Dénominations et identité de la langue
Situation géographique et nombre de locuteurs
Classification génétique
La famille gbe : contexte et voisinage linguistique
Histoire externe : le fongbe et le royaume du Danxomè
Phonologie
Système d'écriture et orthographe
Morphologie
Syntaxe
Le lexique
Dialectologie
Sociolinguistique et politique des langues au Bénin
Influence sur les créoles des Amériques
Le fongbe dans les humanités numériques et le TAL
Ressources de référence
1. Dénominations et identité de la langue
1.1 Les noms de la langue
La langue est désignée par plusieurs termes selon les contextes et les locuteurs. L'autonyme — le nom que les locuteurs donnent eux-mêmes à leur langue — est fɔ̀ngbè, souvent orthographié fongbe ou fon-gbè dans les textes francophones. Le mot gbè signifie 'langue', 'parole', 'son' dans les langues de la famille gbe. Fɔ̀n est le nom du peuple, du groupe ethnique principal qui parle cette langue. Fɔ̀ngbè signifie donc littéralement 'la langue des Fon'.
Dans les sources académiques anglophones, on trouve également les appellations Dahomean ou Beninese, qui renvoient à l'origine géographique ou politique de la langue — le Dahomey historique, devenu République du Bénin en 1975. Ces termes demeurent marginaux dans la littérature spécialisée.
Le code ISO 639-3 de la langue est fon. Glottolog l'identifie sous la référence fonn1241. Dans les bases de données internationales, la langue apparaît parfois sous les variantes orthographiques suivantes : Fon-Gbe, Fogbe, Fonnu, Djedji.
1.2 Autonyme et prononciation
L'autonyme transcrit en alphabet phonétique international est [fɔ̃̀ɡ͡bē]. Il combine une voyelle orale ouverte-mi [ɔ], nasalisée en contexte de flux speech, et la consonne labio-vélaire sonore [gb], caractéristique des langues kwa et gbe. Le ton bas-montant sur la première syllabe est phonémiquement distinctif.
[Note] La prononciation de gb est souvent perçue comme inhabituelle par les locuteurs de langues européennes. Il s'agit d'une occlusive labio-vélaire : les deux lèvres et le voile du palais se ferment simultanément.
1.3 Distinctions terminologiques : fon, fongbe, fon-gbè
Un point potentiellement source de confusion mérite d'être éclairci dès l'introduction. Plusieurs bases de données, notamment Ethnologue (édition 26, 2019–2021), distinguent le code ISO fon comme code inclusif recouvrant un continuum de variétés, et attribuent des codes ISO individuels à certaines variétés proches : guw pour le goun (Gun), mxl pour le maxi et wem pour le weme. Toutefois, dans la pratique courante, le terme 'fon' ou 'fongbe' désigne généralement la variété standardisée ou le continuum dans son ensemble, selon le contexte.
La Wikipedia anglophone signale que le 'fon standardisé fait partie du cluster Fon à l'intérieur des langues gbe de l'Est' (Capo 1988 ; Lefebvre et Brousseau 2002). La frontière entre variétés distinctes et dialectes d'une même langue demeure un sujet de débat dans la littérature spécialisée.
2. Situation géographique et nombre de locuteurs
2.1 Aire géographique principale
Le fongbe est parlé principalement dans le centre-sud et le sud du Bénin. Les zones de concentration maximale incluent le plateau d'Abomey (ancienne capitale du royaume du Danxomè), la région de Bohicon, la ville de Ouidah, la commune d'Abomey-Calavi et l'agglomération de Cotonou. Plus au nord, des locuteurs se trouvent dans le département du Zou. Des communautés de locuteurs sont également présentes dans le Togo oriental (notamment dans les régions frontalières) et dans le sud-ouest du Nigeria, en particulier dans l'État d'Ogun.
La limite septentrionale de la zone fongbe reste difficile à tracer avec précision, en raison du continuum linguistique propre aux langues gbe et de la présence de variétés de transition (maxi, weme). La Labo Gbe, institution béninoise de recherche fondée par H.B.C. Capo, a contribué à cartographier cet espace, mais une cartographie exhaustive et actualisée n'est pas disponible dans les sources consultées.
2.2 Nombre de locuteurs
L'estimation du nombre de locuteurs varie considérablement selon les sources et les critères retenus (locuteurs natifs uniquement, ou ensemble des locuteurs compétents). Les principales estimations disponibles sont les suivantes :
Ethnologue (éditions 2019–2021, code fon) : environ 2,3 millions de locuteurs natifs.
Langues gbe (Wikipedia fr, s'appuyant sur Capo 1988 et Ethnologue 16e éd., 2009) : 1,7 million de locuteurs (fon stricto sensu).
OkwuGbé (Dossou et Emezue 2021, arXiv 2103.07762, citant Eberhard et al. 2020) : plus de 2,2 millions au Bénin, au Nigeria et au Togo.
Axl.cefan.ulaval.ca (source : données béninoises non datées précisément) : le fon est parlé par environ 24 % de la population béninoise.
Ces écarts s'expliquent par des différences de date de collecte, de périmètre géographique, et surtout de définition : certaines estimations intègrent le goun, le maxi et le weme au sein d'un ensemble 'fon', d'autres les excluent. Les données du recensement général de la population béninoise (INSAE RGPH-4, 2013) ne sont pas toujours désagrégées de manière à permettre une mesure directe. La fourchette 1,7–2,3 millions de locuteurs natifs paraît la plus cohérente au regard des sources actuellement consultables.
