'ensemble du Bénin. Le 10 janvier est la Fête nationale du vodoun au Bénin, célébrée en grande pompe à Ouidah mais également dans les communes voisines dont Grand-Popo. Ces célébrations mêlent les aspects religieux traditionnels au tourisme culturel.
Les temples vodoun de Hévé sont mentionnés et illustrés dans l'article Wikipédia. Un temple vodoun des Zangbéto est également présent, indiquant que cette institution — originaire du monde gun mais diffusée dans les régions voisines — a également pénétré le pays xwla. La photo d'un iroko sacré (arbre vénéré) figure parmi les images associées à la royauté xwla.
Je ne dispose pas de documentation précise sur le panthéon vodoun spécifiquement xwla — les divinités propres à ce groupe, leur hiérarchie, les mythes associés. Les sources consultées ne permettent pas d'aller au-delà de ces constats généraux.
23. Le serpent Dogblossou : dimension religieuse
Le culte du Dogblossou (serpent boa) occupe une place centrale dans la vie religieuse et politique des Xwla. Comme décrit dans la section sur la royauté, ce culte est né d'une association entre la puissance royale et les qualités prêtées au serpent boa : redoutable chasseur, capable de se rendre invisible, tuant par étreinte. Ces qualités ont été rituellement appropriées et mises au service de la protection du peuple.
Il s'agit d'un culte royalement contrôlé, distinct des cultes populaires : les prêtres Dogblossouvi sont les seuls à manipuler cette force déifiée. Le temple est visible devant la cour royale à Hévé et Agbannakin. Cette disposition spatiale — le temple du Dogblossou gardien du palais — marque symboliquement l'union du politique et du sacré dans la tradition xwla.
Le parallèle avec le culte du Dangbé (serpent python) à Ouidah est évident, mais les deux cultes sont distincts dans leurs origines et leurs affiliations ethniques : le Dangbé est associé aux Xwéda/Huéda, tandis que le Dogblossou est propre aux Xwla. Cette coïncidence typologique — le serpent comme protecteur royal dans deux peuples voisins — est un fait de diffusion culturelle dans une aire commune, sans nécessairement impliquer un emprunt direct.
24. Autres cultes et pratiques
Au-delà du Dogblossou, les Xwla pratiquent des cultes vodoun plus larges, liés aux forces naturelles (mer, fleuve, vent), aux ancêtres et aux divinités de l'aire gbe partagées avec les peuples voisins. La mer (Hu, ou Xù) est une puissance sacrée centrale pour un peuple dont la vie et la survie dépendent de la pêche océanique. Des rituels de propitiation avant les sorties en mer existent vraisemblablement, mais leur documentation précise n'est pas disponible dans les sources consultées.
L'article de grandpopo.net mentionne des « traditions ancestrales » et la « fête du vodoun » comme éléments culturels centraux de Grand-Popo. L'hôtel Awalé Plage propose des excursions sur le « vaudou en pays Xwla », ce qui indique une dimension touristique de ces pratiques.
25. L'iroko sacré et les espaces sacrés
L'iroko (Milicia excelsa) est un arbre géant d'Afrique de l'Ouest considéré comme sacré dans de nombreuses traditions gbe. À Hévé, un iroko sacré est représenté dans les photos associées à la royauté xwla (article Wikipédia). Cet arbre marque probablement l'enceinte royale ou un lieu de culte associé au palais.
Les espaces sacrés xwla comprennent les temples vodoun, les couvents d'initiation (fermés aux non-initiés), les tombes des ancêtres royaux et les lieux associés à des événements fondateurs. La « Bouche du Roy » — embouchure du Mono à Grand-Popo, site d'une beauté naturelle spectaculaire — est également un lieu chargé de significations symboliques et rituelles, en plus de son importance géographique.
26. Christianisme et Islam à Grand-Popo
Les missionnaires méthodistes sont actifs sur la côte des Esclaves à partir des années 1840, établissant des stations à Grand-Popo, Petit-Popo (Aného), Glidji et Agoué. Les catholiques arrivent également dans cette période. Ces deux formes de christianisme ont pénétré la communauté xwla, mais sans supplanter le vodoun qui reste dominant.
