Illustration de l’islam au Bénin

L’islam au Bénin

Histoire, implantation et pratiques

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Avertissement méthodologique

Ce document repose sur des sources académiques et journalistiques identifiées. Les principales références sont :

Lorsqu’une information ne peut être vérifiée avec certitude, cela est explicitement signalé. Ce document ne prétend pas à l'exhaustivité : l’islam au Bénin est un champ de recherche actif et certains aspects restent insuffisamment documentés dans les sources accessibles.

Chapitre 1. Géographie humaine de l’islam au Bénin

1.1 Répartition de la population musulmane

L’islam est la troisième religion du Bénin en nombre d’adhérents, après le christianisme et les religions traditionnelles, bien que les positions relatives fluctuent selon les sources statistiques. Le Recensement général de la population et de l'habitation de 2013 (RGPH4) réalisé par l’Institut national de la statistique et de l'analyse économique (INSAE) constitue la référence officielle la plus récente disponible.

[Source : INSAE, RGPH4, 2013 ; Islam au Bénin, Wikipédia, consulté 2025 ; visiter-le-benin.com]

La répartition géographique est fortement asymétrique. L’islam est majoritaire dans les départements du Nord, minoritaire dans ceux du Sud. Cette asymétrie Nord/Sud est l'un des traits structurants du paysage religieux béninois et elle a des racines historiques profondes liées aux routes commerciales transsahariennes.

Parmi les départements septentrionaux, l'Alibori présente la proportion la plus élevée de musulmans : une source béninoise indique environ 81,3 % de fidèles pour ce département. Le Borgou, l'Atacora et la Donga affichent également des taux élevés, bien que variables selon les communes. Djougou, chef-lieu de la Donga, est islamisée à plus de 72 % de sa population.

[Source : Gouvernement du Bénin, article sur Djougou, 2020 ; visiter-le-benin.com]

À l'opposé, les départements méridionaux comme le Couffo affichent des taux infimes (de l'ordre de 0,9 %). Le Zou, le Mono et le Couffo restent des régions à très faible présence musulmane, fortement marquées par les religions traditionnelles (vodoun) et le christianisme.

Dans les villes côtières, le tableau est plus complexe. Cotonou et Porto-Novo comprennent des communautés musulmanes actives, principalement composées de descendants de marchands haoussa et yoruba, ainsi que de migrants septentrionaux, mais les chrétiens y sont majoritaires. À Cotonou, les catholiques représentent 57,6 % de la population, les chrétiens toutes confessions confondues 75,4 %. Porto-Novo compte 45,5 % de catholiques et 62,4 % de chrétiens.

[Source : Brégand, Politique africaine, 2009]

1.2 Qui sont les musulmans béninois ? Groupes ethniques et islam

L’islam au Bénin n’est pas associé à un seul groupe ethnique. Plusieurs peuples ont contribué à son implantation et le pratiquent comme religion principale.

Les Dendi

Les Dendi (ou Songhaï-Dendi) sont présentés par plusieurs sources comme les vecteurs de la première islamisation du territoire. Marchands et lettrés islamisés, ils ont diffusé la foi le long des routes commerciales qui traversaient le nord du pays actuel. L'article Wikipédia sur l’islam au Bénin indique explicitement que « l’islam est venu au Bénin grâce aux marchands Songhaï Dendi, depuis le Nigeria ». Cette formulation doit cependant être nuancée : elle simplifie un processus qui implique plusieurs vecteurs et plusieurs siècles.

[Source : Wikipedia, Islam au Bénin ; Brégand, 1998]

Les Wangara du Borgou

La chercheuse Denise Brégand a consacré une monographie approfondie aux Wangara du Borgou. Ces marchands musulmans, appartenant aux réseaux commerciaux transsahariens liés historiquement aux empires du Ghana, du Mali et du Songhaï, ont constitué un pilier majeur du commerce caravanier dans la région du Borgou (nord de l'actuel Bénin). Brégand les identifie dans les principaux centres commerciaux de Djougou, Kandi, Nikki et Parakou. Leur activité reposait sur le commerce de l'or, du sel, de la cola, des esclaves et des chevaux.

Le terme « Wangara » désigne moins un groupe ethnique homogène qu’un réseau commercial et une identité religieuse : être Wangara, c'est être marchand musulman intégré dans ces circuits. Brégand souligne que le Borgou était le centre d'un vaste réseau précolonial de routes commerciales.

[Source : Brégand, Commerce caravanier et relations sociales au Bénin, L'Harmattan, 1998 ; revue Études africaines, 2000]

Les Bariba (Baatonum)

Les Bariba, peuple du Borgou dont Nikki est la ville royale, ont été en contact avec l’islam depuis plusieurs siècles en raison de leur position sur les routes commerciales. Leur rapport à l’islam a été plus synchrétique que celui des Wangara : les pratiques traditionnelles bariba ont coexisté avec l’islam, et le taux d’islamisation des Bariba est en progression mais demeure inférieur à celui des Dendi ou des Wangara.

Les Peuls (Fulani)

Les Peuls du Bénin, présents dans les zones de pâturage du nord et du centre du pays, sont en grande majorité musulmans. Cette islamisation s'est faite progressivement, dans un continuum avec les Peuls des pays voisins (Nigéria, Niger, Burkina Faso), dans le cadre des grands mouvements réformateurs du XIXe siècle (djihad de Sokoto, etc.). Leur pratique de l’islam est aujourd’hui souvent plus orthodoxe que celle des populations sédentaires environnantes.

Les Haoussa

La présence haoussa dans les villes béninoises est attestée depuis plusieurs siècles. À Cotonou et Porto-Novo, les quartiers Zongo — ces espaces résidentiels réservés aux « étrangers » nordistes et généralement musulmans — ont été fondés par des commerçants haoussa itinérants. Brégand note que dans quasiment toutes les villes d'Afrique occidentale, les commerçants haoussa itinérants ont fondé des quartiers Zongo qui accueillent également des populations venues de régions plus nordiques, généralement musulmanes.