[Note] Le nombre de locuteurs secondaires — personnes qui utilisent le fongbe comme langue véhiculaire sans en être locuteurs natifs — est vraisemblablement élevé, notamment dans les marchés, les lieux de culte vodoun et les villes du sud-Bénin. Ce chiffre n'est pas disponible de manière fiable dans les sources consultées.
3. Classification génétique
3.1 Position dans la famille niger-congo
Le fongbe appartient à la superfamille niger-congo, qui regroupe la grande majorité des langues d'Afrique subsaharienne. À l'intérieur de cette superfamille, la classification interne a été et demeure un objet de débat entre spécialistes. La position traditionnelle, héritée de Joseph Greenberg (1963), place les langues gbe dans la branche kwa de niger-congo. Des classifications récentes, notamment celle adoptée par Glottolog, les rattachent au groupe atlantic-congo, puis au sous-groupe volta-niger ou volta-congo, selon les critères utilisés.
La Wikipedia anglophone de la langue Fon (consulté 2025–2026) indique explicitement : Niger–Congo > Atlantic–Congo > Volta–Congo > Volta–Niger > Gbe > Fon. La Wikipedia française des langues gbe (consulté 2024) présente une arborescence légèrement différente. Cette instabilité reflète l'état réel du débat scientifique sur la macro-classification de niger-congo, qui n'est pas entièrement résolu.
3.2 La famille gbe
Le nom 'gbe' a été proposé par Hounkpati B.C. Capo lors du Congrès des langues ouest-africaines de Cotonou en 1980, et adopté par la communauté des spécialistes. La classification interne complète des langues gbe a été publiée pour la première fois en 1988 dans l'ouvrage Renaissance du Gbe de Capo, dont la phonologie comparative a suivi en 1991 sous le titre A Comparative Phonology of Gbe, publié chez Foris Publications (Berlin/New York) et Labo Gbe (Garomè, Bénin).
Selon Capo (1988/1991), les langues gbe se subdivisent en cinq branches principales : Ewe (Ewegbe), Gen (Gengbe), Fon (Fongbe et variétés proches), Aja (Ajagbe), et Phla–Pherá (Xwla–Xwela). Le fongbe constitue donc le noyau de la branche Fon.
Nombre total de locuteurs gbe : Capo (1988) estimait environ 4 millions ; Ethnologue (16e éd., 2009) donnait 7 millions, toutes variétés confondues. L'ewé est la langue gbe la plus parlée (Ghana et Togo, environ 3 millions), suivie du fon.
3.3 Cluster fon (Fon stricto sensu)
Au sein de la branche Fon, Capo (1988) regroupe un ensemble de variétés très proches formant ce que les bases de données appellent le 'cluster fon' ou 'Fon cluster' : Agbome, Arohun, Gbekon, Kpase, Maxi, Weme (Ouémé), et Gun (Goun). Ces variétés partagent un fond lexical et grammatical commun, mais se distinguent par des traits phonologiques, prosodiques et lexicaux spécifiques. La limite entre 'dialecte de la même langue' et 'langue distincte' est déterminée par des critères à la fois linguistiques (intelligibilité mutuelle, distance lexicostatistique) et sociolinguistiques (identité des locuteurs, planification linguistique).
4. La famille gbe : contexte et voisinage linguistique
4.1 Aire géographique de la famille gbe
Les langues gbe forment un continuum linguistique d'ouest en est, de la région Volta au Ghana jusqu'à la rivière Ouémé (Weme) au Bénin. L'aire est bordée au nord par des langues non-gbe (Adele, Aguna, Akpafu, Lolobi, Yoruba) et au sud par l'océan Atlantique. La région est parfois appelée 'Pays-Adja' en référence au peuple Adja, dont diverses traditions font le point d'origine des migrations qui ont fondé plusieurs royaumes, dont celui du Danxomè.
4.2 Les langues voisines et leurs rapports avec le fongbe
Le fongbe entretient des rapports de continuité dialectale ou de contact prolongé avec plusieurs langues :
L'ewé (Ewegbe) : la langue gbe la plus documentée, parlée principalement au Ghana et au Togo. Typologiquement et génétiquement proche du fongbe, mais appartenant à une branche distincte dans la classification de Capo.
Le goun (Gun, Gungbe) : variété très proche du fongbe, parlée principalement autour de Porto-Novo (la capitale politique du Bénin). Souvent décrite comme un dialecte fon ou comme une langue distincte selon les classifications.
Le maxi (Maxi Gbe) : parlé dans la région de Savè et de Tchaourou, à la frontière nord de la zone fon. Iso 639-3 : mxl.
L'aja (Ajagbe) : parlé principalement au Togo et dans le sud-ouest du Bénin. Considéré comme une langue distincte du fongbe, mais appartenant à la même famille.
Le xwla/xwela (Phla–Pherá) : variétés côtières du Bénin et du Togo, génétiquement gbe mais influencées par des substrats non-gbe. Décrites comme la branche la plus diversifiée et la plus conservatrice de la famille.
Le fongbe est également en contact intense avec le yoruba (langue kwa du Nigeria occidental et du Bénin oriental) et avec le français, langue officielle du Bénin depuis l'indépendance (1960).
5. Histoire externe : le fongbe et le royaume du Danxomè
5.1 Origines et traditions d'origine
Selon les traditions orales et les reconstructions historiques disponibles, les fondateurs du royaume du Danxomè — le groupe Fon au sens historique — sont issus de migrations à partir du site d'Adja-Tado (actuel Togo) entre le Xe et le XVe siècle. Le personnage de Daco-Donou est généralement cité comme fondateur de la cité d'Abomey, vers le début du XVIIe siècle. Ces traditions sont attestées par les sources locales, les récits de cour et les premiers textes missionnaires, mais leur chronologie précise demeure l'objet de discussions entre historiens.
