Les boissons locales du Bénin

Production, histoire, économie, santé publique et fraudes

Vin de palme, sodabi, tchoukoutou, chakpalo, adoyo, bissap et secteur industriel

Document de recherche — fongbebenin.com

Août 2026

Les boissons locales du Bénin : vin de palme, sodabi, tchoukoutou, bissap et jus d’ananas
Les boissons locales du Bénin

Avertissement méthodologique

Ce document a été établi selon les règles éditoriales de fongbebenin.com : aucune donnée n’y est inventée, chaque affirmation importante est assortie d’un niveau de confiance explicite, et les zones d’ombre de la documentation sont signalées plutôt que comblées par des conjectures. Les sources mobilisées sont de trois ordres. D’abord des travaux académiques : l’article de Catherine Fourgeau et Johanna Maula sur les producteurs et productrices de sodabi du sud-est du Bénin (Cahiers d’outre-mer, 1998), l’étude historique de Giovanni Tonolo publiée dans le Journal of African History (Cambridge University Press, 2025) sur la répression de l’alcool de palme au Dahomey de 1840 à 1975, l’étude de Kouchadé, Kounouhéwa et Awokou sur l’extraction du vin de palme (OCL, 2017), et les recherches de l’équipe de Polycarpe Kayodé (Université d’Abomey-Calavi) et de ses collègues de Wageningen sur le tchoukoutou. Ensuite la presse béninoise et internationale : La Nation, La Nouvelle Tribune, 24 Heures au Bénin, Jeune Afrique, VOA Afrique, l’AFP. Enfin des sources commerciales et descriptives (sites de producteurs, blogs spécialisés), utilisées avec la prudence qu’impose leur nature promotionnelle.

Une précision d’honnêteté intellectuelle s’impose d’emblée : le monde des boissons locales béninoises est massivement informel, et les chiffres globaux qui circulent — volumes de production, parts de marché, consommation par habitant — reposent sur des estimations fragiles ou partielles. Lorsque ce document cite un volume ou un pourcentage, il en indique la source et le degré de fiabilité. Lorsqu’aucun chiffre fiable n’existe, il le dit. Enfin, sur la question demandée des boissons frelatées, ce document décrit les pratiques, les saisies et les risques sanitaires attestés, mais s’abstient volontairement de détailler les recettes de falsification : les décrire précisément reviendrait à en diffuser le mode d’emploi.

Chapitre 1 — Typologie des boissons locales du Bénin

Le paysage béninois des boissons s’organise en cinq familles que ce document étudie successivement. La première est celle des sèves fermentées : le vin de palme, appelé atan en fongbe, obtenu par fermentation spontanée de la sève du palmier à huile (Elaeis guineensis) ou du raphia. C’est la boisson-mère, la plus ancienne, dont la consommation est attestée bien avant la colonisation (confiance : élevée). La deuxième famille est celle des eaux-de-vie distillées, dominée par le sodabi, distillat de vin de palme titrant couramment de 40 à 70 % vol., invention béninoise du XXe siècle devenue un marqueur identitaire national. La troisième famille regroupe les bières de céréales à fermentation spontanée ou dirigée : le tchoukoutou, bière opaque de sorgho emblématique du nord du pays, et le chakpalo (ou tchakpalo), plus clair et plus sucré, répandu du centre au sud. La quatrième famille est celle des boissons artisanales non alcoolisées ou très faiblement alcoolisées : l’adoyo à base d’eau de maïs ou de peaux d’ananas, le jus de bissap tiré des calices d’hibiscus, le jus de baobab, les jus d’ananas artisanaux. La cinquième famille, enfin, est le secteur industriel : bières, boissons gazeuses et eaux de la SOBEBRA et de ses concurrents, qui coexistent avec l’artisanat sans l’avoir jamais évincé.

Cette typologie recoupe une géographie. Le sud, pays de la palmeraie, est le domaine du vin de palme et du sodabi ; le nord, pays du sorgho et du mil, celui du tchoukoutou ; le chakpalo circule entre les deux ; les jus artisanaux sont partout, portés très majoritairement par le travail des femmes (confiance : élevée pour cette division géographique générale, qui admet évidemment des exceptions dans un pays où les migrations internes brassent les habitudes).

Elle recoupe aussi une sociologie de la consommation. Le vin de palme et le tchoukoutou sont des boissons de sociabilité quotidienne et de cérémonie : libations aux ancêtres, funérailles, mariages, réunions de travail collectif. Le sodabi occupe une position singulière : à la fois alcool populaire bon marché, offrande rituelle omniprésente dans le culte vodoun et la pharmacopée (macérations de plantes), et désormais spiritueux valorisé par des marques haut de gamme. Les jus artisanaux, eux, sont la boisson des repas, des écoles et des marchés.

Fourchettes de teneur en alcool des principales boissons. Les bornes hautes du sodabi proviennent de témoignages de producteurs et de la presse ; le degré réel varie fortement d’un alambic à l’autre (confiance : moyenne sur les bornes exactes).

