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Le Fa
Le Fa est à la fois science et divinité présidant au destin de l'homme. Il est un livre ouvert sur le passé, le présent et l'avenir. Il enseigne à l'homme ses liens profonds avec la nature, tout en lui dispensant, grâce aux récits allégoriques liés à chaque signe, une grande et très profonde sagesse existentielle. Géomancie, technique divinatoire, voie de connaissance, doctrine initiatique : le Fa est tout cela à la fois, et il est probablement, avec son parent yoruba l'Ifa, le système divinatoire africain le plus élaboré, le plus documenté et le plus étudié qui soit.
Cette page en propose une présentation complète : ce que le Fa est et ce qu'il n'est pas, d'où il vient, comment il fonctionne, qui le pratique, ce que disent les seize signes-mères, ce qu'il apporte, ce dont il faut se méfier, et ce que la recherche savante — de Bernard Maupoil à Wande Abimbola — permet d'établir avec certitude ou laisse dans l'incertitude. Les points où les sources divergent sont signalés plutôt que tranchés arbitrairement.
1. Qu'est-ce que le Fa ?
Une définition en trois strates.
Le mot Fa (fongbe Fá) désigne trois réalités inséparables. C'est d'abord une divinité — ou plus exactement une puissance médiatrice : dans la théologie fon, le Fa est la parole de Mawu, le canal par lequel le Créateur communique aux hommes leur destinée. C'est ensuite une technique : un procédé géomantique rigoureux, fondé sur un système binaire, qui produit des figures interprétables. C'est enfin un corpus : un immense trésor de récits, de proverbes, de chants et de prescriptions attachés à chaque figure, transmis oralement de maître à disciple depuis des siècles.
Bernard Maupoil, dont la thèse monumentale La Géomancie à l'ancienne Côte des Esclaves (1943) demeure l'étude de référence sur le Fa béninois, insistait déjà sur cette triple nature : réduire le Fa à une « voyance » serait aussi inexact que de réduire une cathédrale à un tas de pierres. Le philosophe et écrivain béninois Mahougnon Kakpo, qui a consacré plusieurs travaux universitaires au Fa comme vecteur de savoirs littéraires, le décrit comme une véritable bibliothèque orale, comparable dans sa fonction aux grands corpus sapientiaux de l'humanité.
Le Fa dans l'architecture du vodoun.
Le Fa n'est pas un culte isolé : il occupe une position centrale et transversale dans le système religieux vodoun. C'est par lui que l'on identifie le vodoun tutélaire d'une personne, que l'on diagnostique l'origine spirituelle d'un malheur, que l'on détermine les sacrifices appropriés et que l'on valide les grandes décisions individuelles et collectives. Dans la tradition fon, le Fa est étroitement associé à deux figures : Legba, le messager turbulent des dieux, gardien des seuils et des carrefours, sans lequel aucune communication entre les mondes n'aboutit ; et Gbadu (correspondant à l'Odu yoruba), puissance féminine mystérieuse liée aux secrets de la destinée, dont Maupoil et Melville Herskovits (Dahomey, 1938) ont décrit le culte réservé aux initiés de haut rang.
En un mot, le Fa est un guide, un éclaireur qui permet d'avoir une vision claire de la trajectoire d'un individu, depuis sa conception jusqu'à sa mort — la tradition affirme même que son influence se prolonge au-delà de la mort, certains enseignements évoquant une période de seize années après le décès. Le Fa permet également d'éclairer des préoccupations précises : mariage, voyage, santé, entreprise. C'est une lumière des hommes qui tire sa source, selon la doctrine, du grand nom divin.
Fa, Ifa, Afa : une même famille divinatoire.
Le système porte des noms différents selon les aires linguistiques, mais il s'agit fondamentalement de la même institution. W. Fassinou le résume ainsi : « Chez les peuples noirs d'Afrique sans écriture, de tous les procédés expérimentés, l'Ifa est l'un des moyens par excellence permettant de révéler les desseins de Dieu. C'est une technique, un art, un oracle qui permet aux devins de communiquer avec Dieu, à travers les Orishas, les ancêtres, les défunts, etc. Il est utilisé dans les moments critiques de la vie tels que les maladies graves, les décès, les naissances, les mariages, à tout moment. Ifa est le nom donné à Orunmila, la divinité de la sagesse et du destin dans la culture yoruba du Nigéria et du Bénin. L'oracle Ifa est également connu sous le nom de Fa chez les Fons du Bénin ou d'Afa dans les cultures ewe du Bénin et du Togo. Ce nom trouve son origine dans la ville d'Ilé-Ifè, au Nigéria, où selon la tradition, cet art divinatoire serait apparu en premier sur le continent africain. Du Nigéria, l'Ifa s'est répandu en premier au Bénin, au Togo puis au Ghana, en s'intégrant harmonieusement, dans ces trois pays, au vodoun. D'ailleurs, il représente le trait d'union parfait entre les orishas des Yoroubas et les vodouns des Fons du Bénin. Ceci illustre la grande parenté des panthéons des Yoroubas du Nigéria et des Fons du Bénin, même si ces deux communautés ne partagent pas la même mythologie. »
La recherche confirme ce tableau : l'Ifa yoruba (étudié par William Bascom, Ifa Divination: Communication between Gods and Men in West Africa, 1969, et par Wande Abimbola, Ifá: An Exposition of Ifá Literary Corpus, 1976), le Fa fon (Maupoil, 1943 ; Rémy T. Hounwanou, Le Fa, une géomancie divinatoire du golfe du Bénin, 1984) et l'Afa ewe (Albert de Surgy, La géomancie et le culte d'Afa chez les Evhé, 1981) partagent la même structure de seize signes de base, la même combinatoire de 256 figures et des corpus de récits largement apparentés. Les différences portent sur les noms des signes, l'ordre de préséance, certains détails rituels et le contenu local des répertoires.
Une reconnaissance mondiale.
Le système de divination Ifa a été proclamé chef-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité par l'UNESCO en 2005, puis inscrit en 2008 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité, au titre du Nigéria. La notice officielle de l'UNESCO souligne un point capital, qui distingue le Fa/Ifa de bien d'autres divinations : il ne repose pas sur la médiumnité ou les pouvoirs oraculaires d'une personne, mais sur un système de signes objectivé, interprété par un devin formé — ce qui en fait, au sens propre, une discipline intellectuelle et non une inspiration.
2. Origines et histoire
La tradition : Ilé-Ifè, berceau de l'oracle.
Selon la tradition yoruba, l'art divinatoire est né à Ilé-Ifè, la ville sainte des Yoruba, dans l'actuel État d'Osun au Nigéria. La légende — dont il existe de nombreuses variantes — rapporte qu'Oduduwa, ancêtre fondateur et premier roi (Ooni) d'Ifè, eut seize fils qui fondèrent les seize royaumes yorubas, et qu'Orunmila, divinité de la sagesse, enseigna l'art de la divination qui fut transmis à leurs successeurs, les babalawo (devins ou prêtres d'Ifa). Le nombre seize y représente les seize possibilités fondamentales de la vie humaine ; ces seize principes, appelés Odu, engendrèrent à leur tour seize « fils » chacun, soit 256 configurations du destin.
Note : certaines versions populaires de cette légende comportent des noms déformés ; la forme attestée dans les sources yoruba est Oduduwa, et le titre royal d'Ifè est Ooni. Les généalogies mythiques varient selon les lignées de devins — c'est le propre des traditions orales, et non un défaut à corriger.
L'histoire : l'implantation du Fa au Danxomè.
L'implantation du Fa dans l'aire gbe est un fait historique documentable. Les traditions recueillies par Maupoil et par Le Hérissé (L'Ancien Royaume du Dahomey, 1911) s'accordent pour situer l'introduction ou la consolidation du Fa à la cour d'Abomey vers le XVIIIe siècle, sous les règnes d'Agaja et surtout de Tegbesu (vers 1740-1774), par l'intermédiaire de devins venus du pays yoruba (Ifè, Oyo) ou de la région d'Aja-Tado. Les rois du Danxomè s'entourèrent de bokonon officiels, et la consultation du Fa devint un rouage de l'État : campagnes militaires, successions, fondations, rien d'important ne se décidait sans l'oracle. Cette dimension politique du Fa royal est bien établie ; en revanche, la chronologie fine de sa diffusion dans les campagnes et les couches populaires reste mal connue.
Le débat savant : une parenté avec la géomancie arabe ?