[Note] Les traditions orales divergent sur certains points. Elles ne doivent pas être prises pour une histoire positive vérifiée, mais comme un ensemble de récits qui structurent la mémoire collective des groupes concernés.
5.2 Le fongbe comme langue royale du Danxomè
Le royaume du Danxomè (Danxomɛ en fongbe), dont l'apogée se situe entre le XVIIe et le XIXe siècle, avait pour centre Abomey. Le fongbe était la langue de la cour, de l'administration royale, des cultes vodoun officiels et des échanges commerciaux dans toute la zone sous influence dahoméenne. La langue portait ainsi une dimension de prestige et de pouvoir qui contraste avec sa marginalisation institutionnelle postcoloniale au profit du français.
Le royaume du Danxomè est directement associé à la traite transatlantique des esclaves. Ouidah (Glexwé en fongbe), port côtier devenu un des principaux points d'embarquement, fut le lieu de transit de centaines de milliers de personnes réduites en esclavage entre le XVIIe et le XIXe siècle. Cette histoire tragique a eu des conséquences linguistiques significatives dans les Amériques, qui seront traitées dans la section 13.
5.3 Impact de la colonisation française
Le Dahomey est placé sous protectorat français en 1894, à la suite de deux guerres franco-dahoméennes (1890 et 1892–1894). L'administration coloniale impose le français comme langue de l'administration et de l'enseignement. Le fongbe est relégué à l'oral, aux contextes informels et aux pratiques religieuses. Aucun système d'écriture normalisé n'est développé pendant la période coloniale.
Après l'indépendance (1960), sous plusieurs régimes successifs, la situation de diglossie français/langues nationales perdurera, avec des tentatives inabouties de promotion des langues locales.
6. Phonologie
6.1 Système vocalique
Le fongbe possède un système vocalique riche. Selon Lefebvre et Brousseau (2002), la langue compte 7 voyelles orales et 5 voyelles nasales. D'autres analyses, comme celle présentée dans les papiers NLP OkwuGbé (Dossou et Emezue 2021) et FonMTL (2023), comptabilisent 10 phonèmes vocaliques globaux, en distinguant voyelles fermées et ouvertes :
Voyelles orales : i, u, e, o, ɛ, ɔ, a
Voyelles nasales : ĩ, ũ, ɛ̃ (ou ẽ), ɔ̃ (ou õ), ã
La nasalisation est un trait phonémique : des paires minimales opposent voyelle orale et voyelle nasale. La voyelle /p/ n'apparaît pas dans le système vocalique natif ; /p/ comme consonne n'apparaît que dans les mimétismes et les emprunts.
[Note] Les analyses divergent légèrement sur le nombre exact de phonèmes vocaliques distincts, selon que l'on traite les voyelles nasalisées comme des phonèmes indépendants ou comme des variantes contextuelles. La grammaire de référence Lefebvre & Brousseau (2002) fait autorité sur ce point.
6.2 Système consonantique
Lefebvre et Brousseau (2002), ainsi que les papiers de NLP citant leurs travaux, dénombrent 22 consonnes en fongbe :
m, b, n, d, p, t, ɖ, c, j (ou dʒ), k, g, kp, gb, f, v, s, z, x, h, xw, hw, w
Parmi ces phonèmes, plusieurs méritent une attention particulière :
kp et gb : occlusives labio-vélaires, sourde et sonore respectivement. Ces sons coarticulent simultanément les lèvres et le voile du palais. Ils sont caractéristiques des langues kwa et gbe.
ɖ : occlusive apicale rétroflexe (post-alvéolaire). À distinguer de d, qui est une apicale dento-alvéolaire.
xw et hw : fricatives labio-vélaires sourde et sonore. Ce sont des phonèmes individuels en fongbe (non des séquences de deux phonèmes).
x : fricative vélaire sourde, parfois décrite comme vélaire (Lefebvre & Brousseau 2002) ou vélo-glottale (Bole-Richard 1983).
Les seules véritables groupes consonantiques en fongbe associent /l/ ou /j/ comme deuxième élément, après des post-alvéolaires. Exemple : klɔ́ ('laver'), wlí ('attraper').
6.3 Tons
Le fongbe est une langue tonale à deux tons phonémiques : ton haut (H) et ton bas (B). Ce système binaire est appelé 'système à deux tonèmes' ou 'système à deux registres'. Cependant, la réalité phonétique est plus complexe :
Le ton haut est réalisé comme montant (bas-haut) après une consonne sonore.
Les mots bisyllabiques présentent les quatre combinaisons possibles : H-H, H-B, B-H, B-B.
Dans les mots phonologiques plus longs (groupes verbaux, syntagmes nominaux), le ton haut tend à se maintenir jusqu'à la syllabe finale. Si cette syllabe a un ton bas sous-jacent, elle est réalisée comme descendante (H-B). Les tons bas disparaissent entre deux tons hauts, mais laissent un effet de 'pas' (downstep) dans la séquence tonale.
Ces règles de sandhi tonal ont été décrites en détail par Lefebvre et Brousseau (2002) et Capo (1991). Elles ont des implications pratiques importantes pour l'apprentissage et pour le traitement automatique, car un même mot peut changer de réalisation tonale selon son environnement prosodique.
7. Système d'écriture et orthographe
7.1 Base latine adaptée
Le fongbe s'écrit avec une variante adaptée de l'alphabet latin. L'alphabet officiel utilisé dans les programmes d'alphabétisation béninois et dans les publications académiques comprend les lettres spécifiques suivantes, absentes de l'alphabet français standard :
ɖ — occlusive rétroflexe sonore
ɛ — voyelle mi-ouverte antérieure (son entre e et è)
ɔ — voyelle mi-ouverte postérieure (son entre o et aw)
ɲ — nasale palatale (comme gn en français)
Les digrammes caractéristiques incluent : gb, kp, xw, hw, ny (variante de ɲ).