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Chapitre 2 — Le vin de palme (atan), la boisson-mère

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2.1. Nature et fermentation

Le vin de palme est la sève sucrée du palmier, qui fermente spontanément au contact des levures et bactéries de l’environnement. Fraîchement recueillie, elle est douce et à peine alcoolisée ; en quelques heures, la fermentation la rend pétillante, acidulée, et son degré grimpe vers 2 à 6 % vol. ; au-delà d’une journée, elle tourne au vinaigre. Cette instabilité est le fait technique central de toute la filière : le vin de palme ne se conserve pas, ne se transporte guère, et c’est précisément cette contrainte qui a fait le succès de sa distillation en sodabi, produit stable et concentré (confiance : élevée sur le mécanisme général).

2.2. Les techniques de récolte au Bénin

Le Bénin se distingue de nombreux pays africains par la prédominance d’une technique létale : l’extraction par abattage. L’étude de Kouchadé, Kounouhéwa et Awokou (OCL — Oilseeds and Fats, Crops and Lipids, vol. 24, n° 5, 2017), menée sur vingt-cinq palmiers de la station de recherche de Pobè, décrit le procédé : le palmier est abattu, puis le bourgeon apical est entaillé quotidiennement pour maintenir l’arbre « en saignée ». Les dix-huit premiers jours donnent en moyenne 5,88 litres de vin par mètre cube de stipe, puis le débit décroît jusqu’au tarissement, environ cinquante-quatre jours après l’abattage. Le volume total récoltable est proportionnel au volume du tronc, et les journées sèches et ensoleillées accélèrent l’écoulement (confiance : élevée, source académique directe). Il existe aussi des techniques de récolte sur arbre vivant, par incision de l’inflorescence en haut du stipe, décrites par des producteurs béninois, mais l’abattage domine dans la zone de production du sodabi.

Cette prédominance de l’abattage a une conséquence économique et écologique majeure : la production de vin de palme entre en concurrence directe avec la production d’huile de palme et de palmiste, puisque l’arbre saigné est un arbre mort. C’est ce conflit d’usages qui structure toute l’histoire de la répression coloniale racontée au chapitre suivant, et qui explique les discours « conservationnistes » de l’administration française des années 1930 s’alarmant de la destruction des palmeraies autour de Porto-Novo (Tonolo, 2025). Le débat n’est pas clos : des agronomes béninois plaident aujourd’hui pour des palmeraies dédiées en rotation, ou pour la saignée sur pied d’espèces à couronne basse (Kouchadé et al., 2017).

2.3. Usages sociaux et rituels

Le vin de palme est la boisson des palabres, des cérémonies de dot, des funérailles et des libations. Verser les premières gouttes au sol pour les ancêtres avant de boire est un geste largement répandu au sud comme au nord (où il s’applique au tchoukoutou). Dans le culte vodoun, le vin de palme et surtout le sodabi accompagnent les consultations du Fa, les offrandes aux vodoun et de nombreuses préparations de la pharmacopée : macérations de racines, d’écorces et de plantes dans l’alcool, réputées contre des maux très divers (confiance : élevée sur l’existence et l’ampleur de ces usages ; aucune prise de position ici sur leur efficacité thérapeutique). Des tentatives récentes d’embouteillage stabilisé du vin de palme existent au Bénin — la marque Naturo d’un jeune technologue agroalimentaire en est un exemple documenté par la presse spécialisée —, mais restent marginales face au circuit traditionnel (confiance : moyenne sur la pérennité de ces initiatives).

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Chapitre 3 — Histoire du sodabi : une invention béninoise sous surveillance (1840–1975)

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3.1. Avant le sodabi : les restrictions précoloniales

L’histoire de la régulation de l’alcool de palme au Bénin ne commence pas avec la colonisation. L’article de Giovanni Tonolo, « “Sodabi Calamity Number One”: The Production of Palm Alcohol in Dahomey and its Repression, 1840–1975 » (The Journal of African History, vol. 66, 2025, article en libre accès), établit que dès le milieu du XIXe siècle, les rois d’Abomey imposaient déjà des restrictions sur le vin de palme dans leur territoire. La répression coloniale des années 1930 s’inscrit donc dans une continuité plus longue de contrôle étatique de cette ressource (confiance : élevée, source académique à comité de lecture).

3.2. L’invention : les frères Sodabi d’Allada

Le récit d’origine, remarquablement convergent entre les sources béninoises (La Nation, allAfrica reprenant la presse béninoise, sites de producteurs) et la littérature académique, est le suivant. Deux frères originaires de la région d’Allada — les sources citent Bonou Kiti Sodabi et son frère Gbéhalaton, certains récits précisant le village de Sèdjè-Houégoudo — furent enrôlés comme tirailleurs pendant la Première Guerre mondiale. En France, Bonou Kiti observa les techniques paysannes de distillation. Rentré après l’armistice de 1918, il construisit avec son frère un alambic artisanal. Les premiers essais sur bananes fermentées (un alcool appelé ahankou ou anko dans certains récits) furent décevants ; l’essai sur le vin de palme, vers 1925 selon plusieurs sources, fut un succès immédiat. La boisson prit le nom de ses inventeurs et la technique se répandit dans tout le sud du Dahomey puis au Togo dans les années 1930 (confiance : élevée sur la trame générale, qui est corroborée par l’étude de Tonolo à partir de sources judiciaires ; moyenne sur les détails fins comme l’année exacte ou l’épisode de l’ananas, qui varient selon les récits).