Un point fascinant, que le grand public ignore souvent, occupe les chercheurs depuis un siècle : le Fa/Ifa partage avec la géomancie arabe classique ('ilm al-raml, la « science du sable ») et avec la géomancie européenne médiévale qui en dérive la même structure formelle — seize figures de base composées de quatre positions à deux états (simple ou double), et une logique combinatoire identique. Le sikidy malgache, autre géomancie africaine, appartient vraisemblablement à la même famille, introduite à Madagascar par les commerçants arabes. Deux lectures s'affrontent : pour les uns, la géomancie s'est diffusée depuis le monde arabo-musulman vers l'Afrique de l'Ouest par les routes transsahariennes, puis a été profondément réélaborée et « théologisée » par les Yoruba et les Fon ; pour les autres, la question de l'antériorité entre systèmes africains et arabes reste ouverte, et l'originalité du corpus ouest-africain — qui n'a aucun équivalent dans la géomancie arabe — plaide pour une création largement autonome. L'anthropologue Erwan Dianteill (L'Oracle et le Temple, 2024) a récemment repris ce dossier de la géomancie médiévale aux Églises d'Ifa contemporaines du Nigéria et du Bénin. En l'état, l'honnêteté commande de dire : la parenté structurelle est établie, le sens de la filiation ne l'est pas.
Ce débat, loin de diminuer le Fa, le grandit : quelle qu'ait été l'étincelle initiale, c'est en pays yoruba et gbe que le système binaire à seize figures a été transfiguré en une théologie du destin, un corpus littéraire immense et une institution sociale complète. La géomancie arabe est restée une technique ; le Fa est devenu une civilisation du sens.
3. Destin et lecture du monde : pourquoi consulter ?
Comme Jacob, qui s'écria dans la Bible « Mon sort est caché devant l'Éternel ! », l'homme est poursuivi par l'énigme de son destin. Depuis la nuit des temps, il s'inquiète de ce qu'il ne connaît pas et ne peut fuir. Chez tous les peuples de la terre, l'homme s'est évertué, par tous les procédés possibles, à percer le mystère de son existence : la cause de ses malheurs et les moyens d'y échapper. L'ensemble des procédés inventés en vue de sonder ce mystère s'appelle l'art conjectural, et sa pratique est la divination. Dans les civilisations de l'écrit comme dans celles de l'oralité, les géomancies comptent, depuis l'Antiquité, parmi les « mancies mères » les plus expérimentées et les mieux documentées (d'après Agbadjé Adébayo Babatoundé Charles).
Ce qui distingue le Fa dans ce paysage universel, c'est sa réponse à la question du destin. La doctrine fon enseigne que chaque être humain vient au monde porteur d'un signe personnel, son kpoli, qui code sa destinée : ses potentialités, ses vulnérabilités, ses interdits, sa trajectoire probable. C'est le sens de la cérémonie du Fa yiyi ou « prise du Fa » (le zounyiyi évoqué par les anciens) : lorsque vous prenez le Fa, vous êtes informé de votre dou, du langage codé par lequel vous êtes venu au monde — bref, de votre signe. Un homme qui ne doit pas consommer tel aliment et qui l'ignore comprendra enfin, après consultation, le sens de certains malheurs répétés. On pourra dire à quelqu'un qu'il n'est pas fait pour cultiver la terre mais pour le commerce. C'est celui qui ignore son signe qui cherche de droite à gauche. La connaissance du kpoli n'est donc pas de la curiosité : c'est, dans cette vision du monde, la condition d'une vie ajustée.
Maupoil a consacré des centaines de pages au kpoli, qu'il décrit comme la pièce maîtresse de l'anthropologie religieuse fon : le kpoli matériel — un paquet rituel contenant notamment la poudre marquée du signe de l'intéressé — est conservé précieusement, honoré, et accompagne son détenteur jusqu'à la mort. Le destin ainsi révélé n'est pas un fatalisme : le Fa dit ce qui est probable et ce qui est prescrit, puis les sacrifices (vosisa), les conduites et les interdits permettent d'infléchir, de protéger, de réparer. La divination fon est une herméneutique de la liberté sous contrainte, non une condamnation.
Il faut enfin souligner le sens symbolique que la tradition initiatique attache aux instruments eux-mêmes. Afin de saisir la portée mystique des signes, les maîtres enseignent une identification des quatre positions de chaque branche du chapelet divinatoire avec les quatre éléments — feu, air, eau, terre —, sources de toute énergie du monde : les éléments du haut (feu et air) représentant l'esprit, ceux du bas (eau et terre) la matière. Le monde et la vie étant combinaison de ces quatre éléments en proportions variables, chaque type humain, chaque situation, est la manifestation du signe qui exprime sa combinaison propre. Le signe révèle ainsi le type humain, son comportement, ses facultés — en un mot son caractère et ses spécificités essentielles. Cette lecture élémentaire relève de l'enseignement ésotérique transmis dans certaines lignées ; elle est rapportée ici comme doctrine, non comme donnée ethnographique universelle.
4. Le système : une combinatoire binaire
Seize signes-mères, deux cent cinquante-six figures.
La divination du Fa repose sur un système binaire. Chaque signe est un tétragramme : une colonne de quatre positions, chacune pouvant prendre deux états — trait simple (I) ou trait double (II). Deux états sur quatre positions donnent 2⁴ = 16 figures de base : ce sont les seize signes-mères, appelés dougan ou dou-mèdji (« signes doubles »), qui sont également les « représentants des maisons » géomantiques. Il y a seize maisons géomantiques et seize signes principaux ; il ne peut pas y en avoir plus, la combinatoire étant close. Le tirage complet produit en réalité une paire de tétragrammes lus côte à côte, soit 16 × 16 = 256 figures : les seize signes-mères (quand les deux colonnes sont identiques) et 240 signes secondaires appelés vikando ou douvi (« enfants de signes »), issus du croisement de deux signes-mères différents.
Cette architecture est identique dans l'Ifa yoruba (16 odu meji et 240 odu composés, soit 256 odu) et dans l'Afa ewe. Elle fait du Fa, au sens strict, un système formel : les mathématiciens et historiens des sciences y reconnaissent l'un des plus anciens usages systématiques d'un code binaire à des fins de classement des situations humaines — un rapprochement est souvent fait avec les 64 hexagrammes du Yi Jing chinois, autre grande combinatoire divinatoire binaire, sans qu'aucun lien historique n'existe entre les deux.
Le corpus attaché aux signes : les vers.
À chaque figure correspond un répertoire de vers (ese en yoruba) : récits mythologiques, contes, chants, proverbes, devinettes, sur lesquels le devin fonde son interprétation. Sur le volume de ce corpus, les sources divergent et il faut être précis. Une tradition pédagogique répandue affirme qu'il y aurait seize vers par figure, soit 256 × 16 = 4 096 vers — autant de « réponses possibles » qu'un bon devin est censé mémoriser au maximum, étant admis qu'on peut pratiquer correctement en ne maîtrisant que quatre vers essentiels par figure. Mais la notice officielle de l'UNESCO, s'appuyant sur les spécialistes yoruba, donne un ordre de grandeur très supérieur : environ 800 ese par odu, et un corpus dont « on ne connaît pas le nombre exact car il augmente continuellement ». La contradiction n'est qu'apparente : le chiffre de 16 vers par signe décrit un socle minimal d'apprentissage, tandis que le corpus vivant, ouvert et régional, est indéfiniment plus vaste. Wande Abimbola, lui-même babalawo et professeur, a montré que le corpus d'Ifa constitue de fait la plus grande encyclopédie orale de l'aire yoruba : histoire, médecine, botanique, éthique, cosmologie, tout s'y trouve encodé. Il serait donc trompeur de présenter « 4 096 » comme le nombre réel des textes du Fa : c'est un nombre canonique, non un inventaire.
Les instruments.
Deux procédés principaux permettent de faire apparaître le signe. Le premier, le plus solennel, utilise les seize noix de palme sacrées (fadékwin chez les Fon, ikin chez les Yoruba) : le devin les fait passer d'une main dans l'autre et, selon qu'il en reste une ou deux dans la main gauche, trace une marque simple ou double dans la poudre divinatoire (fayɛ) étalée sur le plateau (fatɛ, l'opon Ifá yoruba, souvent magnifiquement sculpté — les plateaux et coupes d'Ifa anciens comptent parmi les chefs-d'œuvre de la sculpture ouest-africaine conservés dans les grands musées). Huit passes successives construisent la double figure. Le second procédé, plus rapide et le plus courant en consultation ordinaire, utilise le chapelet divinatoire (akplɛkan chez les Fon, opele chez les Yoruba) : une chaîne portant huit demi-coques (quatre par branche), qui, jetée sur le sol, affiche instantanément la double figure selon la face — concave ou convexe — que présente chaque coque. C'est à ce chapelet que s'applique la lecture élémentaire (feu, air, eau, terre) exposée plus haut.
Le matériel divinatoire comprend en outre des instruments annexes que Maupoil décrit en détail : les objets-symboles que le consultant manipule pour préciser sa question à l'oracle sans la formuler à voix haute (procédé remarquable, qui protège le secret de la consultation et interdit au devin toute lecture « psychologique » du client), les cauris, la queue d'éléphant ou le chasse-mouches d'apparat des grands bokonon, et la sonnette rituelle qui salue le signe apparu.
5. Le devin : bokonon et babalawo
Un lettré de l'oralité.