La fête Novitcha de 2025 (99e édition, rapportée par La Nation) s'ouvrait par « une séance de prière à la mosquée d'Onkuihoué suivie des libations et d'une messe en mémoire des défunts ». Cette séquence — mosquée, libations traditionnelles (vodoun), messe catholique — illustre le pluralisme religieux de la communauté xwla contemporaine, même si la pratique vodoun reste structurante.
L'évêque du diocèse de Lokossa, Mgr Victor Agbanou, est présent à la fête Novitcha, ce qui indique l'intégration du christianisme catholique dans la vie communautaire xwla, sans effacement des pratiques traditionnelles.
PARTIE VI — PATRIMOINE ET CULTURE
27. Novitcha : la grande fête de retrouvailles
Novitcha est la manifestation culturelle la plus importante et la mieux documentée de la communauté xwla et xwéla. C'est une fête de retrouvailles et de cohésion communautaire, organisée annuellement — parfois tous les deux ans selon les sources. Elle en est à sa 99e édition en 2025 (98e à Grand-Popo, apothéose à Sème-Podji selon La Nation du Bénin), ce qui la place à la fin du XIXe siècle ou au tout début du XXe siècle comme date de fondation.
L'association qui organise Novitcha est l'Association Nonvitcha, qui fédère les communautés xwla et xwéla du Bénin et de la diaspora. Elle a des sections au Bénin, au Nigeria, au Togo, au Ghana et en France. Son centenaire approchant (probablement vers 2025-2026) est un événement que la communauté prépare.
La fête se déplace selon les éditions entre différentes localités xwla et xwéla : Grand-Popo, Sème-Podji (Agblangandan), Houlènou, etc. Elle comprend des cérémonies religieuses plurielles (messe, prières, libations), des manifestations culturelles (groupes folkloriques, récitation de panégyriques des lignages), et des actions de développement social (dons de gilets aux pêcheurs, constructions scolaires, équipements médicaux).
Novitcha dépasse le cadre strictement xwla. L'évêque Agbanou déclare que « Novitcha n'est pas la chasse gardée des Xwla et Xwela » — ce qui indique son rayonnement au-delà de la communauté d'origine. La plage Nonvitcha à Grand-Popo est un espace public dédié à ces célébrations.
28. Architecture et patrimoine bâti
Grand-Popo conserve un patrimoine architectural colonial intéressant, bien que partiel : l'érosion côtière a détruit une grande partie de l'ancienne ville. L'article anglais Wikipédia sur Grand-Popo indique que « la ville a grandi autour de la traite négrière, mais l'érosion côtière a maintenant détruit la majeure partie de la vieille ville ».
Les bâtiments coloniaux subsistants — entrepôts, résidences, maison des factoreries commerciales — sont aujourd'hui reconvertis pour partie en hébergements touristiques (l'hôtel Awalé Plage notamment occupe des bâtiments d'époque). L'architecture brésilienne, moins présente qu'à Porto-Novo, est néanmoins visible dans quelques constructions laissées par les Agudas.
Le palais royal de Hévé est le site patrimonial le plus important de la tradition xwla. Les couvents vodoun, fermés au public non initié, font partie du patrimoine immatériel bâti. L'iroko sacré de Hévé est un repère paysager associé à la royauté.
La Bouche du Roy — embouchure du fleuve Mono — est un site naturel d'une grande beauté, régulièrement cité comme l'une des attractions majeures du tourisme béninois. Ce n'est pas à proprement parler un monument bâti, mais un paysage culturel intimement lié à l'identité xwla.
29. Littérature orale, musique et danse
Comme pour l'ensemble des peuples gbe, la littérature orale xwla comprend des contes, des proverbes, des chansons et des récits généalogiques. Les panégyriques des lignages (récitations des noms et actes des ancêtres) sont mentionnés dans le compte-rendu de la fête Novitcha, ce qui indique leur place dans la vie cérémonielle de la communauté.
La musique xwla est liée aux cérémonies vodoun et aux fêtes communautaires. Les percussions et le chant sont centraux. Des groupes folkloriques se produisent lors de Novitcha. Je ne dispose pas de documentation académique précise sur les genres musicaux spécifiques aux Xwla.
La pêche elle-même génère une culture orale spécifique : chants de pêcheurs, récits de traversées difficiles, expressions liées aux dangers de la mer. Cette dimension de la culture orale xwla est peu documentée dans les sources consultées.