3.3. La répression coloniale (1931–1960)

En 1931, à la suite d’un rapport du chef de canton Agoudafo Sékou, l’administration coloniale arrêta les deux frères, qui passèrent six mois en prison et durent payer une lourde amende de six mille francs de l’époque ; le journal local Le Phare du Dahomey mena campagne en publiant la photographie de l’inventeur (allAfrica, 2004, reprenant un article de la presse béninoise ; La Nation, 2017 ; confiance : élevée sur l’arrestation et l’interdiction, moyenne sur les détails de l’amende et le nom exact de l’administrateur, que les sources orthographient diversement Manget, Jarton ou Barton). L’interdiction officielle invoquait la santé publique ; l’historiographie récente montre qu’elle protégeait surtout deux intérêts économiques : les importations d’alcools métropolitains, concurrencées par un spiritueux local bon marché, et la production d’huile de palme, menacée par l’abattage des palmiers (Tonolo, 2025 ; convergence avec les sources béninoises ; confiance : élevée).

L’effet de la répression fut paradoxal et bien documenté : loin de tarir la production, l’emprisonnement des frères Sodabi fit la publicité de leur invention. Des distilleries clandestines s’installèrent partout ; la police arrêtait les porteurs de « colis suspects » ; les tribunaux coloniaux jugèrent des centaines d’affaires, dont les procès-verbaux constituent précisément le corpus documentaire exploité par Tonolo via le programme Endangered Archives (Justice coloniale française au Bénin, EAP1055). L’étude montre aussi que la Grande Dépression poussa les paysans vers la production de sodabi : quand les cours des produits du palmier s’effondrèrent, distiller la sève devint plus rémunérateur que vendre l’huile. La répression, conclut l’auteur, rendit plus difficile l’amélioration des conditions de vie paysannes (confiance : élevée).

3.4. De l’indépendance à la légalisation (1960–1975)

Fait moins connu et contre-intuitif : l’indépendance du 1er août 1960 ne légalisa pas le sodabi. La distillation resta illégale jusqu’en 1975, les élites du jeune Dahomey reconduisant l’interdit colonial. Entre-temps, le regard des experts eux-mêmes changea : dès 1968, le géographe Jacques Vallet, missionné sur les projets de développement du palmier, réévaluait l’intérêt économique de la production d’alcool de palme. En 1975, l’interdiction fut levée et la production sortit de la clandestinité — sans jamais, pour autant, entrer vraiment dans la statistique officielle (Tonolo, 2025 ; confiance : élevée sur les dates, moyenne sur les circonstances précises de la levée de l’interdit, peu détaillées dans les sources accessibles). L’épisode de 1952, où le Conseil de la Jeunesse du Dahomey appela à une grève de la consommation d’alcool pendant les fêtes de fin d’année, montre par ailleurs que la critique de l’alcoolisme n’était pas qu’un discours colonial : elle traversait aussi la société dahoméenne (Tonolo, 2025).

Chronologie synthétique. Les dates de 1931 et 1975 sont solidement établies ; celle de 1925 pour la première distillation réussie est la plus couramment citée, mais varie selon les récits (confiance : moyenne).

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Chapitre 4 — Fabriquer le sodabi : technique et économie villageoise

4.1. La chaîne opératoire

La fabrication traditionnelle enchaîne six opérations : abattage et saignée du palmier ; récolte quotidienne de la sève pendant plusieurs semaines ; fermentation spontanée donnant le vin de palme ; première distillation dans un alambic artisanal — typiquement des fûts métalliques reliés à un serpentin refroidi dans un bac d’eau ; seconde distillation (la « repasse ») qui concentre l’alcool et isole le cœur de chauffe ; enfin vieillissement éventuel, aromatisation par macération de plantes, et vente. Le degré final varie fortement selon le savoir-faire du distillateur et la générosité de la coupe, couramment entre 40 et 70 % vol. selon les témoignages de producteurs et la presse (confiance : moyenne sur les bornes chiffrées, élevée sur le procédé général).

Chaîne opératoire traditionnelle du sodabi. Le rendement de sève cité à l’étape 2 provient de Kouchadé et al. (2017).

4.2. L’économie villageoise : l’enquête de Fourgeau et Maula (1998)

La référence académique francophone la plus riche sur l’économie du sodabi reste l’article de Catherine Fourgeau et Johanna Maula, « Producteurs et productrices d’alcool de palme (sodabi) dans le sud-est du Bénin » (Les Cahiers d’outre-mer, vol. 51, n° 202, 1998, accessible sur Persée). Les autrices y montrent que la production, à partir du vin d’Elaeis ou de raphia, est une activité pleinement intégrée aux sphères sociale et économique de la société rurale : elle constitue à la fois un exemple d’intégration réussie d’une technologie importée et un moyen d’obtenir des revenus personnels, pour les hommes comme pour les femmes — l’article insiste sur cette individualisation des revenus, qui touche les deux sexes (confiance : élevée, c’est la thèse explicite de l’article).