Les tons sont généralement marqués par des diacritiques diacritiques : accent aigu (´) pour le ton haut, accent grave (`) pour le ton bas. Dans les textes courants non académiques, les marques tonales sont souvent omises, ce qui peut créer des ambiguïtés, notamment pour les apprenants non natifs.
7.2 L'alphabet Gbékoun
Parallèlement à l'alphabet latin adapté, des linguistes et militants culturels béninois ont développé un alphabet spécifique appelé Gbékoun, inventé par Togbédji Adigbè Houéssè. Cet alphabet, mentionné dans la Wikipedia francophone sur le fon (consulté 2026), est utilisé par une partie des locuteurs béninois. Il reste cependant marginal par rapport à l'usage de l'écriture latine dans les contextes académiques et d'alphabétisation officiels.
[Note] Les informations disponibles sur le Gbékoun sont limitées dans les sources consultées. Il n'est pas possible de donner ici une description détaillée de cet alphabet sans risque d'erreur.
7.3 Efforts de normalisation
La normalisation orthographique du fongbe a fait l'objet de plusieurs initiatives, dont celles de la Labo Gbe (International) fondée par Capo à Garomè, Bénin. Une orthographe unifiée du gbe a été proposée par Capo (1988 et ultérieur) pour faciliter les comparaisons entre variétés gbe et développer une littérature normalisée. Le Bénin participe depuis les années 2010 à l'initiative ELAN (Écoles et langues nationales), un projet regroupant huit pays d'Afrique subsaharienne francophone visant à introduire l'enseignement bilingue à l'école primaire.
8. Morphologie
8.1 Langue isolante
Le fongbe est généralement décrit comme une langue isolante (ou analytique) : les catégories grammaticales sont exprimées par des morphèmes libres (des mots grammaticaux autonomes) plutôt que par des affixes liés aux racines nominales ou verbales. La morphologie flexionnelle est donc très réduite par rapport aux langues agglutinantes ou synthétiques.
Ce caractère isolant signifie notamment que les noms ne portent pas de marques de pluriel, de genre ou de cas morphologiques intégrées au nom lui-même. De même, les verbes ne sont pas conjugués par flexion interne.
8.2 Le préfixe nominal vocalique
L'une des particularités morphologiques du fongbe est l'existence d'un préfixe nominal vocalique. Certains noms sont généralement précédés d'une voyelle initiale, souvent é- ou a-, selon le contexte ou la classe du nom. Cette analyse figure dans la description de Lefebvre et Brousseau (2002) et est mentionnée dans le papier OkwuGbé (2021) : 'Fon nominals are generally preceded by a prefix consisting of a vowel'.
Cette caractéristique a des implications pour le traitement automatique du langage, car elle affecte la segmentation des tokens et la reconnaissance des frontières de mots.
8.3 Composition et dérivation
Le chapitre 9 de la grammaire de Lefebvre et Brousseau (2002) est entièrement dédié aux composés (Compounds). Le fongbe dispose d'une morphologie compositionnelle productive : des mots nouveaux sont formés par juxtaposition de deux ou plusieurs bases lexicales. Cette stratégie est particulièrement courante pour les noms dénotant des concepts complexes ou empruntés.
La dérivation proprement dite (par affixation) est plus limitée, ce qui est cohérent avec le caractère isolant de la langue. Le chapitre 8 de Lefebvre et Brousseau (Morphologie) traite de ces questions en détail.
8.4 Réduplication
La réduplication — la répétition partielle ou totale d'une base — est attestée en fongbe comme dans de nombreuses langues gbe. Elle peut servir à marquer l'intensité, la répétition d'une action, la pluralité ou d'autres nuances sémantiques. Capo (1991) documente les processus réduplications au niveau comparatif dans les langues gbe. Les mécanismes précis en fongbe sont détaillés dans la grammaire de référence.
9. Syntaxe
9.1 Ordre des constituants : SVO
L'ordre de base des constituants en fongbe est Sujet–Verbe–Objet (SVO), commun à l'ensemble des langues gbe et à de nombreuses langues kwa. Cet ordre est typologiquement cohérent avec une série d'autres propriétés structurales de la langue.
Kofi xɔ̀ àxwé.
Kofi acheter:PERF maison
→ 'Kofi a acheté une maison.'
9.2 Les marqueurs TAM (Temps, Aspect, Mode)
Le temps, l'aspect et le mode (TAM) sont exprimés en fongbe par des marqueurs analytiques préverbaux — des morphèmes libres placés devant le verbe plutôt que par des désinences verbales. Le verbe lui-même ne fléchit pas selon le temps. Cette propriété est fondamentale pour comprendre la grammaire du fongbe et des créoles qui s'y apparentent.
Quelques marqueurs décrits par Lefebvre et Brousseau (2002), chapitre 5 :
ɖó / ló : marqueur d'imperfectif/progressif, indique une action en cours.
Ø (absence de marqueur) : le verbe seul (à ton haut spécifique) peut exprimer le perfectif. Le contexte et la tonologie distinguent perfectif et imperfectif.
nɔ̀ : habituatif/générique.
ná : futur/irréel (mais aussi marqueur de bénéfactif selon le contexte — polysémie fonctionnelle).
[Note] La description précise du système TAM du fongbe est complexe et fait l'objet de plusieurs analyses dans la littérature. Les formes et fonctions citées ici s'appuient sur Lefebvre et Brousseau (2002). Le lecteur doit consulter la source primaire pour les nuances.