Note : Il n'existe pas, à ma connaissance, de thèse ou d'ouvrage académique spécifiquement consacré à la littérature orale ou à la musique xwla, contrairement au travail de Koudjo (1989) sur la chanson fon et gun. Ce domaine reste à documenter.
30. Grand-Popo aujourd'hui : tourisme et identité
Grand-Popo est devenue l'une des destinations touristiques majeures du Bénin, ce qui représente à la fois une opportunité et une tension pour la communauté xwla. La commune comptait 57 636 habitants au recensement de 2013 (Wikipédia, article Grand-Popo). Le tourisme est identifié comme « le secteur véritablement porteur de la commune ».
Les atouts touristiques sont nombreux : plages de sable, Bouche du Roy, mangroves, palmeraies, patrimoine colonial, cérémonies vodoun, excursions en pirogue sur le Mono. L'économie touristique génère des emplois dans l'hôtellerie, la restauration, le transport en pirogue et le guidage.
Cette orientation touristique comporte un risque de folklorisation des pratiques culturelles xwla — la transformation du vodoun en spectacle, de la pêche en attraction. Ce risque est documenté dans d'autres contextes similaires, même s'il n'est pas spécifiquement analysé dans les sources disponibles sur les Xwla.
Sur le plan identitaire, les Xwla font face aux mêmes défis que d'autres petits peuples du Bénin : invisibilité dans les statistiques officielles (regroupés dans des catégories plus larges), absence de la langue dans l'enseignement officiel, pression des langues dominantes (fon, français). La vitalité de Nonvitcha et le maintien de la langue sans signes de shift (SIL, 2011) sont des indicateurs positifs de résistance culturelle.
CONCLUSION
Le peuple xwla du Bénin est un groupe humain dont l'identité est structurée par deux réalités fondamentales : l'appartenance à l'aire culturelle gbe du golfe de Bénin d'une part, et la relation à la mer d'autre part. Pêcheurs et navigateurs depuis leurs origines, les Xwla ont développé une culture maritime distincte au sein de la grande famille des peuples adja-gbe.
Plusieurs faits sont bien documentés : l'origine xwla à Tado, confirmée par des traditions orales convergentes ; la parenté fraternelle avec les Xwéla ; la fondation de la royauté à Agbannakin et Hévé ; le culte royal du Dogblossou ; la langue xwla-gbè comme deuxième langue non documentée du Bénin (après les grandes langues gbe) avec une vitalité confirmée en 2011 ; la pêche comme activité identitaire centrale ; la fête Novitcha comme institution communautaire centenaire.
Plusieurs points restent insuffisamment documentés dans les sources disponibles en ligne : la chronologie précise des migrations (les dates données par la tradition orale sont approximatives) ; les données démographiques récentes (seul le recensement de 1992 est disponible) ; le détail du panthéon vodoun xwla ; la littérature orale et musicale spécifique à ce peuple.
Les Xwla sont documentés de façon inégale dans la littérature académique : ils bénéficient d'une enquête sociolinguistique solide (SIL, 2011), sont mentionnés dans les grandes synthèses sur les peuples gbe (Pazzi, 1979 ; Medeiros, 1984), mais manquent d'une monographie consacrée spécifiquement à leur histoire et leur culture — lacune que les chercheurs béninois et togolais seraient les mieux placés pour combler.
RESSOURCES ET BIBLIOGRAPHIE COMMENTÉE
Travaux académiques et enquêtes scientifiques
HENSON, Bonnie J. et KLUGE, Angela. A sociolinguistic survey of the Gbe language communities of Benin and Togo, Volume 5: Xwla language area. SIL International, 2011, 54 p. [Téléchargeable sur sil.org/resources/publications/entry/41572]
Référence académique la plus récente et la plus précise sur le xwla. Fournit des données sur la compréhension mutuelle, les attitudes linguistiques, la vitalité de la langue et la situation de l'alphabétisation. Téléchargeable gratuitement.
KLUGE, Angela. A sociolinguistic survey of the Gbe language communities of Benin and Togo — Gbe language family overview. SIL Electronic Survey Report 2011-012. SIL International, 2011. [Accessible sur docslib.org]
Panorama de l'ensemble des langues gbe, avec la classification de Capo (1986) qui situe le xwla dans le cluster Phla-Phera. Référence pour la position du xwla dans la famille linguistique.