[Source : Brégand, Politique africaine, 2009]

Les Yoruba du Sud-Est

Dans le Sud-Est du Bénin, notamment à Porto-Novo et dans le département de l'Ouémé, l’islam est associé aux Yoruba islamisés venus du Nigeria. Cette communauté yoruba musulmane est distincte de la communauté yoruba animiste : elle a joué un rôle important dans la fondation des premières mosquées de Porto-Novo.

Chapitre 2. Histoire de l'implantation de l’islam au Bénin

2.1 Les routes commerciales préislamiques et les premiers contacts

L’islam n’est pas arrivé au Bénin par une conquête militaire ou une mission organisée. Il s'est diffusé progressivement, sur plusieurs siècles, à travers les réseaux marchands transsahariens. Cette modalité de diffusion pacifique par le commerce est caractéristique de l’islamisation de l'Afrique de l'Ouest subsaharienne en général.

Le territoire correspondant à l'actuel nord du Bénin était intégré, depuis le Moyen Âge, dans un vaste système de routes caravanières reliant le Sahel à la forêt équatoriale. Ces routes transportaient principalement la cola (du sud vers le nord), le sel et les esclaves (du nord vers le sud), ainsi que des textiles et des métaux. Les marchands islamisés qui géraient ces circuits étaient porteurs d'une culture islamique qu'ils ne cherchaient pas forcément à imposer, mais qui irradiait par la simple présence de lettrés coraniques et de pratiques religieuses visibles.

Les sources académiques situent la présence de l’islam dans le nord de l'actuel Bénin à partir du XVe siècle pour les régions les plus septentrionales, avec une intensification aux XVIIe et XVIIIe siècles. Une source de Cairn.info indique explicitement que l’islam est présent dans les départements du Nord depuis le XVe siècle.

[Source : Cairn.info, 'Affirmations féminines islamiques dans les villes du Sud Bénin', citant Brégand 1998]

2.2 L’islam au Borgou : le rôle des Wangara (XVe–XIXe siècle)

Le Borgou — région correspondant approximativement aux actuels départements du Borgou et de l'Alibori — était le cœur d'un réseau caravanier précolonial intense. C'est là que les Wangara, marchands musulmans héritiers des traditions commerciales des empires soudanais, ont établi leurs quartiers permanents dans les villes principales.

Brégand décrit le Borgou comme le « centre d'un vaste réseau précolonial de routes commerciales croisées qui furent déterminantes dans la montée et la chute des premières formations politiques soudanaises ». Dans ce contexte, l’islamisation passait par la présence de communautés marchandes stables, dotées de leurs mosquées, de leurs maîtres coraniques et de leurs réseaux de solidarité.

[Source : Brégand, Commerce caravanier, 1998, cité dans Études africaines, 2000]

Les villes de Djougou, Kandi, Nikki et Parakou constituent les pôles historiques de cette islamisation commerciale. Djougou, en particulier, était une escale sur la route de la cola allant de l'actuel Ghana au Nigeria. Sa position de carrefour caravanier en a fait un lieu de brassage entre marchands dendi, haoussa et yoruba, tous majoritairement musulmans.

[Source : Petit Futé, Djougou ; Gouvernement du Bénin, article sur Djougou]

2.3 L’islam à Porto-Novo : une islamisation par les marchands yoruba et haoussa (XIXe siècle)

Dans le sud du pays, l’islamisation suit une trajectoire différente. Porto-Novo — fondamentalement animiste dans ses origines — entre en contact avec l’islam au XIXe siècle par le biais de marchands islamisés d’origine haoussa et yoruba venus du Nigeria. Cette présence marchande précède une adhésion progressive d'une partie de la population locale.

Le roi Sodji, monté sur le trône de Porto-Novo en 1848, prend acte de l'importance croissante de la communauté musulmane dans sa ville. Selon plusieurs sources concordantes, il désigne un imam comme chef spirituel unique de toute la communauté et lui attribue, à proximité du palais royal, un terrain pour la construction d'une mosquée. Ce geste royal — reconnaître une autorité islamique dans une cité à prédominance animiste — témoigne du poids économique et social des marchands musulmans.

[Source : archicaine.org ; Structurae ; Grande mosquée de Porto-Novo, Wikipédia]

La grande mosquée de Porto-Novo, telle qu'elle existe aujourd’hui, est construite entre 1912 et 1925, sous le régime colonial français. C'est un édifice remarquable du point de vue architectural : sa façade principale est de style afro-brésilien, influencée par l'architecture de Salvador de Bahia au Brésil, avec des minarets et un dôme. Cette particularité s'explique par le rôle de la communauté des « Agoudas » — anciens esclaves affranchis revenus du Brésil à partir de 1870 — qui, d’origine animiste vaudou, ont été influencés par les musulmans yoruba et haoussa déjà présents à Porto-Novo.

[Source : Bénin Miton ; IQNA ; Wikipedia Great Mosque of Porto-Novo]

L'historien Soulé Abiodun Taho qualifie la mosquée centrale de Porto-Novo de « centre d'irradiation de l’islam dans Porto-Novo et sa banlieue », précisant qu'elle a inspiré presque toutes les mosquées de la région de l'Ouémé-Plateau.

[Source : afrik.com, interview de Soulé Abiodun Taho, 2025]

2.4 L’islam sous la colonisation française (1894–1960)

La colonisation française du Dahomey (nom du Bénin jusqu’en 1975) modifie profondément les structures sociales et politiques du pays, mais son impact sur l’islam est ambigu. D'un côté, la puissance coloniale impose son autorité sur les structures religieuses comme sur les autres, surveille les mouvements islamiques transnationaux et tente de contrôler les réseaux confrériques jugés potentiellement subversifs. De l'autre, la pax coloniale permet une circulation plus libre des marchands et des lettrés islamiques, favorisant paradoxalement la diffusion de l’islam dans des zones qui y étaient moins exposées.