9.3 La négation discontinue
La négation en fongbe est discontinue : elle est exprimée par une paire de morphèmes encadrant le groupe verbal. Le schéma général est :
Sujet mɛ̀ [Verbe + Compléments] ó
Le marqueur préverbal mɛ̀ (ou une variante) et la particule finale ó forment ensemble la négation de l'énoncé. Ce patron, caractéristique des langues gbe et de nombreuses langues kwa, a été soigneusement documenté dans la grammaire de référence et a joué un rôle important dans les travaux créolistiques de Lefebvre.
Un mɛ̀ xɔ àxwé ó.
1SG NEG acheter maison NEG
→ 'Je n'ai pas acheté de maison.'
[Note] La forme précise des marqueurs négatifs varie selon les dialectes et les constructions syntaxiques. La discontinuité est le trait constant.
9.4 Les constructions à verbes en série (CVS)
Les constructions à verbes en série (serial verb constructions, SVCs) constituent l'une des caractéristiques syntaxiques les plus remarquables du fongbe et, plus généralement, des langues gbe. Une CVS est une séquence de deux verbes ou plus partageant un sujet unique, sans aucun marqueur de coordination, de subordination ou de dépendance syntaxique explicite. Les verbes agissent ensemble comme un seul prédicat complexe.
Ces constructions ont des fonctions très diverses : expression de la direction, du bénéficiaire, de la manière, du résultat d'une action, etc. Lefebvre et Brousseau (2002) y consacrent le chapitre 13 (Serial verbs) de leur grammaire. Maxime Da Cruz (1994, Les constructions sérielles du fongbe) a également traité ce phénomène de manière approfondie.
Kofi yì zɔ́ wá.
Kofi aller marcher venir
→ 'Kofi est allé et est revenu (en marchant).'
Ces constructions sont particulièrement importantes pour les créolistes car elles présentent des parallèles frappants avec des structures du créole haïtien et d'autres créoles à base française ou anglaise des Caraïbes.
9.5 Focus et focalisation
Le fongbe dispose d'un mécanisme syntaxique de focalisation : l'élément mis en focus est déplacé vers une position initiale (leftward movement) et suivi du marqueur de focus wɛ́. Ce patron est commun à l'ensemble des langues gbe.
àxwé wɛ́ Kòfí tù.
maison FOC Kofi construire:PERF
→ 'C'est UNE MAISON que Kofi a construite.'
9.6 Questions
Les questions polaires (oui/non) peuvent être formées en ajoutant la particule à en fin d'énoncé déclaratif. Les questions de contenu (avec un pronom interrogatif) reposent sur des constructions apparentées à la focalisation.
10. Le lexique
10.1 Fonds lexical natif
Le fonds lexical natif du fongbe est de type gbe. Il comprend de nombreux monosyllabes à haute fréquence, souvent tonalement contrastifs, et une large proportion de dissyllabes. Le lexique courant couvre les domaines de la vie quotidienne, des pratiques agricoles et artisanales, des relations sociales, des cultes religieux et vodoun, et de la nature.
10.2 Emprunts
Le fongbe a intégré des emprunts lexicaux depuis plusieurs sources historiques :
Le portugais : en raison du contact avec les commerçants et marchands portugais à partir du XVe siècle. Des termes d'origine portugaise se retrouvent dans plusieurs langues de la côte ouest-africaine, notamment pour des objets importés.
Le yoruba : contact géographique et commercial de longue date, notamment dans les zones de frontière linguistique.
Le français : depuis la colonisation (1894), et plus intensément depuis l'indépendance (1960), le fongbe intègre des termes français — surtout dans les domaines techniques, administratifs, de la santé, de l'éducation. Ces emprunts sont souvent adaptés phonologiquement : le phonème /p/, absent du système natif, peut être réalisé /f/ dans les emprunts : cɔ́fù pour 'boutique' (shop).
10.3 Lexicographie
Plusieurs dictionnaires fongbe–français et français–fongbe ont été publiés :
Segurola, B. (1963). Dictionnaire fon-français. Cotonou : Procure de l'archidiocèse. [Ouvrage de référence historique, mentionné dans Cambridge Core.]
Rassinoux, Jean (1974). Dictionnaire français-fon. Manuscrit. [Mentionné dans Cambridge Core.]
Höftmann, Hildegarde (2003). Dictionnaire fon-français : avec une esquisse grammaticale. Köln : Rüdiger Köppe Verlag. [Mentionné dans la Wikipedia francophone et dans d'autres sources.]
L'association 'Bénin'Ganxo' travaille sur un dictionnaire bilingue fongbe–français, selon la Wikipedia francophone du fon (consulté 2026).
11. Dialectologie
11.1 L'étendue du continuum dialectal
Lefebvre et Brousseau (2002) indiquent que le fon compte environ 53 dialectes différents parlés dans tout le Bénin. Ce chiffre est repris par plusieurs papiers NLP ultérieurs (OkwuGbé 2021 ; FonMTL 2023 ; AfroLM 2022), tous citant Lefebvre & Brousseau et Capo (1991) comme sources. Il s'agit d'une estimation, non d'un dénombrement exhaustif. Le continuum dialectal gbe implique que les frontières entre 'dialectes fon' et 'langues gbe voisines' sont en partie arbitraires.
11.2 Dialectes du cluster fon selon Capo (1988)
La classification de Capo (1988), telle que reprise par les sources académiques consultées, regroupe dans le cluster Fon les variétés suivantes : Agbome (variété de référence associée à Abomey), Arohun, Gbekon, Gun (Goun), Kpase, Maxi, Weme (Ouémé). Cette liste n'est pas définitive et d'autres regroupements ont été proposés dans la littérature.
