Moi, Cotonou, je n’en peux plus.
Avant, la ville respirait encore un peu.
Maintenant, ce n’est que bruit du matin au soir.
Les zem roulent comme s’ils poursuivaient la mort elle-même.
Ça klaxonne sans arrêt devant ma maison.
Même à l’aube, impossible de dormir tranquillement.
La poussière entre partout, même dans la marmite fermée.
On balaie le matin, deux heures après tout est rouge encore.
Et cette chaleur ! On dirait que le soleil veut cuire les vieux vivants.
Les groupes électrogènes grondent toute la nuit.
Quand le courant part, chacun démarre sa machine infernale.
Les enfants crient dans les rues sans respect pour les anciens.
Les voisins mettent la musique à fond comme dans une boîte de nuit.
Le dimanche même, personne ne connaît le silence.
Les caniveaux sentent mauvais dès qu’il pleut un peu.
Les moustiques attaquent comme une armée organisée.
Tu fermes la porte, ils entrent quand même.
Les vendeurs ambulants hurlent sous mes fenêtres toute la journée.
“Tomate ! Piment ! Eau glacée !” Toujours les mêmes cris.
Et la circulation… mon Dieu, la circulation !
Pour traverser la route, il faut presque écrire son testament.
Les jeunes conduisent comme si la route leur appartenait.
Personne ne respecte personne ici maintenant.
Même les taxis discutent les prix comme au marché Dantokpa.
La nuit, les chiens aboient jusqu’au matin.
Le matin, les coqs prennent le relais.
On ne trouve plus un coin calme dans cette ville.
Pourtant, les gens disent encore : “Cotonou est belle.”
Belle peut-être pour les jeunes qui aiment le vacarme.
Moi, vieille femme fatiguée, je rêve seulement d’un village silencieux.