Les prêtres du Fa — bokonon (pluriel usuel : bokonon ou bokono) chez les Fon, babalawo (« père des secrets ») chez les Yoruba — ne sont pas des improvisateurs. Leur formation, décrite par tous les observateurs depuis Le Hérissé, est l'une des plus longues et des plus exigeantes de l'Afrique de l'Ouest : des années d'apprentissage auprès d'un maître, la mémorisation progressive des figures, des vers, des correspondances, des plantes, des sacrifices et des interdits, la participation graduée aux consultations, puis les initiations successives — dont la retraite dans la forêt sacrée du Fa (fazun), étape majeure où l'initié reçoit la révélation de son propre kpoli et accède au rang de consultant autorisé. Maupoil, qui fut l'élève attentif du grand bokonon Gedegbe, ancien devin de la cour de Béhanzin, a montré que cette formation fait du bokonon un authentique lettré de l'oralité : diagnosticien, prescripteur, mémorialiste, botaniste, psychologue et directeur de conscience tout ensemble. Ce sont de grands érudits qui savent écouter et aider les humains à régler leurs problèmes de santé, d'emploi, de couple, de travail, de paix et de bonheur.
Une éthique professionnelle.
La tradition assigne au devin des règles strictes : ne pas inventer, ne pas menacer, ne pas exploiter, ne pas divulguer. L'existence de ces normes — rappelées dans les récits du corpus eux-mêmes, où les mauvais devins sont châtiés — ne garantit évidemment pas que tous les praticiens les respectent (voir la section sur les dérives), mais elle établit un point essentiel : la tradition possède en interne ses critères du vrai et du faux praticien. Le charlatan n'est pas une invention des sceptiques modernes ; c'est une figure que le Fa lui-même connaît, nomme et condamne.
La consultation.
Dans la consultation, le consultant vient avec une question, une inquiétude, un projet ou un événement à éclairer. Le devin procède selon les méthodes reçues, fait apparaître le signe, puis l'interprète à la lumière du corpus, des récits traditionnels et du contexte. Fait remarquable déjà signalé : dans la procédure classique, le consultant ne formule pas sa question à voix haute — il la confie mentalement aux instruments qu'il manipule. Le devin interprète donc « à l'aveugle », ce qui, du point de vue même de la tradition, authentifie l'oracle, et ce qui explique l'importance de la phase de dialogue qui suit l'apparition du signe : le vers récité propose un miroir, le consultant s'y reconnaît ou non, et la séance avance par ajustements successifs entre le texte ancien et la situation présente. La consultation s'achève, le cas échéant, par des prescriptions : offrandes, sacrifices (vosisa), conduites à tenir, interdits à observer.
Le Fa peut être consulté pour la santé, le mariage, la naissance, les voyages, les conflits, l'argent, les blocages, la protection, les choix de vie, l'installation d'une activité, les troubles spirituels ou les causes profondes d'un échec répété. Anciennement, la divination précédait toute prise de décision importante, individuelle ou collective — et l'UNESCO note que c'est encore aujourd'hui sa fonction cardinale dans les communautés qui la pratiquent.
6. Les seize signes-mères : présentation et mise en garde méthodologique
Avant de présenter le détail des seize signes tel qu'il se transmet au Bénin, une clarification s'impose — elle honore la rigueur plutôt qu'elle ne l'affaiblit.
D'où viennent ces descriptions ? Les portraits qui suivent (nature, jour, couleur, portrait physique, caractère, professions, maladies, interdits, commentaire) appartiennent à la littérature béninoise de vulgarisation initiatique du XXe siècle, dont l'ouvrage de référence est celui de Rémy T. Hounwanou (Le Fa, une géomancie divinatoire du golfe du Bénin, Les Nouvelles Éditions Africaines, 1984), lui-même héritier des enseignements de lignées de bokonon. Le fonds traditionnel — noms des signes, schémas, interdits alimentaires et rituels, commentaires sur la destinée — est massivement corroboré par Maupoil (1943), qui consigne pour chaque signe des listes d'interdits et de destinées très proches de celles reproduites ici.
Ce qui relève d'un syncrétisme moderne. En revanche, les correspondances astrologiques occidentales (signes du zodiaque, planètes) et certaines rubriques de type caractérologique (professions modernes : cheminots, facteurs des PTT, pilotes d'essai...) sont des rapprochements élaborés au XXe siècle, au contact de la littérature occultiste européenne alors diffusée en Afrique francophone. Elles ne figurent pas dans le corpus ancestral et ne sont pas pratiquées par toutes les lignées. Nous les conservons ici parce qu'elles appartiennent désormais à la tradition vivante béninoise telle qu'elle s'enseigne réellement — une tradition n'est pas un musée —, mais le lecteur doit savoir distinguer les strates : les interdits et les commentaires de destinée sont anciens ; les planètes et le zodiaque sont des greffes récentes.
Correspondances yoruba. Pour chaque signe, nous indiquons l'équivalent yoruba (odu meji), ce qui permet au lecteur de circuler entre les littératures fon et yoruba. L'ordre de préséance des seize signes varie légèrement selon les régions et les lignées ; celui qui suit est l'ordre fon classique consigné par Maupoil.
Au total, il y a seize maisons géomantiques et seize signes principaux. La passation des seize signes dans les seize maisons donne 256 signes : seize signes-mères (dougan ou dou-mèdji) et deux cent quarante signes secondaires (vikando ou douvi). Les prêtres du Fa sont à la fois des diagnosticiens, des prescripteurs et des directeurs de conscience ; les portraits qui suivent sont leurs outils de travail, non des horoscopes de magazine.
Gbe-Meji (Ogbe)
Premier signe : Ogbe ou Gbe-Meji. Équivalent yoruba : Eji Ogbe, premier des odu, associé à la lumière et au commencement.
Sexe : masculin — signe de jour. Nature : eau — bénéfique, légèrement défavorable. Jour : jeudi. Couleur : blanc. Correspondance astrologique (moderne) : Cancer. Planète (moderne) : Lune.
Portrait physique : taille moyenne, corps épais dans sa partie supérieure, un œil plus gros ou avec une tache, teint bronzé ou clair, dents petites, front moite.
Caractère : goûts ordinaires et simples. Inconstance, irréflexion, imagination, timidité, inertie. Implique l'idée de pénétration et de recherche en profondeur. Tendance au découragement et manque de scrupules. Prudence dans les affaires d'argent. Libéral et plaisant, mais un peu paresseux. Médiumnité, mobilité d'esprit, goût des voyages et des déplacements.
Mental : esprit léger, étourdi, capricieux et bavard, sans grande consistance. Calculateur sans ténacité. Indécision, impressionnabilité.
Professions : fonctionnaires, cultivateurs, employés des pompes funèbres, poètes, politiciens, artistes mystiques. Les professions liées aux liquides ou demandant de l'imagination ; les métiers de la route et du déplacement : transports, camionneurs, facteurs, mariniers, acteurs en tournée, colporteurs, cyclistes.
Organes : intestins. Maladies : diarrhées, anémies, agitation stérile et fatigante, odorat, œil gauche, intestins et maux qui s'y rapportent.
Interdits : celui qui est né sous ce signe (ou qui l'a trouvé au fazun) ne doit pas boire de vin de palme (atan) ni d'alcool, ni manger la chair du chien, du léopard, de l'éléphant, ni la viande du coq.
Commentaire : né dans Gbe, l'homme connaîtra un peu de souffrance, agira mal après avoir fait une bonne action. Il sera d'une audace particulière et d'une grande autorité. Bon guerrier ou lutteur, riche, il connaîtra beaucoup de gloire et réussira dans ce qu'il entreprendra. Il sera juste, honnête et très fort. Il perdra une ou plusieurs filles ; si c'est une femme, l'un de ses fils mourra. Il sera égoïste, mais d'une grande renommée.
Yeku-Meji (Oyeku)
Deuxième signe : Yeku ou Yeku-Meji. Équivalent yoruba : Oyeku Meji, associé à la nuit et aux puissances de la mort — d'où son caractère redouté.
Sexe : féminin — signe de nuit. Nature : eau — maléfique. Jour : lundi. Couleur : noir. Correspondance astrologique (moderne) : Cancer. Planète (moderne) : Lune.
Portrait physique : taille harmonieuse, plutôt élevée. Visage beau et bienveillant, corps maigre. Jambes minces, taches sur un œil ou un œil plus gros. Teint brun, dents longues, allure peu soignée, cicatrice ou signe apparent.
Caractère : capricieux, honnête et actif, accommodant mais indiscret. Bavard et moqueur, peu sentimental, inconstant et passif, soumis, se laissant entraîner sans réfléchir. Décevant, sournois, hypocrite, aimant agir en cachette. Porté à l'adultère ou à l'union double.
Mental : sens des foules et du calcul.
Professions : commis voyageurs et tous ceux dont le travail consiste à se déplacer continuellement ; marins, pêcheurs, camelots forains, présentateurs, avocats ; tout ce qui a trait à la navigation, au marché, au commerce, aux chroniqueurs.