PAZZI, Roberto. Introduction à l'histoire de l'aire culturelle ajatado (peuples ewe, aja, xwla, ayizo, gen, sahwe, xweda, fon, gun). Université du Bénin, Institut national des sciences de l'éducation, Cotonou, 1979, 323 p.
Ouvrage fondamental sur les peuples de l'aire ajatado, dont les Xwla. Cité dans de nombreuses sources secondaires. Non accessible en ligne dans les sources consultées, mais disponible dans les grandes bibliothèques africaines. Pazzi est la référence primaire sur l'étymologie des noms xwla et sur les traditions migratoires.
MEDEIROS, François de (dir.). Peuples du Golfe du Bénin : Aja-Ewé. Éditions Karthala ; Centre de recherches africaines, Paris, 1984, 328 p. [ISBN 2-86537-092-5]
Ouvrage collectif de référence sur les peuples gbe, dont les Xwla. Cité dans la bibliographie de Wikipédia (article Xwla peuple). Disponible en bibliothèque universitaire.
GAYIBOR, Nicoué Lodjou (dir.). Histoire des Togolais : des origines aux années 1960, tome 2 : Du XVIe siècle à l'occupation coloniale. Éditions Karthala, Paris ; Presses de l'Université de Lomé, 2011, 715 p. [ISBN 978-28111-0481-8]
Ouvrage historique de référence sur les peuples du Togo, dont les Xwla. Cité dans la bibliographie de Wikipédia.
Sources institutionnelles et associatives
Association Nonvitcha. « Implantations de la communauté Xwla et Xwela : Origine de leur fraternité ». [Accessible sur associationnonvitcha.org, 2023]
Source associative — pas une source académique — mais qui synthétise les traditions orales xwla et xwéla et documente l'histoire migratoire du groupe. À utiliser avec la réserve appropriée à une source communautaire.
Site grandpopo.net. « L'Histoire ». [Accessible en ligne]
Source locale sur l'histoire des Xwla, s'appuyant sur des textes de tradition orale et citant Roberto Pazzi. Utile pour les traditions locales, à croiser avec les sources académiques.
Site xwlagbegnon.com. « Histoire des Xwla ». [Accessible en ligne]
Autre source communautaire sur l'histoire xwla.
Sources encyclopédiques vérifiables
Wikipédia (fr). Articles : « Xwla (peuple) », « Grand-Popo », « Pla Peda ». [Consultés 2025]
L'article Xwla (peuple) est court mais bien sourcé (Henson & Kluge 2011, Pazzi 1979, Medeiros 1984). L'article Grand-Popo fournit des données économiques et démographiques (recensement 2013). L'article Pla Peda est plus court et utilise les termes Xwla et Xwéda sans les distinguer clairement.
Wikipédia (en). Article : « Grand-Popo ». [Consulté 2025]
Article en anglais plus complet sur Grand-Popo, avec des informations sur l'étymologie du nom Popo et la traite négrière.
Wikilivres (fr). « Histoire de Grand-Popo ». [Accessible en ligne]
Compilation de sources secondaires sur l'histoire de Grand-Popo, incluant des données sur la traite négrière, les routes commerciales et la présence des Agudas.
Sources de presse
La Nation (Bénin). « 98e édition de Nonvitcha à Grand-Popo : Les Xwla et Xwela s'engagent à rehausser leur label ». [Novembre 2025]
Compte-rendu journalistique de la dernière édition connue de Nonvitcha. Fournit des informations sur le programme, les actions sociales et le discours de l'évêque Agbanou.
Ressources complémentaires à explorer
— Ethnologue. Fiche langue xwl (Xwla). [ethnologue.com/language/xwl]
— INSAE (Institut National de la Statistique et de l'Analyse Économique, Bénin). Résultats du RGPH4 (2013) : données ethniques et linguistiques détaillées par commune.
— Archives nationales du Bénin (Porto-Novo) : rapports administratifs coloniaux sur la région du Mono et la commune de Grand-Popo.
— Université d'Abomey-Calavi (UAC) : thèses et mémoires sur les peuples du Mono. Des travaux locaux non accessibles en ligne existent vraisemblablement.
— École du Patrimoine Africain (EPA, Porto-Novo) : travaux sur le patrimoine immatériel des peuples côtiers du Bénin.