11.3 La variété Agbome
La variété Agbome, associée à la région d'Abomey (ancienne capitale royale), est souvent considérée comme le point de référence du 'fongbe standard'. La standardisation s'appuie sur cette variété, bien que des efforts distincts de planification existent pour le goun, le gen et d'autres langues.
11.4 Le goun (Gun) : langue sœur ou dialecte ?
Le goun (Gun, ISO : guw) est parlé principalement dans la région de Porto-Novo et dans certaines zones de l'Atlantique. La question de son statut — dialecte du fon ou langue distincte — est ouverte. Ethnologue lui attribue un code ISO distinct (guw), ce qui reflète un consensus fragile en faveur de la distinction. La Wikipedia béninoise et plusieurs sources locales le considèrent comme une 'variante du fon parlée dans la région de l'Atlantique et de Littoral'. Ces positions ne se contredisent pas nécessairement : la distinction langue/dialecte n'est jamais purement linguistique.
11.5 Implications pour la planification linguistique
La complexité dialectale du fongbe pose des défis pratiques pour la standardisation, l'alphabétisation et l'enseignement. Les locuteurs des variétés périphériques (maxi du centre, weme de l'est) peuvent percevoir la variété standard d'Abomey comme distante. Des efforts spécifiques de documentation et de production de matériaux dans différentes variétés ont été menés par SIL International au Bénin (voir notamment le rapport JLSR 2021-037 sur le weme).
12. Sociolinguistique et politique des langues au Bénin
12.1 La diglossie français/langues nationales
La situation sociolinguistique du Bénin est celle d'une diglossie — et même d'une polyglossie — dans laquelle le français occupe la position haute (langue officielle, de l'État, de l'enseignement formel, de la justice) tandis que les langues nationales, dont le fongbe, occupent les positions basses (langue familiale, de marché, de pratiques religieuses et culturelles). Le français reste la seule langue d'enseignement primaire officielle.
En 2024, selon la Wikipedia francophone sur les langues au Bénin, 33,7 % de la population béninoise (soit environ 4,87 millions de personnes sur 14,46 millions) est francophone, dont seulement 0,8 % a le français comme langue maternelle. Le fongbe, en revanche, est parlé (selon les sources discutées supra) par environ 24 % de la population comme langue première, et par une proportion inconnue mais significative comme langue seconde véhiculaire.
12.2 Reconnaissance institutionnelle
L'article 40 de la Constitution béninoise de 1990 traite des programmes d'alphabétisation. À la suite de rencontres en 1992, 1993 et 1994, six langues nationales ont été formellement retenues par l'État béninois pour l'alphabétisation des adultes : le fon, le yoruba, le bariba, l'adja, le goun et le dendi. Ce cadre a été formalisé dans la Loi n° 91-006 du 25 février 1991 portant Charte culturelle de la République du Bénin.
Un Centre national de linguistique appliquée (CENALA) a été créé par arrêté en 1984 avec pour mission de valoriser les langues nationales béninoises. Ses travaux ont contribué à la normalisation orthographique.
12.3 Le fongbe dans les médias
Le fongbe est utilisé dans les émissions de radios et télévisions publiques et privées du Bénin. Certaines chaînes diffusent des programmes en fongbe, et des publicités en fongbe sont courantes sur les médias nationaux. La radio reste le vecteur principal de diffusion de la langue dans les zones rurales.
12.4 Fongbe et éducation bilingue
Depuis la seconde décennie du XXIe siècle, le gouvernement béninois expérimente l'enseignement de certaines matières en langues nationales, dont le fongbe, à l'école primaire. Le Bénin adhère à l'initiative ELAN (Écoles et langues nationales en Afrique), regroupant huit pays d'Afrique subsaharienne francophone (Burkina Faso, Cameroun, Mali, Niger, Sénégal, Burundi, RDC, Bénin). Cette initiative vise l'introduction progressive de l'enseignement bilingue à l'école primaire.
12.5 Dynamiques urbaines et abandon linguistique
Des témoignages recueillis dans la presse béninoise (Daabaaru, 2018) signalent un phénomène documenté dans d'autres contextes africains : en milieu urbain, notamment à Cotonou, des citadins instruits tendent à délaisser leur langue maternelle pour le français, perçu comme langue de promotion sociale. La politique d'alphabétisation, longtemps centrée sur les zones rurales, a accentué ce mouvement. Ce phénomène mérite une attention dans toute réflexion sur la vitalité du fongbe à long terme.
[Note] Les données quantitatives sur ce phénomène ne sont pas disponibles avec précision dans les sources consultées. Il s'agit d'une tendance documentée qualitativement, non d'un phénomène mesuré à grande échelle.
13. Influence sur les créoles des Amériques
13.1 Le contexte historique : la traite transatlantique
Le port de Ouidah (Glexwé en fongbe) fut l'un des principaux ports de départ de la traite négrière transatlantique, notamment entre le XVIIe et le XIXe siècle. Des centaines de milliers de personnes déportées — dont un grand nombre de locuteurs de langues gbe, particulièrement de fongbe — ont ainsi été transportées vers les colonies françaises, anglaises, espagnoles et portugaises des Amériques. Cette déportation massive a eu des effets linguistiques profonds et durables, notamment dans la formation des créoles.
13.2 La thèse de la relexification (Lefebvre)
Claire Lefebvre (Université du Québec à Montréal) a développé à partir des années 1980 une thèse influente selon laquelle la grammaire du créole haïtien serait en grande partie le résultat d'un processus de relexification : les esclaves africains locuteurs du fongbe (et d'autres langues gbe) auraient 'relexifié' leur langue maternelle avec le vocabulaire du français, conservant la structure grammaticale sous-jacente du fongbe.