Organes : thorax. Maladies : rhumes, bronchites, refroidissements, odorat, estomac, poumons, troubles de la nutrition, tumeurs, risques de noyade ou d'asphyxie.
Interdits : ne pas manger la viande de bêtes ou d'oiseaux crevés (non tués), ni aucune nourriture offerte en sacrifice aux ancêtres. Ne pas manger le fruit noir fo. Ne pas boire le vin de palme, ne pas porter de pagne noir. Ne pas enfumer ni brûler les fourmis noires, ne pas les utiliser pour des sacrifices, ni les épines ou le bois d'un arbre à épines. La viande de chat et de coq est également interdite.
Commentaire : celui qui naît sous ce signe respecte la parole donnée ; on peut lui faire confiance, mais il est bavard et indiscret. Très intelligent, il aura la gloire et l'honneur ; populaire, il connaîtra pourtant des déceptions. Grand voyageur, il passera peu de temps dans sa ville natale. Turbulent et fort, il aura une longue vie mais sera souvent malade.
Woli-Meji (Iwori)
Troisième signe : Woli ou Woli-Meji. Équivalent yoruba : Iwori Meji.
Sexe : masculin — signe de jour. Nature : terre — neutre, favorable. Jour : mercredi. Couleur : marron tirant sur le rouge. Correspondance astrologique (moderne) : Gémeaux. Planète (moderne) : Mercure.
Portrait physique : taille moyenne, corps ni trop gros ni trop maigre. Visage beau et ovale. Jambes fines. Longs cheveux unis. Grâce et beauté.
Caractère : honnête, obéissant, un peu timide. Étourderie et superficialité, mais pénétration d'esprit et conception pratique permettant un jugement rapide de la valeur exacte des gens et des choses. Souplesse, sens de l'argumentation, savoir-faire, adaptabilité.
Mental : subtilité d'esprit. Apte à tout faire ; éloquence, ingéniosité, aptitude pour l'écriture.
Professions : orateurs, philosophes, compositeurs, écrivains, scientifiques, journalistes, industriels, juristes, gens de lettres, diplomates.
Organes : système nerveux, poumons, oreilles, intestins. Maladies : voies respiratoires, système nerveux, intestins ; morsures d'animaux.
Interdits : tout animal trouvé mort ou tué par décapitation ; la pâte faite de feuilles de haricot et de farine de maïs ; le vin de palme ; la chair du chien, de la girafe, de l'hyène, de l'éléphant et du coq, commun à tous les signes.
Commentaire : l'homme né sous Woli gagnera l'estime de tous. Sa vie sera très rude pendant l'enfance et très éclatante ensuite, avec un emploi brillant. Ses projets seront souvent réalisés ; il cherchera à pratiquer toutes les religions. Son autorité sera incontestable sur sa famille ; il occupera une place de choix dans sa famille et sa ville natale.
Di-Meji (Odi)
Quatrième signe : Odi ou Di-Meji. Équivalent yoruba : Odi Meji.
Sexe : féminin. Nature : terre — maléfique. Jour : samedi. Couleur : le noir et les bigarrures ; le jaune et le rouge parfois, pour les sacrifices aux femmes. Correspondance astrologique (moderne) : Capricorne. Planète (moderne) : Saturne.
Portrait physique : taille moyenne, plutôt petite. Forte ou grosse tête, bras courts, fortes mâchoires, cheveux rudes, cou épais, visage rond, yeux sanguinolents.
Caractère : dur, sévère, opiniâtre, mélancolique et misanthrope. Égoïste et avare, aimant l'argent ; restriction, manque de cordialité, parfois méprisé ou haï. Difficultés d'entourage, entraves, contraintes morales et physiques. Jeunesse difficile. Humiliations et servitudes.
Mental : réfléchi, se décidant lentement. Concentration, plus d'intérêt pour le passé que pour l'avenir. Intelligence pénétrante et persévérance dans le travail. Préfère la ruse à la violence. Prudence et modération.
Professions : ingénieurs, chimistes, mathématiciens, astrologues, astronomes, geôliers, fossoyeurs, mineurs, gardiens de nuit, policiers, fonctionnaires sédentaires, archivistes, espions.
Organes : tact, estomac, rate, pieds, os. Maladies : rhumatismes, constipation, varices, leucémie, fractures, troubles cutanés.
Interdits : toute viande ou nourriture consacrée à Na ou à Dan ; le lièvre, les singes, le bœuf, l'éléphant, le lion, le léopard, l'hyène et le coq.
Commentaire : sous la dépendance de ce signe, on aura une bonne épouse. La réussite est certaine, mais les peines et difficultés seront nombreuses et de toutes natures. On fait en apparence contre mauvaise fortune bon cœur et on garde ses peines secrètes. Grande conscience professionnelle ; amour du prochain quel que soit son rang. Confiance des amis et collaborateurs. Contraintes morales ou physiques, difficultés légales et administratives. Lenteur ou impuissance à réaliser. Vie sombre au départ, brillante plus tard ; tantôt tout ira bien, tantôt tout ira mal. Place importante dans sa famille et son pays, où l'on aura grande renommée.
Loso-Meji (Irosun)
Cinquième signe : Loso ou Loso-Meji. Équivalent yoruba : Irosun Meji.
Sexe : masculin — signe de jour. Nature : feu — peu favorable. Jour : dimanche. Couleur : rouge, symbole du feu, de la foudre, de la colère, du sang, de la maladie et de l'accident. Correspondance astrologique (moderne) : Lion. Planète (moderne) : Soleil.
Portrait physique : taille petite ou moyenne. Maigre, ou léger embonpoint. Visage rond, teint clair ou bronzé. Nez effilé, yeux noirs souvent baissés. Front large, marque au visage ou signe apparent à l'œil droit.
Caractère : égoïste et irascible. Large pour lui-même, sans générosité pour autrui. Prompt à la colère ; brusquerie poussant à agir sans réfléchir. Prodigue, présomptueux et malheureux en amour. Fâcheries, jalousies, satisfactions suivies de revers, ennuis fréquents, unions multiples, dépits amoureux.
Mental : nombreuses connaissances superficielles dans tous les domaines, souvent mal utilisées.
Professions : propagandistes, politiciens, pionniers, joailliers, directeurs d'entreprise.
Organes : vue, cerveau, tête. Maladies : moelle épinière, douleurs de la colonne vertébrale, troubles ou fatigues mentales, foie.
Interdits : tout ce qui est rouge — vêtements, meubles, bijoux, plumes de queue de perroquet, teintures. Ne pas épouser une femme de teint clair, ni une adepte de Sakpata (Sakpatassi) ou de Hevioso (Heviossossi), car ces vodoun recherchent le rouge. Ne pas consommer la viande des singes, des oiseaux, ni de la girafe. Ne pas faire usage des fruits rouges.
Commentaire : né sous Loso, on est pauvre, indiscret, vindicatif, appliquant à la lettre la loi du talion. La vie ne sera pas sans vicissitudes et les difficultés seront nombreuses. Persévérant, on aimera tout le monde et on se confiera facilement à ses amis. On sera beaucoup aidé par une intuition très développée. Le succès est toujours instable ; ce signe entraîne des dépenses inutiles et des conflits d'intérêt avec l'entourage. Peu favorable à l'union.
Wɛnlɛn-Meji (Owonrin)
Sixième signe : Winlin ou Wɛnlɛn-Meji. Équivalent yoruba : Owonrin Meji.
Sexe : féminin — signe de jour. Nature : feu — bénéfique. Jour : dimanche. Couleur : moucheté, bigarré. Correspondance astrologique (moderne) : Lion. Planète (moderne) : Soleil.
Portrait physique : taille moyenne, couleur vermeille, visage rond, grands yeux, cheveux frisés. Parties supérieures du corps plus développées que les inférieures.
Caractère : noble et généreux. Loyauté ostentatoire, magnanimité. Sentiments élevés et grande maîtrise, courage, amour du pouvoir et de l'autorité. Charitable mais ambitieux et vindicatif. Recherche des honneurs dans maints domaines. Égoïsme.
Mental : esprit de synthèse, sens politique, vastes connaissances. Intelligence, tact et savoir-faire.
Professions : acteurs célèbres, archéologues, antiquaires, hauts fonctionnaires, hommes illustres, hauts dignitaires.
Organes : vue, œil droit, cou. Maladies : conjonctivite, strabisme, troubles de la circulation, maladie bleue des enfants.
Interdits : la chair de pintade ; toutes les nourritures consacrées au vodoun Sakpata ainsi que tous les mets grillés ; le vin de palme, le mil, le sorgho ; la viande d'éléphant, de girafe, d'hyène et de cochon. Ne pas épouser une adepte de Sakpata, ne pas se laver dans la mer, ne pas porter de pagnes ou vêtements bigarrés ou de plus de deux couleurs.
