```html Dérives sectaires au Bénin — Synthèse documentée
Illustration sur les dérives sectaires et les cultes au Bénin

Dérives sectaires au Bénin

Synthèse documentée : faits établis, cadre légal et zones d’incertitude

Le Bénin garantit la liberté de religion et ne reconnaît aucune religion d’État. Ce cadre libéral favorise la diversité religieuse. Il peut toutefois permettre l’apparition de groupes religieux ou pseudo-religieux échappant au contrôle effectif des autorités, notamment lorsqu’ils ne sont pas régulièrement déclarés.

Il faut cependant distinguer les faits judiciairement ou médiatiquement documentés des impressions générales. L’idée selon laquelle il suffirait d’une Bible, d’un local et d’un discours inspiré pour créer une église relève d’un constat journalistique souvent repris, mais elle ne constitue pas une statistique officielle.

I. Cas documentés

1. L’Église de Banamè

L’Église dite de Banamè, officiellement appelée Très Sainte Église de Jésus-Christ de Banamè, est l’un des cas les plus connus au Bénin. Sa dirigeante, Vicentia Chanvoukini, dite Parfaite ou Daagbo, s’est présentée comme une figure divine. Le mouvement s’est notamment signalé par des discours très hostiles envers d’autres pratiques religieuses, en particulier le vodoun.

Le fait le plus grave attribué à cette mouvance est le drame survenu en janvier 2017 dans la zone de Porto-Novo et d’Adjarra. Des fidèles, enfermés dans des chambres confinées avec de l’encens et du charbon incandescent, ont été intoxiqués au monoxyde de carbone. Plusieurs décès ont été signalés, ainsi que des hospitalisations graves.

Les évêques catholiques du Bénin avaient déjà mis en garde les fidèles contre ce mouvement, considéré comme schismatique. Des responsables politiques avaient aussi critiqué les propos agressifs tenus contre l’Église catholique et d’autres croyances.

2. La secte Azzaël Awouignan à Savalou

Le second cas majeur est celui de la secte Azzaël Awouignan, liée au hameau de Kogandji, près de Monkpa, dans la commune de Savalou. Le 29 janvier 2022, des affrontements entre les fidèles du groupe, les populations locales et les forces de l’ordre ont fait plusieurs morts, dont des policiers.

Selon les sources disponibles, les adeptes annonçaient une fin du monde imminente et auraient appelé les habitants à vendre, partager ou abandonner leurs biens. Des faits de violences, de menaces, de destructions et d’atteintes aux personnes ont été rapportés avant les affrontements.

Le chef présumé du groupe, Mesmin Kpodékon, et plusieurs adeptes ont été poursuivis. Les chefs d’accusation mentionnés dans la presse sont lourds : assassinat, terrorisme, viol sur mineur, non-dénonciation de crime et recel de criminels. Les suites judiciaires définitives restent toutefois difficiles à vérifier publiquement.

II. Traits communs observés

III. Cadre légal béninois

Les groupes religieux doivent normalement être déclarés auprès des autorités compétentes. La déclaration implique des documents administratifs : statuts, procès-verbal d’assemblée constitutive, identité des responsables, casiers judiciaires, autorisation locale d’installation du lieu de culte et paiement des frais exigés.

Depuis 2025, le Bénin dispose d’un cadre rénové pour les associations et fondations. La loi n° 2025-19 du 22 juillet 2025 et le décret n° 2025-575 du 24 septembre 2025 ont prévu la mise en place d’un Registre des Associations et Fondations. Les associations religieuses sont concernées lorsqu’elles prennent cette forme juridique.

Le problème principal n’est donc pas l’absence totale de règles, mais l’écart entre le cadre juridique et son application effective sur le terrain. Aucune statistique nationale fiable ne permet toutefois de mesurer précisément le nombre de groupes religieux non déclarés.

IV. Limites et incertitudes

  • Le jugement définitif de Mesmin Kpodékon devant la CRIET n’est pas clairement accessible dans les sources publiques consultables.
  • Il n’existe pas, à ma connaissance, d’organisme béninois équivalent à la MIVILUDES française publiant un rapport national régulier sur les dérives sectaires.
  • Le statut juridique actuel exact de l’Église de Banamè après les événements de 2017 reste difficile à confirmer publiquement.
  • L’ampleur nationale du phénomène ne peut pas être chiffrée sans données officielles fiables.

Conclusion

Les dérives sectaires au Bénin ne relèvent pas seulement de rumeurs ou d’inquiétudes générales. Deux cas graves — Banamè en 2017 et Azzaël Awouignan en 2022 — montrent l’existence de faits documentés : morts, violences, poursuites judiciaires et alertes institutionnelles.

Il serait toutefois imprudent de transformer ces cas en généralisation abusive sur l’ensemble du paysage religieux béninois. Le phénomène est réel, mais son ampleur exacte demeure mal documentée.

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