En revanche, l'école coloniale — laïque et francophone — ne reconnaît pas l'enseignement coranique comme un système éducatif légitime. Les écoles coraniques existantes et les futures medersas se développeront donc en marge du système officiel, une situation qui perdurera longtemps après l'indépendance.

La grande mosquée de Porto-Novo est construite pendant cette période coloniale (1912–1925), ce qui illustre que les activités communautaires musulmanes se poursuivent sous le régime français, dans les limites tolérées par l'administration coloniale.

2.5 De l'indépendance au régime révolutionnaire (1960–1990)

Après l'indépendance de 1960, le nouveau pays connaît une période d'instabilité politique marquée par des coups d’État successifs avant l'arrivée au pouvoir de Mathieu Kérékou en 1972. Le régime révolutionnaire de Kérékou (marxiste-léniniste de 1974 à 1989) adopte une posture laïque qui, sans persécuter l’islam, contrôle les associations religieuses et limite leur influence dans l'espace public.

C'est pendant cette période que les premiers arabisants béninois commencent à partir étudier dans les universités islamiques du monde arabe (Égypte, Arabie Saoudite, Koweït, Maroc). Cette génération de diplômés arabisants constitue l'embryon d'un courant réformiste qui émergera pleinement après 1990.

[Source : Brégand, Politique africaine, 2009]

La Tijaniyya est la confrérie soufie dominante au Bénin pendant cette période, comme dans une grande partie de l'Afrique de l'Ouest francophone. La Qadiriyya est également présente mais dans une moindre mesure. Ces confréries structurent la vie religieuse des communautés musulmanes du Nord, fonctionnant comme des réseaux de sociabilité, d'entraide et de transmission du savoir islamique.

2.6 L'ouverture démocratique et ses effets sur l’islam (depuis 1990)

La Conférence nationale de 1990 et la transition démocratique qui s'ensuit transforment profondément le paysage religieux béninois. La libéralisation politique permet à une multitude d'acteurs religieux — qui existaient parfois clandestinement ou en marge — de s'exprimer et de s'organiser ouvertement.

Pour l’islam, cette période voit plusieurs évolutions simultanées :

Premièrement, le retour progressif au pays des arabisants formés à l'étranger. En 2003, Galilou Abdoulaye estimait leur nombre à environ cinq cents. Ces diplômés, souvent influencés par les courants réformistes wahhabites ou salafistes, apportent une vision de l’islam différente de celle des confréries soufies traditionnelles.

[Source : Brégand, Politique africaine, 2009, citant Abdoulaye 2003]

Deuxièmement, l'arrivée de nouveaux acteurs religieux transnationaux : le mouvement Tabligh (courant missionnaire d’origine indo-pakistanaise), la Ahmadiyya (mouvement d’origine indienne, considéré comme hétérodoxe par la majorité sunnite), et les ordres soufis Nimatullahi et Alawiyya. Ces mouvements trouvent dans la liberté d'association retrouvée un terreau favorable à leur développement.

[Source : Brégand, Politique africaine, 2009 ; Abdoulaye, Archives de sciences sociales des religions, 2009]

Troisièmement, l'afflux de financements en provenance des pays du Golfe et des organisations islamiques transnationales. Ces fonds servent à construire des mosquées, des centres islamiques et des écoles franco-arabes. Ils renforcent l'influence des courants réformistes qui en sont souvent les bénéficiaires, créant des tensions avec les structures islamiques traditionnelles.

[Source : Brégand, 2009 ; Études africaines, 2012]

Chapitre 3. Les courants de l’islam béninois

3.1 L’islam confrérique : la Tijaniyya et la Qadiriyya

Le paysage islamique béninois a longtemps été dominé par l’islam confrérique, c'est-à-dire organisé autour des turuq (confréries soufies). La Tijaniyya et la Qadiriyya sont les deux ordres principaux.

La Tijaniyya

La Tijaniyya est la confrérie la plus répandue au Bénin. Fondée par Ahmed Tijani en 1782 dans l'oasis algérienne de Boussemghoun, elle s'est répandue en Afrique de l'Ouest surtout à partir du XIXe siècle, dans le sillage du jihad d'Al-Hajj Umar Tall. Au Bénin, elle est historiquement dominante dans le nord du pays et dans les communautés marchandes urbaines.

La Tijaniyya béninoise présente une pluralité interne : plusieurs branches coexistent, notamment la tendance liée à Ibrahim Nyasse (le Niass, très répandue en Afrique de l'Ouest). Une chercheuse de Cairn.info note cette pluralité en faisant référence à « la pluralité au sein de la Tidjaniyya au Bénin », citant l'ouvrage d'Abdoulaye (2007) comme référence principale.

[Source : Cairn.info, Affirmations féminines islamiques, 2018 ; Brégand 2009]

Les pratiques de la Tijaniyya incluent le wird — une litanie de prières spécifiques à réciter quotidiennement —, la ziyara (visite aux tombeaux des saints), et le dhikr collectif. Ces pratiques sont précisément ce que critiquent les réformistes, qui y voient des innovations blâmables (bid'a) sans fondement dans le Coran et la Sunna.

La Qadiriyya

La Qadiriyya est considérée comme la plus ancienne des confréries soufies. En Afrique de l'Ouest, son influence s'est particulièrement développée via le réseau des érudits peuls et touareg. Au Bénin, elle est présente mais nettement moins dominante que la Tijaniyya. Sa présence se situe surtout dans les régions nord, parmi certaines communautés peules et dans quelques villes du Borgou.

[Source : Qadiriyya, Wikipédia ; Cairn.info, La guerre des islamismes]

3.2 L’islam réformiste et les arabisants

L’islam réformiste au Bénin est porté par les arabisants — ces diplômés d'universités islamiques arabes (Al-Azhar du Caire, Université islamique de Médine, universités du Koweït, du Maroc, etc.) — et par les courants transnationaux qui les ont formés. Ce courant remet en cause certaines pratiques des confréries soufies, qu'il juge non conformes à l’islam « originel ».