Commentaire : l'homme né sous Winlin est brutal, mais estimé de tout son entourage. Au début de sa vie, il souffrira pour être heureux. Ensuite, il sera franc, juste et correct envers tous, puis riche et charitable. Il s'élèvera au-dessus de son milieu par son savoir-faire et son travail.
Abla-Meji (Obara)
Septième signe : Abla ou Abla-Meji. Équivalent yoruba : Obara Meji.
Sexe : masculin — signe de nuit. Nature : air — bénéfique. Jour : vendredi. Couleur : bleu clair. Correspondance astrologique (moderne) : Balance. Planète (moderne) : Vénus.
Portrait physique : haute taille, membres bien proportionnés, visage rond, grandes dents ou dents manquantes à la mâchoire supérieure. Grands yeux, front large, cheveux rudes, cou épais, larges narines, nez fort.
Caractère : paisible, amical, bienveillant. Enthousiasme, gaîté, insouciance et libéralisme. Habile, altruiste, honnête, mais parfois présomptueux. Inconstance dans tous les domaines, surtout sentimentaux.
Mental : esprit gai, optimiste. Instruction superficielle, mais aptitude à réussir sans gros efforts grâce à l'aide des amis ; goût de la variété, fond nonchalant.
Professions : éditeurs, trésoriers, caissiers, organisateurs de fêtes, haut clergé, magistrature, sportifs, restaurateurs, œuvres de bienfaisance, professeurs.
Organes : oreilles, foie, poumons. Maladies : congestions pulmonaires, troubles circulatoires, maux infectieux, excès sportifs.
Interdits : le poisson houa et le fruit goussi bala ; la boule d'akassa enveloppée d'une certaine manière (alovi do gudo) ; la viande de l'oiseau hluinsuvo, d'agbogbo et d'agaga (épervier), des singes, ainsi que du gros rat glinzin ; toutes les tortues (pour éviter le mal de poitrine), Dan (tous les serpents), Lo (crocodile) et tous les autres tohossou ; toute nourriture à base de serpent. Éviter de porter des vêtements en raphia.
Commentaire : celui qui naît sous Abla sera heureux, aura une bonne épouse et de bonnes habitudes. Il sera parfois malheureux, voire méchant, sera malade peu de temps mais aura la vie longue. Il n'aimera guère son prochain, sera ambitieux et malheureux aux derniers jours de sa vie. Néanmoins, il agira avec force et vigueur et connaîtra le triomphe dans maints domaines.
Aklan-Meji (Okanran)
Huitième signe : Aklan ou Aklan-Meji. Équivalent yoruba : Okanran Meji.
Sexe : masculin. Nature : terre — maléfique. Jour : samedi. Couleur : rouge, noir, blanc et bleu ; préfère aussi ce qui est tacheté. Correspondance astrologique (moderne) : Verseau. Planète (moderne) : Saturne.
Portrait physique : corps long et mince, plutôt maigre. Teint mat, dents allongées, visage ovale, allure peu soignée. Signe au talon, cheveux rudes.
Caractère : inquiet, mais de bonnes mœurs. Talentueux en affaires. Solitaire, misanthrope, pessimiste, replié sur lui-même. Tendance au découragement, mélancolie, riant rarement, très avare. Spleen. Vivant dans ses souvenirs plus qu'au présent. Difficultés sentimentales, surtout en amour.
Mental : cerveau inquisiteur, scrupuleux, persévérant. Aptitude à découvrir les choses cachées. Mysticisme et occultisme.
Professions : archéologues, spéléologues, métaphysiciens, savants, physiciens, philatélistes, philosophes, moines, linguistes, agents secrets, policiers.
Organes : toucher, système endocrinien. Maladies : troubles glandulaires, paralysies, rhumatismes, accidents par foudre ou électricité, vue.
Interdits : la viande de singe, le haricot akpakoun. Ne pas attacher soi-même des fagots de bois. Ne pas toucher à la liane. Ne pas brûler le bois d'iroko.
Commentaire : l'homme né sous Aklan aura les honneurs, sera plein d'orgueil, tenace, fort, aimé de tous, pondéré et solidaire. Mélancolique, réfléchi, sûr de lui, fort avare de ses biens, il connaîtra beaucoup d'afflictions avant un bonheur durable. Alternances de hauts et de bas. Longévité probable, à condition d'entourer sa santé de soins vigilants. Deuils, peines, chagrins et héritages se succéderont dans son existence.
Guda-Meji (Ogunda)
Neuvième signe : Guda ou Guda-Meji. Équivalent yoruba : Ogunda Meji, signe lié à Ogun/Gu, le vodoun du fer.
Sexe : masculin — signe de jour. Nature : terre — maléfique. Jour : mardi et samedi. Couleur : le noir, le rouge, le blanc. Correspondance astrologique (moderne) : Taureau et Scorpion. Planètes (modernes) : Vénus et Mars.
Portrait physique : corps un peu disproportionné, visage allongé ou ovale, menton pointu, larges mâchoires, jambes fortes, gros traits.
Caractère : porté aux querelles. Fourberie, perversité, envie, mensonge et calomnie. Goût pour la magie noire, l'occultisme et la sorcellerie. Prodigue, usant de moyens douteux pour obtenir de l'argent. Trahisons, dissipation, perfidie et paresse. Tendance à se perdre dans les détails. Ennuis et tourments dans tous les domaines, soucis sentimentaux, adultères, infidélité. Malheureux en amour.
Mental : ruse, goût de pervertir autrui.
Professions : chimistes, mineurs, fondeurs, serruriers, détectives, agents secrets, espions, entremetteurs.
Organes : odorat, nez, organes virils. Maladies : maux vénériens, polypes, sinusites, hémorragies, intoxications, faiblesse, déchéance, frigidité ou impuissance sexuelle.
Interdits : la chair de la tortue, de l'antilope, du crocodile, des serpents, du hibou (azéhê), la viande du coq. Éviter le manioc et l'igname pilée (agu). Les poulets offerts à Guda doivent être décapités. Guda défend à ses favi de danser hors de leurs maisons, de porter le cache-sexe godo, de creuser un trou ou une fosse, de déposer un objet de Gu (fusil, couteau) près de leur lit, et de porter sur eux un poignard.
Commentaire : l'homme qui subit l'influence de Guda sera un juge intègre, honnête envers lui-même. Il cherchera à tout connaître et agira avec beaucoup de vigueur. Sa renommée s'étendra malgré son caractère égoïste ou orgueilleux. Il comptera beaucoup d'ennemis et autant d'ennuis ; tourments et contrariétés ne manqueront pas. Évolution parfois mauvaise, perturbations de santé. Défavorable à l'union. Risque d'accident inattendu ou de mort subite.
Sa-Meji (Osa)
Dixième signe : Osa, Osa-Meji ou Sa-Meji. Équivalent yoruba : Osa Meji.
Sexe : féminin — signe de jour. Nature : air — bénéfique. Jour : vendredi. Couleur : le rouge, puis le blanc et le bleu. Correspondances astrologiques (modernes) : Gémeaux et Sagittaire. Planètes (modernes) : Mercure et Jupiter.
Portrait physique : beau visage de forme ronde, taille moyenne, grand nez, bouche large, dents longues, chevelure abondante.
Caractère : grave et paisible, compatissant, aimant les distractions sérieuses. Ambition, équilibre, honnêteté, prudence et respectabilité. Nonchalance.
Mental : éloquence convaincante, imagination créatrice, esprit inventif et fécond. Apte aux emplois importants. Assimilation facile, richesse intellectuelle.
Professions : pilotes d'essai, aviateurs, pharmaciens, jardiniers, vignerons, entrepreneurs, guides, architectes.
Organes : foie, organes génitaux féminins, matrice. Maladies : fibromes, gastrites, dyspepsies, infections par l'eau.
Interdits : la viande du poulet, tout oiseau sorcier et, d'une façon générale, tout ce qu'on offre à Na (nanu) ; le sorgho ; la viande d'éléphant, de chien, de léopard, de coq, de chat ; le vin de palme. Ne jamais approcher le coton en feu ; éviter la graine et les feuilles d'iroko. Celui qui a trouvé Sa-Meji au fazun recevra l'ordre de ne pas s'engager dans la sorcellerie ni de se porter garant d'une dette entre deux personnes, pour ne pas être solidaire des désagréments d'autrui. Le favi devra s'abstenir de regarder les organes sexuels de son épouse ; les femmes nées sous Sa-Meji éviteront l'amour en plein jour.
Commentaire : ce signe rend heureux et grand voyageur celui qu'il influence. Après de durs débuts, il parviendra à la réussite. Il vivra loin de sa terre natale, aura une santé robuste et finira sa vie dans le bonheur. Très intelligent, il s'adonnera aux recherches et aux sciences occultes. Il agira avec énergie et force. Riche et prodigue, il sera bon juge. Né sous ce signe prodigieux, il ne doit jamais se décourager ni désespérer devant les échecs, car la providence lui viendra toujours en aide : pour peu d'efforts, il sera récompensé.
Ka-Meji (Ika)
Onzième signe : Ka-Meji. Équivalent yoruba : Ika Meji.