La division du travail y est décrite comme genrée mais non exclusive : la saignée des palmiers et la conduite de l’alambic sont plutôt masculines, la fermentation, la commercialisation et la vente au détail plutôt féminines. Le raphia, qui peut être saigné sur pied sans tuer l’arbre et donne une sève abondante, occupe une place particulière dans les zones humides du sud-est. Les réseaux de collecte organisent le transport du vin frais vers les distilleries avant qu’il ne s’acidifie, puis celui du distillat vers les marchés urbains. Le producteur supporte le coût du palmier ou de la sève, du bois de chauffe et de l’alambic ; sa marge dépend donc fortement du prix de la matière première et de la distance au marché (confiance : élevée sur l’organisation générale décrite par l’enquête ; les montants de 1998 ne sont pas transposables tels quels à 2026).

4.3. Usages rituels et pharmacopée

Le sodabi n’est pas seulement bu. Il sert aux libations, aux serments, aux consultations du Fa, à l’accueil d’un visiteur et à la consécration de nombreux objets rituels. Il constitue aussi le solvant privilégié des préparations médicinales traditionnelles : racines, écorces, feuilles, fruits ou organes animaux y macèrent pendant des jours ou des mois. L’alcool extrait effectivement certaines molécules végétales et assure une conservation partielle ; cela ne permet toutefois pas de conclure à l’efficacité ni à l’innocuité de chaque préparation, dont le dosage et la composition sont rarement standardisés (confiance : élevée sur les usages, prudence nécessaire sur les effets médicaux).

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Chapitre 5 — La vague premium : le sodabi en bouteille

Depuis les années 2000, une nouvelle génération d’entrepreneurs cherche à faire du sodabi un spiritueux de terroir normalisé, embouteillé et exportable. Le cas le mieux documenté est celui de Tambour. En 2013, l’entrepreneur béninois Éric Gbaguidi installe à Bantè, à trois cents kilomètres au nord de Cotonou, une petite distillerie moderne : alambics en inox, thermostats, embouteillage soigné — et lance « Tambour original, product of Benin », un sodabi à 45 % vol. destiné aussi bien aux bars de Cotonou qu’à l’exportation vers New York (AFP, reprise par plusieurs médias africains ; confiance : élevée). Le reportage de l’AFP documente aussi la résistance initiale du marché : à huit mille francs CFA la bouteille de 37,5 cl, contre huit cents à mille francs le litre de sodabi de village, le produit premium coûtait vingt à trente fois plus cher au volume.

Tambour n’est pas isolé. Jeune Afrique (2020) recense une génération d’enseignes qui revisitent l’eau-de-vie : King of Soto, créé par Mabel Adekambi, propose des sodabis macérés aux fruits (mille francs la petite bouteille, trois mille cinq cents la grande) ; Déhan Sodabi vend des liqueurs au basilic ou au curcuma ; au Togo voisin, NeHo Likors mélange depuis 2009 sodabi et arrangés à la cannelle ou au gingembre, et la maison familiale togolaise derrière la marque Caliendi a été médaillée d’argent à la San Francisco World Spirits Competition 2015. Une entreprise familiale béninoise commercialise par ailleurs depuis 1990 un sodabi de marque distillé en alambics inox (confiance : élevée sur l’existence de ces marques, citées par la presse ; moyenne sur leur situation commerciale actuelle, qui évolue vite).

La signification économique de cette vague dépasse l’anecdote : elle transforme un produit informel et stigmatisé en spiritueux de terroir exportable, sur le modèle de ce que la tequila ou le rhum agricole ont connu ailleurs. Mais son poids en volume reste marginal face à l’océan du sodabi de village — aucune source ne permet de le chiffrer précisément, et il faut se méfier des discours promotionnels qui présentent le premium comme l’avenir de la filière (confiance : élevée sur le caractère marginal en volume, par simple comparaison des ordres de grandeur de prix et de diffusion).

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Chapitre 6 — Tchoukoutou et chakpalo : les bières de céréales

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6.1. Le tchoukoutou, bière opaque du nord

Le tchoukoutou (tchouk, choukoutou) est une bière opaque de sorgho, patrimoine des peuples de la savane — Bariba, Batammariba (Somba), et au-delà des frontières Kabyè et autres populations du nord du Togo. Sa fabrication, presque exclusivement féminine, comporte trois phases : le maltage (trempage des grains, germination de deux à trois jours sous couverture humide, séchage au soleil), le brassage (mouture, délayage, filtrage, cuissons longues, souvent doubles), et la fermentation, ensemencée par un ferment traditionnel appelé kpètè-kpètè, riche en levures (presse béninoise ; travaux de l’Université d’Abomey-Calavi ; confiance : élevée).