Cette hypothèse explique les similitudes frappantes entre la grammaire du créole haïtien et celle du fongbe, notamment : le système TAM analytique et préverbal, la négation discontinue, les constructions à verbes en série, la structure des syntagmes nominaux, et le marqueur de focus.
Lefebvre a exposé cette thèse dans plusieurs publications majeures, notamment Lefebvre (1986, 1994/1996), et dans sa collaboration avec Lumsden (Lefebvre et Lumsden 1994). La grammaire de 2002 s'inscrit dans ce programme de recherche.
13.3 Controverses et débats scientifiques
La thèse de la relexification est contestée dans la littérature créolistique. Parmi les critiques les plus significatives :
Robert Chaudenson défend une approche différente, privilégiant le rôle du français dialectal et populaire du XVIIe–XVIIIe siècle dans la formation des créoles français.
Derek Bickerton propose le 'bioprogramme', hypothèse selon laquelle les créoles reflèteraient une faculté universelle du langage, indépendamment du substrat.
Michel DeGraff et d'autres ont critiqué certains aspects méthodologiques de la démarche de Lefebvre.
La Wikipedia anglophone (article Relexification, consulté via sources) résume : 'the role of relexification in creole genesis is disputed by adherents of generative grammar'. Il s'agit d'un débat ouvert, non d'un consensus établi.
13.4 Autres influences diasporiques
Au-delà du créole haïtien, les langues gbe — et le fongbe en particulier — ont influencé d'autres langues et pratiques culturelles diasporiques :
Le candomblé jeje (Brésil) : rite religieux africain-brésilien dont le vocabulaire liturgique est largement d'origine gbe/fon.
Le vodou haïtien : nombreux termes, noms de lwa et formules rituelles d'origine fon ou gbe.
Le Santería cubain : influence yoruba principalement, mais aussi fon dans certains cultes.
[Note] Une analyse détaillée de l'étendue exacte des influences fon dans chacun de ces contextes diasporiques dépasserait le cadre de ce document. Des études spécialisées existent, notamment en ethnomusicologie et en anthropologie religieuse.
14. Le fongbe dans les humanités numériques et le traitement automatique des langues
14.1 Statut de langue à faibles ressources
Malgré son importance démographique en Afrique de l'Ouest, le fongbe est considéré dans le domaine du traitement automatique des langues (TAL, ou NLP en anglais) comme une langue à faibles ressources (low-resource language). Cette désignation signifie qu'il dispose de peu de corpus textuels numérisés, de peu d'outils automatiques développés (analyseurs syntaxiques, modèles de langue, systèmes de traduction automatique), et d'une présence quasi nulle sur les grandes encyclopédies en ligne. Le papier English2Gbe (2021) note que 'Fon is non-existent on [Wikipedia as] the encyclopedia'.
14.2 OkwuGbé : premier système de reconnaissance vocale
Bonaventure F. P. Dossou (Jacobs University Bremen) et Chris C. Emezue (Technical University of Munich) ont publié en 2021 OkwuGbé (arXiv 2103.07762), le premier travail de recherche systématique sur la reconnaissance automatique de la parole (ASR) pour le fon. Leur approche intègre une analyse linguistique approfondie de la langue, suivie de la création de modèles de réseaux de neurones profonds. Ce travail a constitué une avancée significative pour le TAL du fongbe.
14.3 FonMTL et les modèles multilingues
Le projet FonMTL (Fon Multitask Learning, arXiv 2308.14280, 2023) a appliqué des approches d'apprentissage multitâche au fon, dans le cadre des efforts globaux de la communauté Masakhane pour développer des outils NLP pour les langues africaines. L'initiative Masakhane, fondée en 2019, réunit des chercheurs africains et de la diaspora pour construire des jeux de données et des modèles de traduction automatique pour plus de trente langues africaines, dont le fon.
Parmi les ressources développées figure MasakhaNER 2.0 (reconnaissance d'entités nommées) et MasakhaPOS (étiquetage morphosyntaxique), qui incluent des données en fongbe.
14.4 English2Gbe : traduction automatique vers les langues gbe
Le modèle English2Gbe (arXiv 2112.11482) est un modèle de traduction automatique neuronale multilingue couvrant l'anglais et les langues gbe, dont le fon et l'ewé. Il s'appuie sur les données disponibles et la proximité typologique entre variétés gbe pour améliorer la traduction vers ces langues à faibles ressources.
14.5 Résultats récents et limites
Un travail récent (arXiv 2604.12540, avril 2026) évalue l'impact de l'augmentation de données par génération LLM (Gemini 2.5 Flash) et par rétrotraduction (NLLB-200) pour le fon et le haoussa. Les résultats montrent que, pour la reconnaissance d'entités nommées (NER), ni l'une ni l'autre méthode n'améliore significativement les performances de base pour le fon. Cette limite reflète les défis persistants liés à la faible disponibilité des données textuelles vérifiées.
Un survey complet des ressources textuelles et vocales pour le haoussa et le fongbe (arXiv 2605.22828, 2026) a été rédigé par des chercheurs incluant un locuteur natif du fongbe. Il constitue la revue de littérature la plus récente disponible sur l'état des ressources NLP pour la langue.
14.6 Initiatives locales numériques
Au niveau local, des initiatives béninoises méritent d'être signalées, même si leur documentation dans les sources académiques internationales reste limitée :
L'application mobile Stickers Fongbé et le clavier 'Langues Béninoises et africaines', développés par Fabroni Bill Yɔclounon et son équipe, facilitent l'usage du fongbe sur les téléphones mobiles.