Brégand nuance cependant la dichotomie islam confrérique / islam réformiste : « On peut être à la fois adepte d'une confrérie et influencé par la pensée réformiste. » Cette porosité entre les deux tendances est un trait spécifique de l’islam béninois, qui le distingue par exemple du contexte nigérian où les tensions sont parfois violentes.

[Source : Brégand, Études africaines, 2012]

Un trait notable observé par Brégand : les militants du « vrai islam » au Bénin ont, pour la plupart, opté pour une séparation du religieux et du politique, comparable au modèle ivoirien décrit par Marie Miran. Contrairement à certains courants nigérians ou maliens, l’islamisme politique reste marginal au Bénin.

[Source : Brégand, Politique africaine, 2009]

Le cas de l'imam Mohamed Habib à Cotonou

Brégand a analysé le cas de l'imam Mohamed Habib comme une trajectoire emblématique des tensions internes à l’islam béninois. Formé d'abord dans une confrérie soufie, puis parti étudier au Koweït, Habib est décrit comme un « passeur » entre l’islam confrérique et l’islam réformiste : des soufistes le soupçonnent de dissimulation, des salafistes le qualifient de wahhabite, mais lui-même refuse l'une et l'autre étiquette.

Son parcours illustre comment l'élite islamique béninoise navigue entre des influences multiples — tradition confrérique locale, réformisme arabe, demandes d'une communauté jeune et urbanisée — sans se laisser enfermer dans des catégories rigides.

[Source : Brégand, Politique africaine, 2009]

3.3 Le Tabligh

Le mouvement Tabligh (Jama'at al-Tabligh), fondé en Inde dans les années 1920 par Muhammad Ilyas, est un courant missionnaire et piétiste qui insiste sur la pratique individuelle de l’islam et évite explicitement la politique. Il est présent au Bénin depuis les années 1990 au moins, et recrute notamment parmi les jeunes musulmans urbains. Il est transnational par nature et fonctionne par groupes de prédication itinérants.

[Source : Brégand, Politique africaine, 2009]

3.4 La Ahmadiyya

La Ahmadiyya est un mouvement fondé en 1889 en Inde par Mirza Ghulam Ahmad, qui se proclama mujaddid (réformateur), mahdi (guide) et — selon sa propre doctrine — prophète, ce qui est considéré comme hérétique par l’islam sunnite majoritaire. Cette position théologique fait de la Ahmadiyya un cas à part : elle se dit musulmane mais est rejetée par la plupart des organisations islamiques.

Au Bénin, Galilou Abdoulaye a étudié la Ahmadiyya. Il montre que les libertés d'association et de religion retrouvées après 1990 lui ont permis d'ouvrir des missions et de développer son prosélytisme, notamment par la création d'écoles, d'hôpitaux et de dispensaires — une stratégie d'implantation par les services sociaux typique de ce mouvement.

[Source : Abdoulaye, Archives de sciences sociales des religions, 2009]

3.5 L’islam chiite

La présence chiite au Bénin est très minoritaire et composée essentiellement d'expatriés du Moyen-Orient. L'article de Wikipédia sur l’islam au Bénin le mentionne explicitement : « il existe des chiites expatriés du Moyen-Orient ». Cette présence ne semble pas avoir donné lieu à une communauté chiite locale significative.

[Source : Wikipédia, Islam au Bénin]

Chapitre 4. Organisation institutionnelle de l’islam béninois

4.1 L'Union islamique du Bénin (UIB)

L'Union islamique du Bénin (UIB) est la principale instance fédératrice des communautés musulmanes béninoises. Elle sert d'interface entre les musulmans et les pouvoirs publics. Son existence témoigne de la volonté — au moins partielle — d'organiser et d'unifier une communauté qui est en réalité très diverse dans ses sensibilités.

L'UIB est dirigée par des imams héréditaires, ce qui la rattache à la tradition confrérique. Elle a connu des tensions internes avec certains arabisants, poussés par les ONG islamiques transnationales, qui lui reprochent de représenter un « islam officiel » trop accommodant. Certains membres de l'UIB, cependant, sont ouverts aux idées réformistes et négocient avec les ONG islamiques pour la construction de mosquées et de centres islamiques.

[Source : Brégand, Études africaines, 2012]

L'imam central de Natitingou, Mohamed Nourou Dine Sanni, est mentionné comme quatrième vice-président de l'UIB. Son témoignage — cité dans un article de Bénin Intelligent en 2023 à l'occasion d'un atelier sur l'éducation islamique — illustre le rôle que joue l'UIB comme interlocuteur entre la communauté musulmane et l’État béninois.

[Source : Bénin Intelligent, 12 mai 2023]

4.2 La structure des imams et des mosquées

La structure imamale au Bénin est organisée selon un modèle hiérarchique qui reflète l'organisation sociale des communautés. Dans les grandes villes, l'imam central (ou imam de la mosquée centrale) est une figure d'autorité religieuse et sociale reconnue, parfois héréditaire dans certaines communautés.

Les mosquées constituent le pivot de la vie communautaire islamique. À Parakou, la mosquée du quartier haoussa — construite en 1999 à l'emplacement d'une ancienne mosquée — est citée comme exemple d'expansion des capacités d’accueil liée à la croissance de la communauté.

[Source : Brégand, Politique africaine, 2009]

Dans toutes les grandes villes béninoises, les commerçants haoussa ont fondé des quartiers Zongo. Ces quartiers fonctionnent comme des espaces islamiques auto-organisés, avec leur propre mosquée, leurs propres réseaux d'entraide et leurs propres imams, en lien avec les structures plus larges de la communauté.

4.3 Cohabitation interreligieuse

Un trait remarquable du paysage religieux béninois, fréquemment souligné par les observateurs et les acteurs eux-mêmes, est la relative tolérance interreligieuse. Il n’est pas rare, selon le journaliste de IWAC ayant enquêté sur l’islam béninois, de trouver dans une même famille des chrétiens, des musulmans et des adeptes des religions traditionnelles.