La littérature scientifique béninoise sur le tchoukoutou est étonnamment fournie, largement grâce à l’équipe de Polycarpe Kayodé (Université d’Abomey-Calavi), souvent en collaboration avec l’université de Wageningen. L’étude « Diversity of yeasts involved in the fermentation of tchoukoutou, an opaque sorghum beer from Benin » (Kayodé et al., 2011) identifie Saccharomyces cerevisiae comme levure dominante de la fermentation et mesure sur des échantillons de Tchaourou, Parakou, Pèrèrè et N’Dali un pH de 3,5 à 3,8 et une acidité titrable de 0,6 à 0,8 % en acide lactique — une bière franchement acidulée. D’autres travaux de la même équipe portent sur l’optimisation du maltage du sorgho (Kayodé et al., International Journal of Biological and Chemical Sciences, 2011) et sur la dynamique des levures dans les fermentations spontanées de mawè et de tchoukoutou (Greppi et al., International Journal of Food Microbiology, 2013). Une thèse béninoise a caractérisé le kpètè-kpètè en vue d’un starter industriel (confiance : élevée, sources académiques directes).

Le tchoukoutou se boit en cabaret : arrière-cours où officient les brasseuses, calebasses passant de main en main, prix modique. Il continue de fermenter dans la calebasse — c’est une boisson vivante, qui ne se conserve pas et se boit dans la journée. Son rôle social est structurant dans le nord : marchés, funérailles, fêtes des récoltes, libations. Deux variantes principales circulent, le « léger » et le « lourd », selon la densité du moût (presse béninoise ; confiance : élevée).

Chaîne opératoire du tchoukoutou. Les données de pH proviennent de Kayodé et al. (2011).

6.2. Le chakpalo

Le chakpalo (tchakpalo, tchapalo en Côte d’Ivoire) est l’autre bière de céréales : plus claire, plus sucrée, moins acide que le tchoukoutou, à base de sorgho ou de maïs maltés, très répandue chez les Nagots et dans le centre-sud, et vendue aussi bien par des Béninoises que par des brasseuses d’origine togolaise ou nigériane dans les villes. Une étude économique lui est spécifiquement consacrée : Dossou, Ballogou, Dabadé et Dakpo, « Analyse économique de la production artisanale du chakpalo au Bénin : aspects sociaux et facteurs déterminants de la rentabilité financière de l’activité » (Journal of Applied Biosciences, vol. 87, 2015), qui confirme le caractère féminin et rentable de l’activité (confiance : élevée sur l’existence et l’objet de l’étude ; ses chiffres détaillés n’étant pas intégralement accessibles en ligne, ils ne sont pas reproduits ici).

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Chapitre 7 — Les boissons non alcoolisées artisanales

Le versant non alcoolisé de l’artisanat des boissons est économiquement considérable et presque entièrement féminin. L’adoyo est une boisson typiquement béninoise, légèrement pétillante par fermentation courte, dont il existe deux grandes familles de recettes : à base d’eau de maïs fermentée (l’ogui, l’eau de trempage du maïs destiné aux pâtes), citronnée et aromatisée à la citronnelle, et à base de peaux d’ananas — une valorisation anti-gaspillage des épluchures. Son degré d’alcool reste très faible, de l’ordre de 1 à 2 % vol., et elle se vend dans les marchés et aux abords des écoles (sources descriptives béninoises ; confiance : moyenne sur les chiffres, élevée sur la description générale).

Le jus de bissap, infusion sucrée des calices séchés d’Hibiscus sabdariffa, est probablement le jus artisanal le plus vendu du pays ; les fleurs séchées s’achètent dans tous les marchés, Dantokpa en tête, et chaque vendeuse a sa recette d’aromatisation — menthe, gingembre, vanille, ananas. Le nord du Bénin cultive lui-même l’hibiscus (appelé djisma dans certaines langues du nord, selon des témoignages de consommateurs). S’y ajoutent le jus de baobab, les jus d’ananas artisanaux — la filière ananas du plateau d’Allada alimente des dizaines d’unités de transformation artisanales ou semi-modernes encadrées par la DANA et l’ABeNOR, avec une association nationale des transformateurs (ANaTRAB) —, le lémou (citronnade au gingembre selon les recettes), et les boissons de mil fermenté partagées avec le Togo (confiance : élevée sur le paysage d’ensemble, moyenne sur chaque détail de terminologie régionale).

Ce secteur des jus est aussi celui où la formalisation progresse le plus vite : embouteillage, pasteurisation, étiquetage et certification DANA permettent à des marques locales d’entrer dans les supermarchés et les stations-service, alors que le sodabi de village reste, lui, massivement hors normes. La boisson non alcoolisée artisanale est ainsi devenue une porte d’entrée classique de l’entrepreneuriat féminin béninois (confiance : moyenne — constat convergent de la presse économique, sans statistique nationale consolidée).