L'association Bénin'Ganxo développe un dictionnaire bilingue fongbe–français numérique.
15. Ressources de référence
15.1 Grammaires et ouvrages de référence
LEFEBVRE, Claire et Anne-Marie BROUSSEAU (2002). A Grammar of Fongbe. Berlin / New York : De Gruyter Mouton. (Mouton Grammar Library, vol. 25.) DOI : 10.1515/9783110880182.
→ Grammaire de référence de la langue. Description exhaustive de la phonologie, morphologie et syntaxe. Ouvrage indispensable pour tout travail sérieux sur le fongbe.
CAPO, Hounkpati B.C. (1991). A Comparative Phonology of Gbe. Berlin / New York : Foris Publications ; Garomè, Bénin : Labo Gbe (Int.). (Publications in African Languages and Linguistics, 14.)
→ Phonologie comparative de l'ensemble des langues gbe. Référence fondamentale pour la reconstruction du proto-gbe.
CAPO, Hounkpati B.C. (1988). Renaissance du Gbe. Réflexions critiques et constructives sur l'EVE, le FON, le GEN, l'AJA, le GUN, etc. Garomè / Hambourg / Cotonou : Labo Gbe (Int.).
→ Premier ouvrage de classification interne complète des langues gbe. La référence primaire pour la taxonomie de la famille.
HÖFTMANN, Hildegard (2003). Dictionnaire fon-français : avec une esquisse grammaticale / Michel Ahohounkpanzon. Cologne : Rüdiger Köppe Verlag.
→ Dictionnaire de référence fon-français avec éléments de grammaire.
SEGUROLA, B. (1963). Dictionnaire fon-français. Cotonou : Procure de l'archidiocèse.
→ Dictionnaire historique, l'un des premiers de la langue.
15.2 Études linguistiques spécialisées
DA CRUZ, Maxime (1994). Les constructions sérielles du fongbe : approches sémantique et syntaxique. Thèse de doctorat.
→ Étude approfondie des CVS en fongbe.
BROUSSEAU, Anne-Marie (1993). L'interaction entre consonnes et tons en fongbe : pour une représentation tonale du voisement. In A. Kihm et C. Lefebvre (dir.), Aspects de la grammaire du fongbe : Études de phonologie, de syntaxe et de sémantique. Leuven / Paris : Peeters.
KLUGE, Angela (2007). The Gbe Language Continuum of West Africa: A Synchronic Typological Approach to Prioritizing In-depth Sociolinguistic Research on Literature Extensibility. Language Documentation and Conservation, 1 (2), p. 182-215.
→ Approche typologique synchronique du continuum gbe. Référence pour la dialectologie et la sociolinguistique.
SIL International / Réseau JLSR (2021). Rapport JLSR 2021-037 (Weme). SIL International.
→ Enquête sociolinguistique sur la variété weme dans les communes de l'Atlantique (Bénin).
15.3 Créolistique
LEFEBVRE, Claire (1986). Relexification in Creole Genesis Revisited: The Case of Haitian Creole. In P. Muysken et N. Smith (éd.), Substrata versus Universals in Creole Genesis. Amsterdam : John Benjamins, p. 279-301.
LEFEBVRE, Claire et John S. LUMSDEN (1994). Le rôle central de la relexification dans la genèse des langues créoles. Plurilinguismes, n° 8, p. 47-93.
SYLVAIN, Suzanne (1936). Le créole haïtien : morphologie et syntaxe. Port-au-Prince / Wetteren.
→ Première étude systématique montrant les liens entre le créole haïtien et les langues africaines (particulièrement l'ewé).
15.4 Publications NLP / TAL
DOSSOU, Bonaventure F. P. et Chris C. EMEZUE (2021). OkwuGbé: End-to-End Speech Recognition for Fon and Igbo. arXiv 2103.07762.
English2Gbe : A Multilingual Machine Translation Model for Fon/Ewe Gbe. arXiv 2112.11482 (2021).
FonMTL: Towards Multitask Learning for the Fon Language. arXiv 2308.14280 (2023).
MASAKHANE collaboration (2020 et ultérieur). Masakhane – Machine Translation for Africa. arXiv 2003.11529.
AfroLM: A Self-Active Learning-based Multilingual Pretrained Language Model for 23 African Languages. arXiv 2211.03263 (2022).
A Survey of Text and Speech Resources for Hausa and Fongbe: Availability, Quality, and Gaps for NLP Development. arXiv 2605.22828 (2026).
15.5 Sources institutionnelles et sociolinguistiques
ASSANI, A. (ODSEF, Université Laval). État et dynamique des langues nationales et de la langue française au Bénin. Disponible : odsef.fss.ulaval.ca.
AXL / CEFAN, Université Laval. Bénin — L'aménagement linguistique dans le monde. Disponible : axl.cefan.ulaval.ca.
Bénin, Constitution de 1990, article 40.
Bénin, Loi n° 91-006 du 25 février 1991 portant Charte culturelle de la République du Bénin.
OUEDRAGO, A. et al. (coord.). Cahiers de la recherche sur l'éducation et les savoirs : Alphabétisation et éducation en langues nationales dans les politiques globales de l'éducation au Bénin. Revue OpenEdition Journals (openedition.org/cres/2332).
15.6 Bases de données linguistiques
Ethnologue (SIL International). Fon language, éditions 2019–2021. ethnologue.com/fon.
Glottolog 5.2, Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology. Identifiant fonn1241.
OLAC (Open Language Archives Community), University of Pennsylvania LDC. olac.ldc.upenn.edu/language/fon.
PHOIBLE 2.0. Fon phonemic inventories. Max Planck Institute for the Science of Human History.
fongbebenin.com | Document de référence documenté