Sexe : masculin — signe de nuit. Nature : feu — maléfique. Jour : mardi. Couleur : le noir, le rouge et le bleu ; apprécie aussi ce qui est tacheté. Correspondance astrologique (moderne) : Scorpion. Planète (moderne) : Mars.
Portrait physique : visage anguleux, aspect rude. Teint clair ou brun, parfois semé de taches, de rougeurs ou de boutons. Voix forte et menaçante. Regard dur, parfois mauvais. Signe en quelque partie du corps.
Caractère : beaucoup de qualités, mais mal employées, tournées vers la destruction ou exagérées jusqu'à devenir des défauts. Agressivité, impétuosité, colère, désobéissance, indiscipline. Nombreuses luttes sans grand résultat. Heurts et brouilles fréquents avec l'entourage.
Mental : esprit rusé, critique, habile au maniement de tout ce qui est tranchant. Esprit désintéressé, mais souvent tourné vers le mal.
Professions : ingénieurs, métallurgistes, céramistes, émailleurs, mécaniciens, souffleurs de verre, ferronniers, polémistes, officiers, novateurs, chasseurs, bouchers.
Organes : vue, poitrine. Maladies : plaies, maux infectieux, opérations chirurgicales, congestions, maux divers.
Interdits : les poissons fumés, les galettes d'arachide, la patate douce, les serpents de toute espèce, le crocodile, les escargots, les singes. La violation de ce dernier interdit serait sanctionnée, selon la tradition, par la mort de l'enfant du coupable.
Commentaire : celui qui subit l'influence de ce signe sera ambitieux, irréfléchi, d'esprit belliqueux. Dédaigneux envers tous, il connaîtra heurts et difficultés avec son entourage. Intelligent, père d'une nombreuse famille, il verra la richesse mais pourrait connaître une fin subite ou malheureuse. Persévérant, l'échec ne le rebutera pas ; devant les obstacles, il usera de ruse pour harceler ses adversaires.
Trukpɛn-Meji (Oturupon)
Douzième signe : Trukpin-Meji, dit aussi Lelo. Équivalent yoruba : Oturupon Meji.
Sexe : féminin — signe de nuit. Nature : eau — peu favorable. Jour : mercredi. Couleur : aime le rouge, apprécie le noir et les objets tachetés. Correspondance astrologique (moderne) : Vierge. Planète (moderne) : Mercure.
Portrait physique : taille petite ou moyenne. Visage rond, tête forte. Corps plus ample dans sa partie supérieure, front souvent moite, peau épaisse. Petits yeux, signe sur l'œil, grande bouche, cheveux frisés.
Caractère : honnête et affable. Indécision, hésitation, chagrin. Recherche de la pureté, grande compassion, préférence marquée pour la concorde. Paisible, joyeux mais réservé. Soucis sentimentaux, surtout en amour ; goût de l'occultisme.
Mental : esprit studieux, goût des arts, aptitudes artistiques, chance au jeu.
Professions : écrivains, journalistes, compositeurs, libraires, décorateurs, notaires, horticulteurs, religieuses, nageurs.
Organes : gorge, bras, épaules, intestins. Maladies : oreilles, entrailles, ptôses, inflammations diverses, tumeurs graves ou bénignes, stérilité, rhumatismes.
Interdits : s'abstenir de gombo (fevi) et de papaye (en raison de sa forme) ; la cucurbitacée ayikpè dont les sorciers font grande consommation — la diarrhée sanctionnerait l'inobservance de cet interdit ; le coq, la pintade, les serpents, les léopards, le sorgho, l'éléphant, l'hyène, tous les oiseaux utilisés en sorcellerie, tous les singes, le chien et le chat.
Commentaire : celui qui naît sous ce signe sera un excellent juge et agira toujours en équité. Le début de sa vie sera malheureux, la fin bonne. Il aura de nombreux enfants mort-nés, peu ou pas d'enfants vivants. Très intelligent, il deviendra chef d'une grande puissance et sera rarement malade. Grand voyageur. Sur le plan sentimental, difficultés ; réalisations matérielles lentes, à cause d'une hésitation permanente due à la crainte ou à l'excès de scrupules.
Tula-Meji (Otura)
Treizième signe : Tula-Meji. Équivalent yoruba : Otura Meji.
Sexe : masculin — signe de jour. Nature : eau — bénéfique. Jour : vendredi. Couleur : adopte toutes les couleurs, mais semble préférer le bleu, le blanc, l'or et ce qui est tacheté. Correspondance astrologique (moderne) : Taureau. Planète (moderne) : Vénus.
Portrait physique : faible complexion, taille moyenne, corps harmonieux, un peu gras. Beau visage un peu empâté, teint brun ou rouge, petits yeux. Assez beau, efféminé, plein de charme.
Caractère : paisible, courtois et affable. Inconstant et volage, surtout dans les sentiments. Tempérament très amoureux, tendance à l'ironie et à la moquerie. Graves ennuis et déboires sentimentaux ; adultère, infidélité, union double, parfois débauche.
Mental : sens artistique très développé. Goût des arts, aptitude pour la gérance, la politique et l'administration.
Professions : musiciens, chanteurs, poètes, esthéticiens, coiffeurs, parfumeurs, couturiers, modistes, modélistes, mannequins, cuisiniers, religieuses, artistes, vendeuses.
Organes : visage, bras, reins, seins, épaules, gorge. Maladies : troubles génitaux, urinaires ou vénériens, ganglions.
Interdits : la viande d'écureuil, le maïs grillé, le tabac, le porc, l'igname pilée, la tourterelle, le coq, l'hyène, tous les singes, et le vin de palme à ne jamais boire.
Commentaire : né sous Tula, le sujet voyagera souvent et deviendra un chef de grande influence. Il s'adonnera fréquemment aux femmes, s'attirant de sérieux ennemis s'il persiste. Les natifs de ce signe sont persévérants et travailleurs, indifférents aux événements malheureux, dédaigneux de leur entourage. Excellents administrateurs, ils jouissent d'une grande autorité. Jaloux de leurs prérogatives, parfois égoïstes mais bienveillants. Bavards, sans égard pour personne, leurs indiscrétions les exposent à de fâcheux inconvénients.
Lɛtɛ-Meji (Irete)
Quatorzième signe : Lɛtɛ-Meji. Équivalent yoruba : Irete Meji.
Sexe : féminin — signe de jour. Nature : feu — peu défavorable. Jour : mardi. Couleur : rouge, noir, gris, bleu, blanc. Correspondance astrologique (moderne) : Bélier. Planète (moderne) : Mars.
Portrait physique : taille moyenne, corps robuste. Tête forte, cou long, beau visage, beau regard, sourcils bien dessinés. Petite bouche, voix douce pouvant devenir mauvaise. Larges épaules, léger embonpoint. Beauté et force, abondance de sève vitale.
Caractère : porté aux disputes et aux querelles. Colères violentes. Instinct de possession et de domination. Désirs sensuels puissants. Goûts révolutionnaires. Emballement, agitation, désordre, activisme. Confiance en soi, courage, audace, sarcasme. Passion, virilité. Heurts fréquents avec l'entourage pour raisons d'intérêt.
Mental : esprit ingénieux, subtil, aimant la force et même la violence.
Professions : explorateurs, militaires, armuriers, sportifs, boxeurs.
Organes : tête, vue, nuque, viscères. Maladies : congestion du foie et de la vésicule biliaire, abcès, accidents et blessures à la tête ou au visage.
Interdits : la pâte adjagbé (haricot rouge et feuilles de haricot), tout animal trouvé mort, le mil et le sorgho, la pintade, la pâte de farine de maïs, les haricots dépouillés de leur peau rouge pilés dans l'eau et additionnés d'huile de palme, les bananes, la viande de singe.
Commentaire : l'enfant né sous Lɛtɛ sera très considéré par sa famille et occupera une place importante dans sa ville natale. Courageux, têtu, il n'aura peur de rien, pas même de la mort. Ambitieux, souvent malade, mais de longévité probable. Très viril, énergique, bouillant, impatient, animé d'une grande confiance en lui-même, combatif — ce qui lui vaudra des heurts, des luttes passionnelles et parfois le dédain de son entourage. Difficultés sentimentales, possibilité de veuvage. Chez lui, le cœur et les passions dominent l'intérêt général.
Cɛ-Meji (Ose)
Quinzième signe : Tche ou Cɛ-Meji. Signe réputé très dangereux. Équivalent yoruba : Ose Meji.
Sexe : masculin — signe de nuit. Nature : air — maléfique. Jour : jeudi. Couleur : aucune préférence, mais en demande trois ensemble, quelles qu'elles soient. Correspondance astrologique (moderne) : Poissons. Planète (moderne) : Jupiter.
Portrait physique : taille moyenne, plutôt petite. Constitution solide, cou long, tête assez forte, larges épaules. Visage rond, petite bouche, beaux yeux, belle chevelure ; parfois une cicatrice ou une défectuosité de certaines parties du corps.