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Chapitre 8 — Le secteur industriel : la SOBEBRA et les autres

Face à l’artisanat, le pilier industriel est la Société béninoise de brasseries (SOBEBRA). Son histoire résume celle de l’économie béninoise : simple succursale d’importation de la BRACODI ivoirienne jusqu’en 1957, elle devient la Société de brasseries du Dahomey (SOBRADA), puis SOBRADO à l’indépendance, est nationalisée après la révolution de 1972 sous Mathieu Kérékou, et est cédée le 6 janvier 1992 au groupe français Brasseries et Glacières Internationales, filiale du groupe Castel, qui la rebaptise SOBEBRA (Wikipédia, article sourcé ; confiance : élevée sur cette trame). Implantée à Cotonou, Parakou et Possotomè, employant près d’un millier de personnes, elle produit la bière nationale La Béninoise (65 cl et 33 cl en verre consigné), la Pils lancée en 2019, ainsi que des marques du portefeuille Castel (Castel, Flag, Beaufort, 33 Export) et des marques sous licence, plus les boissons gazeuses et l’eau de Possotomè. Elle domine le marché formel, aux côtés d’acteurs plus petits comme Lakhi Industries (bière Libs) ou la SBB de Djérégbé, et de la concurrence togolaise de BB Lomé — qui met d’ailleurs en canette La Béninoise pour le compte de la SOBEBRA (sources : site SOBEBRA, La Nation, annuaires économiques ; confiance : élevée sur la structure du marché, moyenne sur les détails du portefeuille de marques qui évolue).

Point important pour la suite : aucune source publique ne donne les volumes de production annuels de la SOBEBRA. L’entreprise ne publie pas ces chiffres, et la presse se contente d’ordres de grandeur de chiffre d’affaires. Une source secondaire indique que la bière représenterait environ 55 % de l’alcool enregistré consommé au Bénin, pour une consommation de bière inférieure à un litre par habitant et par an — chiffre plausible mais de source faible (annuaire commercial ; confiance : faible). Cette opacité est un exemple de plus du problème statistique général traité au chapitre suivant.

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Chapitre 9 — Prix et volumes : ce que l’on sait, ce que l’on ignore

9.1. L’échelle des prix

Les prix relevés dans les sources dessinent une hiérarchie stable. En bas, les boissons de grande consommation : la calebasse de tchoukoutou au cabaret et le sachet de bissap ou d’adoyo se négocient en centaines de francs CFA, souvent moins de trois cents. Le litre de vin de palme au village vaut quelques centaines de francs. Le litre de sodabi en vrac s’achetait huit cents à mille francs au village au milieu des années 2010 (AFP) ; les annonces de gros récentes restent dans ces eaux, autour de mille cinq cents francs le litre conditionné. La bière industrielle de 65 cl se vend selon les lieux entre cinq cents et mille francs. Puis viennent les arrangés artisanaux en bouteille (mille à trois mille cinq cents francs chez King of Soto en 2020, quatre mille francs pour certains arrangés togolais) et enfin le premium : huit mille francs la bouteille de 37,5 cl de Tambour à son lancement (confiance : élevée sur chaque prix cité, qui a une source identifiable ; moyenne sur leur actualité, l’inflation récente ayant pu les déplacer).

Échelle des prix indicatifs. Chaque fourchette agrège des relevés de presse et d’annonces commerciales d’années différentes : il s’agit d’ordres de grandeur, pas d’une mercuriale.

9.2. Le trou noir statistique des volumes

Il faut l’écrire sans détour : personne ne connaît le volume de sodabi, de tchoukoutou ou de vin de palme produit chaque année au Bénin. La production est dispersée en dizaines de milliers d’ateliers familiaux non enregistrés ; l’État n’a jamais mis en place de recensement de la filière ; et l’héritage de quarante-quatre ans d’illégalité (1931–1975) a durablement installé la production hors du regard administratif. Les seules quantifications sérieuses sont locales et anciennes (Fourgeau et Maula, 1998, pour le sud-est) ou indirectes (rendements par palmier de Kouchadé et al., 2017). Tout chiffre national global qui circulerait sans source primaire identifiable doit être tenu pour invérifiable (confiance : élevée sur le constat de lacune).

9.3. Le paradoxe des statistiques OMS

Ce trou noir a une conséquence spectaculaire dans les statistiques internationales. Les classements OMS relayés par la presse africaine créditent le Bénin d’environ 1,18 litre d’alcool pur par habitant de quinze ans et plus et par an — l’un des chiffres les plus bas d’Afrique, loin derrière le Gabon (9,01 litres), le Nigeria (8,9) ou l’Ouganda (8,33) (Agence Ecofin d’après l’OMS ; Gabon Media Time, 2025). Quiconque connaît le Bénin réel — ses cabarets de tchoukoutou, ses buvettes, son sodabi omniprésent — mesure l’invraisemblance d’une lecture naïve de ce chiffre : il reflète essentiellement la consommation enregistrée, celle qui passe par la douane et la fiscalité, c’est-à-dire la bière industrielle et les spiritueux importés. L’OMS elle-même estime qu’environ un quart de l’alcool consommé dans le monde est non enregistré, proportion très supérieure dans les pays à forte production artisanale. Le chiffre béninois dit donc moins la sobriété du pays que l’informalité de son alcool (confiance : élevée sur le mécanisme d’explication ; les rapports détaillés de l’OMS publient d’ailleurs des estimations séparées de consommation non enregistrée, qu’il faudrait consulter directement pour affiner).

Consommation d’alcool enregistrée, litres d’alcool pur par habitant de 15 ans et plus (données OMS relayées par la presse, années de référence variables). La position du Bénin illustre le biais d’enregistrement, non une faible consommation réelle.