Des témoignages concrets illustrent cette cohabitation : à Djougou, lors du sacre de Mgr Paul Vieyra (un évêque catholique), une forte délégation musulmane dirigée par l'imam central assistait aux cérémonies. À Parakou, un chef animiste a demandé à l'imam de la mosquée de Zongo de réunir les prières pour le développement de la ville.

[Source : IWAC, Islam béninois : extrémisme ou respect des lois coraniques ?]

Cette cohabitation n’est cependant pas exempte de tensions ponctuelles. Le développement des courants réformistes et, dans une moindre mesure, la circulation d'idéologies plus rigoristes venues de pays du Golfe ou du Nigeria suscitent des préoccupations documentées par les chercheurs.

[Source : Brégand, 1999, sur le fondamentalisme à Parakou et Djougou]

Chapitre 5. Pratiques religieuses de l’islam béninois

5.1 Les piliers de l’islam dans le contexte béninois

Les pratiques fondamentales de l’islam — shahada (profession de foi), salat (prière cinq fois par jour), zakat (aumône), sawm (jeûne du Ramadan), hajj (pèlerinage à La Mecque) — sont observées par les musulmans béninois, avec des degrés d'intensité variables selon les individus, les communautés et les courants d'appartenance.

La prière (salat)

La prière collective du vendredi (prière du jumu'a) est particulièrement importante dans la vie communautaire. Les grandes mosquées de Cotonou, Porto-Novo, Parakou, Djougou et Natitingou rassemblent plusieurs centaines voire plusieurs milliers de fidèles chaque vendredi. La prière collective réunit des fidèles qui s'y rendent pour écouter le prêche de l'imam, qui aborde des sujets d'actualité ou de morale.

[Source : nomadays.fr, sur la grande mosquée de Porto-Novo]

Le Ramadan

Le mois de Ramadan est observé avec ferveur dans les communautés musulmanes béninoises. Il donne lieu à des pratiques sociales spécifiques : les repas collectifs de rupture du jeûne (iftar), les prières nocturnes (tarawih), et une intensification des activités caritatives. Dans les villes à forte population musulmane du nord, le Ramadan est une période de ralentissement de l'activité économique diurne et d'intensification de la vie religieuse nocturne.

Le pèlerinage (hajj)

Le pèlerinage à La Mecque est une aspiration importante pour les musulmans béninois. Ceux qui ont effectué le hajj portent le titre honorifique d'« El Hadj » (homme) ou « Al Hadja » (femme). Ce titre confère un prestige social considérable. Les « alhadji » de Parakou sont cités par Brégand dans un article spécifique sur les transporteurs-commerçants enrichis : « Les alhadji de Parakou : de la kola aux titans ».

[Source : Brégand, Revue sénégalaise de sociologie, 1997]

5.2 Pratiques soufies

Dans les communautés liées aux confréries, les pratiques soufies s'ajoutent aux piliers de base. Le dhikr — répétition rythmée de formules laudatives — est une pratique centrale de la spiritualité soufie. Le wird tijani, litanie spécifique à réciter quotidiennement, structure le temps des adeptes de la Tijaniyya. Les ziyara (visites des tombeaux de saints ou de marabouts) sont des pratiques de piété importantes, bien que contestées par les réformistes.

5.3 L'éducation islamique : écoles coraniques, medersas, écoles franco-arabes

L'éducation islamique au Bénin se structure en plusieurs niveaux et types d'établissements. Les écoles coraniques traditionnelles, où les enfants mémorisent le Coran sous la direction d'un maître (parfois itinérant), sont présentes dans toutes les communautés musulmanes du nord et dans les quartiers islamiques du sud.

Les medersas — établissements qui enseignent l'arabe et les sciences islamiques dans un cadre plus formel — se sont multipliées depuis les années 1980-1990, souvent avec le soutien de financements du Moyen-Orient. Enfin, les écoles franco-arabes tentent de combiner enseignement islamique et enseignement profane en français, constituant une réponse hybride à la demande des familles musulmanes qui souhaitent que leurs enfants maîtrisent à la fois la langue de Dieu et les codes du système éducatif national.

La situation des écoles islamiques vis-à-vis du système éducatif national a longtemps été source de « frustrations nourries à l'encontre de l’État », notamment dans le nord du Bénin. Une étude sur les risques de radicalisation en Bénin (octobre 2018) identifiait cette non-reconnaissance comme un facteur de tension. C'est seulement en 2023 qu’un atelier officiel de dialogue entre l’État et les acteurs de l'éducation islamique a été organisé à Parakou, ouvrant la perspective d'une intégration progressive des écoles islamiques dans le système national.

[Source : Bénin Intelligent, 12 mai 2023]

L'imam de Natitingou, vice-président de l'UIB, décrit cet atelier comme « la première fois que l’État béninois a pensé à insérer l'éducation islamique dans l'éducation nationale » et y voit « un pas géant ». Cette déclaration, si elle est exacte, indique que la reconnaissance officielle de l'éducation islamique est une conquête très récente.

[Source : Bénin Intelligent, 12 mai 2023]

5.4 Les femmes et l’islam au Bénin

La place des femmes dans l’islam béninois est un sujet qui a retenu l'attention des chercheurs, notamment à travers le prisme des associations féminines islamiques dans les villes du sud. Denise Brégand a contribué à cette littérature en analysant les « affirmations féminines islamiques dans les villes du Sud Bénin ».

Plusieurs dynamiques coexistent. D'un côté, les associations de femmes musulmanes au Bénin se sont multipliées depuis les années 1990, offrant des espaces de socialisation, de formation religieuse et de solidarité économique. De l'autre, les débats sur le port du voile, l'accès à l'éducation des filles ou le mariage précoce traversent les communautés.

Brégand note l'importance de la figure d'Al Hadja — femme ayant accompli le pèlerinage — comme modèle de respectabilité et d'autorité religieuse féminine. Des groupes de femmes organisent des séances de lecture coranique et des cours d'arabe, souvent dans le cadre des confréries soufies, parfois sous l'impulsion de courants réformistes.