Caractère : tempérament impulsif, vaniteux. Aucune volonté pour résister à ses propres désirs. Volage et inconstant, notamment en amour ; découragement, négligence, prodigalité, versatilité. Duplicité, adultères, mensonges, tromperies, certaine audace dans le mal. Entêtement dans l'erreur, graves soucis amoureux, libertinage et désillusions sentimentales.
Mental : esprit brouillon, dissipateur. Attirance pour des amours avec des personnes de condition inférieure.
Professions : percepteurs, huissiers, tenanciers de maisons de jeu, indicateurs de police, scribes, cordonniers.
Organes : vue, système nerveux, reins. Maladies : blessure à l'œil ou perte d'un œil par accident, blessure à la tête ou au visage.
Interdits : la tortue, le crocodile, le poisson fumé, le chat, le lièvre, le singe, le coq. Ne pas participer à certains sacrifices dangereux. Éviter les unions et fréquentations qui entraînent le désordre moral et matériel.
Commentaire : sous ce signe, l'existence comporte des risques, des heurts, de fortes contradictions et des perturbations affectives. Le sujet peut être très intelligent mais se compromettre par légèreté, entêtement ou dérèglement. Il doit s'imposer une discipline ferme pour éviter les échecs et les chutes brutales.
Fu-Meji (Ofun)
Seizième signe : Fu ou Fu-Meji. Équivalent yoruba : Ofun Meji, signe vénérable associé à la blancheur et à l'ancienneté.
Sexe : féminin — signe de nuit. Nature : air — bénéfique. Jour : jeudi. Couleur : le blanc ; aucune autre couleur ne lui déplaît. Correspondance astrologique (moderne) : Sagittaire. Planète (moderne) : Jupiter.
Portrait physique : taille moyenne, tête grosse ou forte. Visage aux traits menus et réguliers, figure plaisante. Nez long ou effilé, cheveux abondants et frisés. Beau regard, grands yeux volontiers baissés. Dents de devant plus grandes que les autres, épaules étroites.
Caractère : sage, imposant, avare. Sens libéral, réflexion et patience. Égoïsme sentimental. Réussite matérielle ou financière.
Mental : sens des affaires et des spéculations. Aptitudes particulières pour le commerce et la politique. Dons d'organisateur, enrichissement progressif.
Professions : commerçants, administrateurs, organisateurs, hommes politiques, négociants, voyageurs, éducateurs, personnes investies d'autorité.
Organes : jambes, circulation, foie. Maladies : troubles du sang, jambes lourdes, maladies liées aux excès alimentaires ou au manque d'exercice.
Interdits : le vin de palme, la viande de coq, la viande de singe, certains mets consacrés aux vodoun selon les prescriptions reçues. Éviter la négligence religieuse et l'orgueil excessif.
Commentaire : le sujet né sous ce signe a souvent une destinée honorable. Il peut acquérir autorité, richesse et influence s'il agit avec mesure. Il doit cependant éviter l'avarice, la dureté et le repli sur soi. Bien dirigé, ce signe conduit à une vie stable, estimée et féconde.
7. Consultation et voie initiatique : la pratique du Fa
Le Fa ne se réduit pas à un simple tirage de signes. Sa pratique engage un savoir traditionnel, une mémoire, une discipline, un langage symbolique et une longue formation. Le bokonon n'improvise pas : il doit maîtriser les signes, les vers, les correspondances, les prescriptions rituelles, les interdits, les sacrifices et les interprétations adaptées à chaque situation.
Les degrés de l'initiation.
L'ethnographie classique distingue plusieurs étapes dans la relation d'un individu au Fa. La première consultation, ponctuelle, ne requiert aucune initiation : n'importe qui peut interroger l'oracle par l'intermédiaire d'un devin. Vient ensuite la « prise du Fa » (Fa yiyi), première initiation par laquelle une personne — traditionnellement un homme, les modalités féminines étant distinctes et plus discrètes — reçoit la révélation partielle de son signe et son kpoli. Une étape supérieure conduit l'initié dans la forêt sacrée (fazun), où lui est révélé son signe complet, avec ses interdits définitifs : c'est là le sens de l'expression, employée dans le catalogue ci-dessus, « celui qui a trouvé tel signe au fazun ». Enfin, ceux qui se destinent à la fonction de devin poursuivent, pendant des années, l'apprentissage complet du corpus auprès d'un maître. Maupoil décrit ces degrés pour le Bénin des années 1930 ; Bascom et Abimbola décrivent des architectures initiatiques analogues en pays yoruba. Les détails — durées, épreuves, variantes régionales — appartiennent au secret initiatique, et ce site s'interdit par principe de publier ce qui relève de la transmission réservée.
Une pratique sérieuse. La pratique authentique suppose prudence, sérieux et respect. Elle n'a rien d'un jeu ni d'une curiosité superficielle : elle relève d'un ordre sacré où la parole, l'interdit et le remède ont un poids réel pour ceux qui y adhèrent. Le visiteur étranger ou le curieux doivent le savoir : demander une consultation engage, dans la logique de la tradition, bien davantage qu'un divertissement.
8. Utilité spirituelle et sociale : les bienfaits du Fa
Éclairer, orienter, prescrire. Le Fa permet d'éclairer les situations obscures, d'identifier des obstacles, de mettre au jour des causes invisibles, de mieux comprendre son orientation de vie et de recevoir des indications pour agir avec plus de justesse. Dans beaucoup de cas, il ne se contente pas de diagnostiquer : il prescrit. Il indique des conduites à tenir, des précautions, des sacrifices, des comportements à corriger, des habitudes à abandonner, des engagements à respecter. Il contribue ainsi, aux yeux de ses fidèles, à rétablir un ordre menacé, à prévenir des malheurs, à renforcer la protection spirituelle du consultant et à donner des repères pour la suite de l'existence.
Un rôle moral et éducatif. Par les récits, les proverbes et les enseignements qu'il transmet, le Fa apprend la prudence, la patience, la rectitude, l'attention aux interdits, la responsabilité et le respect des équilibres entre l'homme, la société, les ancêtres, les forces naturelles et le divin. Les chercheurs qui ont étudié le corpus de l'intérieur — Abimbola au premier chef — soulignent que les ese forment une véritable littérature sapientiale : chaque consultation est aussi une leçon, chaque signe un répertoire de cas moraux. Mahougnon Kakpo a montré que le Fa fonctionne, au Bénin, comme un vecteur de savoirs littéraires à part entière, digne d'être enseigné comme tel.
Un regard des sciences sociales.
Sans se prononcer sur la vérité métaphysique de l'oracle — ce qui n'est pas son rôle —, l'anthropologie a dégagé plusieurs fonctions sociales objectivables du Fa. Il offre un cadre de délibération : face à une décision grave, la consultation oblige à formuler le problème, à envisager des issues, à s'engager publiquement sur une conduite. Il produit de l'apaisement : le malheur reçu comme insensé devient, une fois rapporté à un signe et à un récit, un malheur intelligible, donc traitable. Il régule les conflits : l'oracle, tiers impersonnel, permet de trancher sans que quiconque perde la face. Il conserve et transmet des savoirs : botanique médicinale, histoire des lignages, généalogies, toponymie — le corpus du Fa est un conservatoire. Enfin, la procédure « en aveugle » (le consultant ne dit pas sa question) constitue un garde-fou remarquable contre la manipulation ordinaire, ce que même les observateurs les plus sceptiques ont noté. Ces fonctions expliquent la longévité de l'institution bien mieux que la crédulité supposée de ses usagers.
9. Mise en garde : dangers et dérives
Comme toute réalité sacrée, le Fa peut être dénaturé lorsqu'il est traité sans compétence, sans éthique ou dans une logique de manipulation.
L'improvisation. Le premier danger est de parler au nom du Fa sans en avoir la formation, l'autorité ni la connaissance sérieuse. La longueur même de l'apprentissage authentique — des années — donne la mesure de ce que vaut un « devin » autoproclamé après quelques semaines.
L'exploitation de la peur. Certains faux praticiens entretiennent artificiellement l'angoisse des consultants : menaces répétées, prescriptions coûteuses inventées, création d'une dépendance. Ce type de pratique relève de l'abus, non de la tradition sérieuse — laquelle, on l'a vu, condamne elle-même le mauvais devin dans ses propres récits. La notice de l'UNESCO le reconnaît sans détour : comme pour toute pratique reposant sur des praticiens humains, l'honnêteté ou la compétence de tel babalawo individuel peut être mise en question ; c'est la raison d'être des lignées, des réputations et des contrôles communautaires.
La confusion avec la superstition désordonnée. Le Fa n'est pas un prétexte pour justifier n'importe quoi, ni pour fuir toute responsabilité personnelle. Une vraie consultation n'abolit ni l'effort, ni le discernement, ni la conduite morale : elle les oriente. Les maîtres sérieux rappellent que le sacrifice sans changement de conduite est vain — c'est un enseignement constant du corpus.