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Chapitre 10 — Santé publique

Les conséquences sanitaires des boissons locales se lisent à trois niveaux. Le premier est celui de l’alcool lui-même : le sodabi courant titre au moins 40 % vol., souvent davantage, et se vend à un prix qui met l’ivresse quotidienne à la portée des budgets les plus modestes. La presse béninoise et les débats parlementaires de 2024 décrivent une jeunesse touchée par des consommations massives, des décès attribués à des « overdoses d’alcool » et un désarroi des familles (VOA Afrique, mai 2024, reportage citant consommateurs et pères de famille ; confiance : élevée sur l’existence du phénomène, faible sur toute quantification — il n’existe pas de données épidémiologiques nationales publiées sur la mortalité liée au sodabi). Rappelons le cadre général : l’OMS attribue à l’alcool environ trois millions de décès par an dans le monde et un rôle de facteur de risque dans plus de deux cents maladies, cirrhose, cancers et maladies cardiovasculaires en tête.

Le deuxième niveau est celui de la qualité microbiologique et de l’hygiène des boissons fermentées artisanales. Les travaux de l’équipe Kayodé montrent des produits vivants, non pasteurisés, à la charge microbienne variable selon les sites, ce qui pose des questions de maîtrise sanitaire — c’est précisément l’objectif des recherches sur les ferments starters et sur le contrôle qualité simple, comme la densimétrie proposée pour les bières de sorgho (Konzou et al., 2020). À l’inverse, il faut noter que le tchoukoutou et les jus artisanaux ont aussi des atouts nutritionnels (céréales complètes, vitamine C et antioxydants du bissap) régulièrement soulignés par la littérature, sans qu’il faille verser dans le discours des vertus miracles (confiance : élevée).

Le troisième niveau est réglementaire. Le 17 mai 2024, après une question orale avec débat à l’Assemblée nationale le 16 mai, la ministre de l’Industrie et du Commerce Shadiya Alimatou Assouman a signé un arrêté interdisant totalement la production, l’importation et la distribution des boissons alcoolisées en sachet plastique — ces dosettes à très bas prix qui ciblaient de fait une population très jeune, dans un pays dont l’âge médian est d’environ dix-sept ans ; le Togo et le Ghana avaient pris des mesures analogues (Jeune Afrique, 1er juin 2024 ; VOA Afrique, 30 mai 2024 ; confiance : élevée). La ministre indiquait alors que des milliers de litres de produits frelatés étaient saisis chaque mois — transition toute trouvée vers le dernier chapitre. À titre de note d’usage responsable : ce document décrit des risques sanitaires ; il ne remplace évidemment pas un avis médical pour toute situation individuelle.

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Chapitre 11 — Les boissons frelatées

11.1. De quoi parle-t-on ?

Il faut distinguer trois réalités que le langage courant confond sous le mot « frelaté ». D’abord le sodabi de mauvaise qualité : mal distillé, coupé, ou distillé à partir de « n’importe quoi » plutôt que du seul vin de palme, comme s’en inquiétaient déjà des anciens interrogés par La Nation en 2017. Ensuite la contrefaçon de marques : liqueurs et whiskies d’imitation, fabriqués à partir d’alcool de provenance douteuse, d’arômes et de colorants, puis embouteillés sous de fausses étiquettes de marques connues. Enfin l’adultération dangereuse proprement dite : ajout de substances toxiques ou psychoactives — les débats parlementaires béninois de 2024 ont cité le formol et le diazépam parmi les adjuvants retrouvés (VOA Afrique, 2024), et le risque classique des distillations frauduleuses est le méthanol, dont les intoxications font régulièrement des morts ailleurs dans le monde (dossiers de presse internationale sur les intoxications au méthanol ; confiance : élevée sur la typologie ; les proportions respectives des trois phénomènes au Bénin ne sont pas quantifiées publiquement).

11.2. La chronique des saisies (2022–2026)

La Police républicaine et les douanes communiquent régulièrement sur leurs opérations, ce qui permet une chronique factuelle. En janvier 2022, un réseau de fabrication et de distribution d’alcool frelaté était démantelé à Ouaké (VOA Afrique). Le 26 décembre 2025, le commissariat de Pahou mettait au jour à Satcha-Codji un atelier clandestin complet — arômes, cartons de whisky, étiquettes, bouchons, additifs chimiques — et saisissait 861 bouteilles de liqueurs frelatées de marques diverses (Imperial, Best, Black Island, St-Rémy, Dubonnet, Chancelier, Green Gin Eagle ; La Nouvelle Tribune, 28 décembre 2025). Le 27 juillet 2026 à Lokossa, plus de cinq cents bouteilles suspectes étaient saisies dans trois boutiques d’une même commerçante, interpellée (La Nouvelle Tribune). Début août 2026, une opération conjointe douanes-police à Ouèdèmè saisissait 826 kilogrammes de boissons contrefaites, soit cinquante-neuf cartons et huit bouteilles (24 Heures au Bénin). Cette liste n’est pas exhaustive : elle reflète les opérations médiatisées, c’est-à-dire une fraction inconnue du phénomène (confiance : élevée sur chaque saisie citée, qui a une source de presse datée ; le total réel est par nature inconnaissable).