[Source : Cairn.info, Affirmations féminines islamiques, 2018]

Chapitre 6. Islam, économie et société

6.1 L’islam et les réseaux commerciaux

Depuis ses origines au Bénin, l’islam est indissociable du commerce. Les Wangara du Borgou, les commerçants haoussa des quartiers Zongo, les transporteurs de Parakou (descendants des caravaniers) : l'Islam béninois s'est construit dans et par les réseaux économiques.

Brégand illustre cette continuité à travers la figure des transporteurs de Parakou. Ces « titans » — terme local désignant les propriétaires de camions de trente tonnes — sont les descendants des caravaniers Wangara. Enrichis par le transport routier qui a remplacé les caravanes, ils financent la construction de mosquées dans leurs villes. Le titre de son article de 1997 résume parfaitement cette continuité : « Des titans et des mosquées ».

[Source : Brégand, Islam et Sociétés au Sud du Sahara, 1997]

Cette connexion entre réussite économique et pratique islamique se retrouve dans la valorisation de la figure de l'El Hadj : le commerçant qui a réussi manifeste sa réussite et sa piété en accomplissant le pèlerinage, ce qui lui confère à la fois un prestige religieux et une légitimité sociale renforcée.

6.2 L’islam et la politique au Bénin

Le Bénin est un État laïque. La Constitution béninoise garantit la liberté de religion et la séparation de l’État et des Églises (dans un sens large qui englobe toutes les religions). L’islam béninois, dans son ensemble, a respecté cette séparation.

Brégand note que les réformistes béninois ont, pour la plupart, choisi la voie de la séparation du religieux et du politique, contrairement à ce qui s'observe au Nigeria voisin où des revendications pour l'application de la charia dans les États du nord ont donné lieu à des conflits violents.

Le Bénin est membre de l'Organisation de la coopération islamique (OCI), ce qui témoigne d'une reconnaissance de la dimension islamique du pays au niveau diplomatique, sans que cela implique une islamisation de l’État.

[Source : Wikipédia, Islam au Bénin ; Brégand, 2009]

6.3 Les ONG islamiques transnationales et leurs effets

Depuis les années 1990, les organisations islamiques transnationales — principalement d’origine saoudienne, qatarie ou koweïtienne — ont intensifié leur présence au Bénin à travers la construction de mosquées, de centres islamiques et d'écoles, et l'octroi de bourses d'études dans les universités islamiques du monde arabe.

Ces investissements ont des effets ambivalents. D'un côté, ils répondent à des besoins réels de la communauté musulmane en matière d'infrastructure et d'éducation. De l'autre, ils renforcent les courants réformistes qui leur sont souvent liés, et peuvent créer des tensions avec les structures islamiques traditionnelles (confréries) qui se trouvent concurrencées dans leur rôle d'encadrement de la communauté.

L'UIB navigue dans ce contexte complexe, maintenant un dialogue ouvert avec les ONG transnationales tout en restant dominée par des imams héréditaires liés aux traditions confrériques.

[Source : Brégand, Études africaines, 2012]

6.4 Islam et développement : actions caritatives et sociales

La zakat (aumône légale) et la sadaqa (aumône volontaire) sont des pratiques islamiques qui alimentent des circuits de redistribution au sein des communautés. Au Bénin, ces pratiques se manifestent par l'aide aux pauvres, la prise en charge de l'éducation d'orphelins ou d'enfants défavorisés, et la construction d'infrastructures collectives.

La Ahmadiyya, en particulier, s'est positionnée sur le terrain des services sociaux — hôpitaux, dispensaires, écoles — comme stratégie d'implantation, ce qui lui a permis de se développer malgré son statut théologique controversé.

[Source : Abdoulaye, Archives de sciences sociales des religions, 2009]

Chapitre 7. Défis contemporains et perspectives

7.1 La question du fondamentalisme et de la radicalisation

La question du fondamentalisme islamique au Bénin est abordée avec prudence dans la littérature académique, qui distingue soigneusement entre réformisme (critique des pratiques jugées innovantes mais en restant dans un cadre légal et pacifique) et radicalisme violent.

Brégand, dès 1999, identifie dans le nord du Bénin — notamment à Parakou et Djougou — une tension entre l’islam confrérique traditionnel des Wangara et les courants fondamentalistes venus du Nigeria voisin. Cette tension ne s'est pas, à l'époque étudiée, traduite par des violences, mais elle révèle des fractures internes à la communauté musulmane.

[Source : Brégand, Islam et sociétés au sud du Sahara, 1999]

Une étude de 2018 sur les « risques et facteurs potentiels de radicalisation et d'extrémisme violent en République du Bénin » identifiait la non-reconnaissance des écoles islamiques, les inégalités perçues entre les régions nord et sud, et les frustrations économiques comme facteurs de risque. Cette étude, commandée dans un contexte de préoccupations régionales liées aux activités de groupes jihadistes dans le Sahel voisin, a fourni une base pour les discussions sur l'intégration des écoles islamiques au système national.

[Source : Bénin Intelligent, 12 mai 2023, citant l'étude d'octobre 2018]

Il convient de souligner que le Bénin se distingue nettement, dans la région, par l'absence d'un mouvement islamiste violent structuré. La tendance générale observée par les chercheurs est au maintien d'un islam politique relativement modéré, qui se distingue du contexte nigérian, malien ou burkinabé.

7.2 La pression du Sahel et les risques d'extension

La dégradation sécuritaire dans les pays du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger), avec la montée en puissance de groupes armés se réclamant de l’islam, suscite des préoccupations légitimes quant aux risques d'extension vers le nord du Bénin. Les zones du Parc de la Pendjari et du W constituent des zones d'interface avec des espaces sahéliens déstabilisés.