La folklorisation et la marchandisation. Il existe enfin un danger de déformation culturelle lorsque des notions complexes sont simplifiées à l'excès, folklorisées ou commercialisées — consultations-spectacles pour touristes, « initiations » express monnayées, syncrétismes de pacotille vendus en ligne. L'essor du tourisme spirituel au Bénin, par ailleurs bienvenu pour la reconnaissance du patrimoine, accroît mécaniquement ce risque. Le Fa mérite une approche respectueuse, rigoureuse et informée.
Un mot de santé publique.
Il faut le dire nettement, car des vies en dépendent : la consultation divinatoire et les prescriptions rituelles ne remplacent pas la médecine. La tradition elle-même ne l'a jamais prétendu — les bokonon anciens orientaient vers les guérisseurs pour les corps et traitaient, eux, les causes invisibles ; les praticiens sérieux d'aujourd'hui orientent vers le dispensaire et l'hôpital. Tout « devin » qui dissuade un malade de se soigner se place hors de la tradition autant que hors de la raison.
10. Le Fa dans le monde
Une aire de pratique transcontinentale.
Le système divinatoire à seize signes est aujourd'hui pratiqué bien au-delà de son berceau. En Afrique de l'Ouest : Fa chez les Fon et apparentés du Bénin, Afa chez les Ewe du Togo et du Ghana, Ifa chez les Yoruba du Nigéria et du Bénin. Dans les Amériques, la traite esclavagiste a transplanté l'institution : à Cuba, les babalawos de la regla de ocha perpétuent l'Ifa avec une vitalité remarquable, et la lignée cubaine a essaimé aux États-Unis, au Mexique et au Venezuela ; au Brésil, l'héritage divinatoire yoruba subsiste dans le candomblé, principalement sous la forme dérivée du jeu de cauris (jogo de búzios), l'Ifa complet y étant plus rare. La notice UNESCO souligne expressément cette pratique par « les communautés yoruba et la diaspora africaine des Amériques et des Caraïbes ». Enfin, depuis la fin du XXe siècle, un mouvement de « retour aux sources » conduit des Afro-descendants des Amériques à venir s'initier au Nigéria et au Bénin, et des réseaux transnationaux de devins se sont constitués — phénomène étudié par l'anthropologie contemporaine, notamment par Erwan Dianteill.
Un objet d'étude savant depuis un siècle.
Peu de traditions africaines ont suscité une bibliothèque comparable : Maupoil pour le Fa fon (1943, ouvrage couronné et toujours réédité), Bascom pour l'Ifa yoruba (1969), Abimbola pour le corpus littéraire (1976 — l'auteur, universitaire et babalawo, fut aussi porte-parole mondial de la tradition), Surgy pour l'Afa ewe (1981), Hounwanou pour la synthèse béninoise accessible (1984), et de nombreux travaux récents en histoire des sciences sur la combinatoire divinatoire. Cette reconnaissance académique a culminé avec la proclamation UNESCO de 2005 et l'inscription de 2008. Pour un site béninois, il n'est pas indifférent de rappeler que le premier grand monument savant consacré à cette tradition — la thèse de Maupoil — fut bâti sur le savoir d'un maître béninois, Gedegbe, devin de la cour d'Abomey : la science du Fa est une coproduction, où les détenteurs africains du savoir furent les premiers auteurs.
11. Transmission et modernité : l'avenir du Fa
L'avenir du Fa dépend largement de sa transmission fidèle. Tant qu'il existera des initiés sérieux, des lignées de savoir, des maîtres consciencieux et des communautés capables d'en respecter la profondeur, il conservera sa place dans la vie religieuse, culturelle et intellectuelle du Bénin et de l'Afrique de l'Ouest.
Les défis. Cette transmission affronte des vents contraires : l'érosion des langues et de la mémoire des vers — un corpus oral non transmis pendant une génération est un corpus perdu ; la pression de la modernité marchande et la concurrence des discours religieux hostiles ; la caricature médiatique, qui réduit une bibliothèque de sagesse à de la « sorcellerie » ; l'abandon progressif de certaines formes d'enseignement traditionnel, les longues années d'apprentissage s'accordant mal avec les parcours scolaires et économiques contemporains. L'UNESCO relevait déjà, dans son dossier d'inscription, l'affaiblissement de la transmission sous la pression religieuse héritée de la période coloniale.
Les chances. Inversement, l'époque offre des possibilités inédites : mieux documenter (enregistrement des maîtres, constitution de corpus audio et textuels), mieux préserver, mieux enseigner et mieux faire connaître — à condition de ne pas vider la tradition de sa substance ni de violer le secret initiatique. La reconnaissance patrimoniale internationale, le regain d'intérêt des jeunes générations béninoises pour les savoirs endogènes et la demande des diasporas créent une conjoncture favorable. Il ne s'agit pas de figer le Fa, mais de le transmettre sans le trahir.
Le Fa demeure, pour beaucoup, non seulement une technique divinatoire, mais une grande bibliothèque de sagesse, une anthropologie sacrée, une mémoire du destin humain et une voie d'intelligence du monde.
12. Limites et incertitudes
Fidèle à sa méthode, cette page s'achève sur ce que l'on ne sait pas.
Sur les origines, la tradition d'Ilé-Ifè est unanime chez les praticiens, mais l'histoire positive ne peut ni dater la naissance du système ni trancher la question de sa parenté avec la géomancie arabe : les deux hypothèses (diffusion transsaharienne réélaborée, ou création ouest-africaine convergente) restent défendues par des chercheurs sérieux. Sur la chronologie de l'implantation au Danxomè, la fourchette du XVIIIe siècle est solide, le détail ne l'est pas. Sur le corpus, aucun inventaire exhaustif n'existe ni ne peut exister : les comptages canoniques (16 vers par signe, 4 096 au total) sont des idéaux pédagogiques, et le corpus réel, vivant et régional, est à la fois plus vaste et partiellement en voie d'érosion — nul ne peut dire quelle proportion des vers connus des maîtres du début du XXe siècle est encore transmise aujourd'hui. Sur les portraits des signes, enfin, le lecteur gardera à l'esprit la stratification exposée plus haut : un fonds ancestral attesté, et des greffes modernes (astrologie occidentale, professions contemporaines) qu'aucune source ancienne ne contient. Signaler ces limites n'affaiblit pas le Fa : cela le traite avec le sérieux qu'on doit aux grandes traditions.
Références
Sources institutionnelles
- UNESCO, « Le système de divination Ifa », Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité, inscription 2008 (3.COM), proclamation initiale 2005 (dossier no 00146, ich.unesco.org).
Études fondamentales
- Le Hérissé, Auguste, L'Ancien Royaume du Dahomey : mœurs, religion, histoire, Paris, Larose, 1911.
- Herskovits, Melville J., Dahomey: An Ancient West African Kingdom, 2 vol., New York, Augustin, 1938.
- Maupoil, Bernard, La Géomancie à l'ancienne Côte des Esclaves, Paris, Institut d'ethnologie, 1943 (rééditions ultérieures) — l'étude de référence sur le Fa béninois, fondée sur l'enseignement du bokonon Gedegbe.
- Bascom, William, Ifa Divination: Communication between Gods and Men in West Africa, Bloomington, Indiana University Press, 1969.
- Abimbola, Wande, Ifá: An Exposition of Ifá Literary Corpus, Ibadan, Oxford University Press Nigeria, 1976.
- Surgy, Albert de, La géomancie et le culte d'Afa chez les Evhé du littoral, Paris, Publications orientalistes de France, 1981.
- Hounwanou, Rémy T., Le Fa, une géomancie divinatoire du golfe du Bénin (usages et techniques), Lomé/Dakar, Les Nouvelles Éditions Africaines, 1984 — source principale des catalogues de signes diffusés au Bénin, dont celui reproduit ci-dessus.
Travaux récents
- Kakpo, Mahougnon, « Le fa comme vecteur de savoirs littéraires », dans Littératures, savoirs et enseignement, Bordeaux, Presses Universitaires de Bordeaux, 2008.
- Dianteill, Erwan, L'Oracle et le Temple. De la géomancie médiévale à l'Église d'Ifa (Nigeria, Bénin), Genève, Labor et Fides, 2024.
- Articles cités dans le corps du texte : W. Fassinou (Afiamagazine) ; Agbadjé Adébayo Babatoundé Charles (sur l'art conjectural).
Note méthodologique : les portraits détaillés des seize signes reproduits sur cette page appartiennent à la tradition vivante béninoise telle qu'elle se transmet (fonds attesté chez Maupoil et Hounwanou) ; les correspondances astrologiques occidentales y constituent une strate moderne, signalée comme telle. Ce site s'interdit d'inventer du contenu divinatoire : tout enrichissement futur de ce catalogue devra citer ses sources, orales ou écrites. Les corrections et compléments sourcés sont bienvenus.
Page consacrée au Fa, science divinatoire et voie initiatique au Bénin.