Ce sujet est politiquement sensible et les informations disponibles dans les sources académiques traitées ici sont limitées. Le mentionner sans disposer de données récentes et fiables serait imprudent. Il est signalé comme dimension contemporaine que le lecteur doit avoir à l'esprit, sans que ce document puisse en analyser les développements récents.

7.3 L'enseignement islamique et son intégration dans le système éducatif

Comme indiqué au chapitre 5, l'intégration des écoles islamiques dans le système éducatif national béninois est un chantier ouvert depuis 2023. L'enjeu est considérable : il s'agit de reconnaître la légitimité d'un système éducatif parallèle qui a formé des générations de musulmans béninois tout en les tenant en marge du marché du travail officiel.

Les trois types d'établissements (écoles coraniques, medersas, écoles franco-arabes) devront faire l'objet de traitements différenciés selon leur niveau de formalisation. Le défi est de créer des ponts sans dénaturer l'enseignement religieux, ce que les imams participants à l'atelier de 2023 ont exprimé comme préoccupation centrale.

[Source : Bénin Intelligent, 12 mai 2023]

7.4 Les jeunes musulmans urbains et les nouvelles pratiques

Les jeunes musulmans des villes béninoises — Cotonou, Porto-Novo, Parakou — vivent leur islam dans un contexte différent de celui de leurs parents ou grands-parents. L'accès à internet et aux réseaux sociaux leur ouvre l'accès à une production islamique mondiale très diverse, allant des prédicateurs soufis aux prédicateurs salafistes, en passant par des courants modernistes.

Les associations islamiques des années 1990 ont été dominées par des intellectuels soufis qui ont tenté de réunir la communauté musulmane, de promouvoir le dialogue interreligieux et de participer au processus de démocratisation.

[Source : Cairn.info, Affirmations féminines islamiques, 2018]

La génération suivante se caractérise par une plus grande individualisation de la pratique religieuse, une moindre appartenance aux structures confrériques héritées, et une ouverture aux réseaux islamiques transnationaux. Cette évolution est observable dans toute l'Afrique occidentale francophone.

Chapitre 8. Géographie sacrée : mosquées et lieux islamiques remarquables

8.1 La grande mosquée de Porto-Novo

La grande mosquée de Porto-Novo est l'édifice islamique le plus connu du Bénin à l'échelle internationale. Sa particularité architecturale est unique en Afrique : sa façade principale de style afro-brésilien est la réplique quasi exacte de la cathédrale de Salvador de Bahia au Brésil, avec le croissant islamique à la place de la croix chrétienne. Elle est située près du marché central, dans le cœur ancien de la capitale officielle du Bénin.

Construite entre 1912 et 1925, elle a été récemment classée monument historique par la mairie de Porto-Novo. Elle comprend deux minarets et un dôme. À l'intérieur, des tapis colorés, des lustres et des vitraux créent une atmosphère propice au recueillement. Un musée adjacent retrace l'histoire de l’islam à Porto-Novo.

[Source : Wikipedia Great Mosque of Porto-Novo ; iqna.ir ; structurae.net]

8.2 Les mosquées du Nord : Parakou, Djougou, Kandi, Natitingou

Dans les villes du nord, les mosquées sont plus nombreuses et souvent plus récentes, reflétant la croissance des communautés et les investissements des transporteurs-commerçants enrichis et des ONG islamiques transnationales.

À Parakou, deuxième ville du Bénin, la mosquée centrale du quartier haoussa a été reconstruite en 1999 pour augmenter les capacités d’accueil. Les « titans » — transporteurs routiers descendants des caravaniers Wangara — financent des mosquées dans leurs villes, perpétuant un lien séculaire entre réussite commerciale et investissement dans les infrastructures religieuses.

[Source : Brégand, Politique africaine, 2009 ; Brégand, 1997]

À Djougou, chef-lieu de la Donga, où l’islam représente plus de 72 % de la population, les mosquées constituent un élément central du paysage urbain.

À Natitingou, l'imam central Mohamed Nourou Dine Sanni joue un rôle institutionnel important en tant que vice-président de l'UIB.

8.3 Les quartiers Zongo

Les quartiers Zongo constituent une géographie islamique particulière dans les villes béninoises. Présents dans pratiquement toutes les grandes villes d'Afrique occidentale, ils ont été fondés par des commerçants haoussa itinérants. Au Bénin, ces quartiers accueillent les populations venues de régions nordiques, généralement musulmanes, et disposent de leurs propres structures sociales et religieuses.

Le quartier Zongo n’est pas fermé : c'est un espace d’accueil des « étrangers » du nord dans les villes du sud, qui permet aux migrants musulmans de trouver une communauté de référence tout en s'intégrant progressivement dans la ville d’accueil.

[Source : Brégand, Politique africaine, 2009]

Conclusion : un islam pluriel, ancré et en mouvement

L’islam au Bénin est une réalité ancienne — présente dans le nord du pays depuis le XVe siècle au moins — et vivante, qui continue d'évoluer. Plusieurs traits structurants se dégagent de cette analyse :

Premier trait : une asymétrie géographique profonde. L’islam est majoritaire dans les départements septentrionaux (Alibori, Borgou, Atacora, Donga) et minoritaire dans le sud. Cette répartition est le produit direct des routes commerciales précoloniales et de la diffusion par les marchands.

Deuxième trait : une pluralité interne. L’islam béninois n’est pas un bloc homogène. Il comprend un islam confrérique (dominé par la Tijaniyya), un islam réformiste porté par les arabisants, des courants transnationaux (Tabligh, ONG du Golfe), et des marges hétérodoxes (Ahmadiyya). Ces courants coexistent avec des tensions mais aussi des porosités.

Troisième trait : une intégration sociale remarquable. La cohabitation entre musulmans, chrétiens et animistes est une réalité vécue au quotidien dans de nombreuses familles béninoises. Cela ne signifie pas l'absence de tensions, mais le niveau de violence interreligieuse reste très bas par rapport aux pays voisins.

Quatrième trait : un rapport au commerce et à l'économie constitutif. L’islam béninois s'est construit dans et par les réseaux marchands. Les transporteurs-commerçants de Parakou, les marchands haoussa des quartiers Zongo, les « alhadji » qui financent les mosquées : le lien entre réussite économique, piété islamique et investissement communautaire est une constante historique.

Cinquième trait : des défis contemporains. L'intégration des écoles islamiques dans le système éducatif, la pression des courants réformistes financés de l'extérieur, les risques sécuritaires liés à la déstabilisation du Sahel voisin, et les mutations dans la pratique des jeunes générations urbanisées constituent les enjeux actuels de l’islam béninois.

Ce document ne prétend pas avoir épuisé un sujet d'une telle ampleur. Deux ouvrages académiques de référence — Abdoulaye (2007) et Brégand (1998) — auraient mérité d'être lus dans leur intégralité plutôt que via des citations de seconde main. Les chercheurs sont invités à consulter ces travaux directement.

Bibliographie sélective et sources

Ouvrages académiques de référence

Abdoulaye, Galilou. L'Islam béninois à la croisée des chemins. Histoire, politique et développement. Köln : Rüdiger Köppe Verlag (Mainzer Beiträge zur Afrikaforschung), 2007.

Brégand, Denise. Commerce caravanier et relations sociales au Bénin. Les Wangara du Borgou. Paris : L'Harmattan (Sociétés africaines et diaspora), 1998, 272 p. [Préface de Jacques Lombard.]

Articles académiques

Abdoulaye, Galilou. « La Ahmadiyya au Bénin ». Archives de sciences sociales des religions, n° 146, 2009. Disponible sur journals.openedition.org.

Brégand, Denise. « Les Wangara du Nord-Bénin face à l'avancée du fondamentalisme : étude comparative à Parakou et Djougou ». Islam et sociétés au sud du Sahara, n° 13, 1999, p. 91-102.

Brégand, Denise. « Des titans et des mosquées ». Islam et Sociétés au Sud du Sahara, n° 11, 1997, p. 39-54.

Brégand, Denise. « Les alhadji de Parakou : de la kola aux titans ». Revue sénégalaise de sociologie, n° 1, 1997.

Brégand, Denise. « Du soufisme au réformisme : la trajectoire de Mohamed Habib, imam à Cotonou ». Politique africaine, n° 116, 2009, p. 121-138. Disponible sur cairn.info.

Brégand, Denise. « Circulation dans les communautés musulmanes plurielles du Bénin ». Études africaines, 2012. Disponible sur journals.openedition.org.

Brégand, Denise. « Affirmations féminines islamiques dans les villes du Sud Bénin ». In L'Afrique des générations. Paris : Karthala, 2018 (chap. 2). Disponible sur cairn.info.

Brégand, Denise. « Anthropologie historique des Wangara du Borgou ». In Regards sur le Borgou. Pouvoir et altérité dans une région ouest-africaine, E. Boesen, C. Hardung & R. Kuba (dir.). Paris : L'Harmattan, 1998, p. 245-263.

Abdoulaye, Galilou. [Texte de travail sur l’islam béninois]. Arbeitspapiere / Working Papers n° 18. Johannes Gutenberg Universität, Institut für Ethnologie und Afrika-Studien, Mainz. Disponible sur blogs.uni-mainz.de.

Sources institutionnelles

INSAE (Institut national de la statistique et de l'analyse économique). Recensement général de la population et de l'habitation du Bénin. Résultats définitifs RGPH4, 2013. Disponible sur instad.bj.

Gouvernement de la République du Bénin. « Destination Bénin : Djougou, la cité de Kpétoni ». gouv.bj, novembre 2020.

Presse et sites spécialisés

Bénin Intelligent. « Écoles islamiques : leur intégration dans le système éducatif national ». 12 mai 2023.

IQNA. « Bénin : la grande mosquée de Porto-Novo, un héritage afro-brésilien ». iqna.ir.

Afrik.com. « Porto-Novo : plongée dans la majesté de la mosquée centrale, héritage afro-brésilien ». Septembre 2025.

IWAC / Islam Afrique de l'Ouest. « Islam béninois : extrémisme ou respect des lois coraniques ? ». islam.zmo.de.

Structurae. « Grande mosquée de Porto-Novo (1925) ». structurae.net.

Wikipedia. « Islam au Bénin ». fr.wikipedia.org, consulté 2025.

Wikipedia. « Grande mosquée de Porto-Novo ». fr.wikipedia.org, consulté 2025.

Note finale sur les limites de ce document

Ce document a été produit à partir de sources accessibles en ligne et de références académiques disponibles dans les bases de données consultées (Cairn.info, OpenEdition, Persée, articles de presse béninoise). Ses limites sont les suivantes :

1. L'ouvrage de référence principal — Abdoulaye (2007), L'Islam béninois à la croisée des chemins — n’a pas pu être consulté dans son intégralité, faute d'accès au texte complet. Les informations le concernant ont été reconstituées à partir de citations dans d'autres articles académiques.

2. Les données statistiques sur la population musulmane au Bénin présentent des divergences entre les sources (24,6 %, 27,7 %, 34,1 %). Ces divergences n’ont pu être tranchées définitivement.

3. L'histoire de l’islam au Bénin sous la colonisation française (1894–1960) et pendant la première décennie d'indépendance (1960–1972) est insuffisamment documentée dans les sources consultées.

4. Les développements sécuritaires récents dans le nord du Bénin (depuis 2021 environ) n’ont pas été traités en détail, ces évolutions rapides nécessitant des sources spécialisées actualisées.

5. Certains aspects de la pratique islamique quotidienne — prière dans les foyers, transmission aux enfants, rôle des marabouts locaux, syncrétismes avec les pratiques animistes — auraient mérité un traitement plus approfondi que ce que permettaient les sources disponibles.

Ce document constitue une base sérieuse mais non définitive. Il devra être enrichi et corrigé au fur et à mesure que de nouvelles sources deviendront accessibles.