11.3. Lecture d’ensemble

Trois traits ressortent. Premièrement, la géographie : les saisies documentées se concentrent dans le sud et le long des axes frontaliers, ce qui suggère des circuits d’importation et de reconditionnement autant que de fabrication locale — la ministre du Commerce évoquait en 2024 des intrants venus des pays limitrophes. Deuxièmement, l’économie : le frelaté prospère exactement dans le créneau de prix que l’interdiction des sachets de 2024 a voulu fermer, celui de l’ivresse à très bas coût ; il est donc prévisible que la répression du conditionnement déplace une partie de la demande vers d’autres formes de bas de gamme, et la chronique des saisies de 2025–2026 est cohérente avec cette hypothèse (confiance : moyenne — c’est une interprétation, signalée comme telle). Troisièmement, le paradoxe réputationnel : le frelaté nuit d’abord aux boissons locales légitimes, car il entretient l’amalgame entre artisanat et danger, alors que le sodabi bien fait et le tchoukoutou de cabaret relèvent d’un savoir-faire contrôlable — c’est tout l’enjeu des démarches de normalisation (DANA, ABeNOR) et de la premiumisation étudiée au chapitre 5.

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Lexique vernaculaire

atan
Vin de palme en fongbe ; la sève fermentée d’Elaeis guineensis ou de raphia.
sodabi
Eau-de-vie de vin de palme ; du nom de ses inventeurs, les frères Sodabi d’Allada.
ahankou / anko
Alcool de bananes fermentées, premier essai attribué aux frères Sodabi (graphies variables).
tchoukoutou / tchouk
Bière opaque de sorgho du nord du Bénin et du Togo.
kpètè-kpètè
Ferment traditionnel du tchoukoutou, riche en Saccharomyces cerevisiae.
chakpalo / tchakpalo
Bière de céréales plus claire et sucrée, répandue du centre au sud.
adoyo
Boisson légèrement fermentée à base d’eau de maïs (ogui) ou de peaux d’ananas.
ogui
Eau de trempage ou de fermentation du maïs, base de l’adoyo de maïs.
bissap
Infusion sucrée des calices d’Hibiscus sabdariffa ; djisma dans certaines langues du nord.
cabaret
Débit de boisson traditionnel, notamment de tchoukoutou, souvent en arrière-cour.

Note de prudence linguistique conforme à la ligne du site : les graphies fongbe ci-dessus suivent l’usage courant de la presse et des sources citées, sans notation tonale. Pour une publication sur fongbebenin.com, une vérification contre le dictionnaire de Ségurola et Rassinoux et auprès de locuteurs natifs reste recommandée, notamment pour atan et les termes du nord qui ne relèvent pas du fongbe (confiance : moyenne sur les graphies exactes).

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Limites de l’étude et feuille de route vers une version étendue

Ce document a des limites claires, qu’il vaut mieux énoncer que dissimuler. Les données économiques fines datent de 1998 ; aucun volume national de production n’est connu ; la santé publique du sodabi n’a pas d’épidémiologie publiée ; les prix cités mélangent des années différentes ; et la dimension rituelle, ici résumée, mériterait un traitement ethnographique complet en lien avec vos pages vodoun existantes.

Pour tendre réellement vers l’ampleur souhaitée, la voie la plus solide est l’enquête de terrain, chapitre par chapitre : relevés de prix systématiques et datés sur les marchés d’Abomey-Calavi, de Cotonou (Dantokpa) et d’une ville du nord ; entretiens avec des distillateurs d’Allada et des brasseuses de tchoukoutou, avec enregistrements du vocabulaire fongbe et bariba de chaque geste technique — ce qui rejoindrait directement le projet de corpus audio du site ; monographie d’un cabaret et d’un atelier de distillation ; collecte des recettes régionales d’arrangés et d’adoyo ; enfin lecture intégrale des deux sources académiques majeures en libre accès (Tonolo 2025 ; Fourgeau et Maula 1998 sur Persée), dont chaque page peut nourrir une section. Chacun de ces blocs peut faire l’objet d’un document séparé au même format, que nous fusionnerons ensuite.

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Bibliographie et sources

Sources académiques

Tonolo, Giovanni, « “Sodabi Calamity Number One”: The Production of Palm Alcohol in Dahomey and its Repression, 1840–1975 », The Journal of African History, vol. 66, e2, Cambridge University Press, 2025, p. 1–16 (libre accès). Source primaire : archives judiciaires coloniales (Endangered Archives Programme EAP1055).

Fourgeau, Catherine et Maula, Johanna, « Producteurs et productrices d’alcool de palme (sodabi) dans le sud-est du Bénin », Les Cahiers d’outre-mer, vol. 51, n° 202, 1998 (Persée). Source primaire : enquête de terrain.

Kouchadé, C. A., Kounouhéwa, B. et Awokou, S. K., « La récolte de vin de palme : procédé et effets des conditions environnementales », OCL — Oilseeds and Fats, Crops and Lipids, vol. 24, n° 5, 2017. Source primaire : expérimentation à la station CRAPP de Pobè.

Kayodé, A. P. P. et al., « Diversity of yeasts involved in the fermentation of tchoukoutou, an opaque sorghum beer from Benin », African Journal of Biotechnology (article de 2011). Source primaire : analyses microbiologiques.

Kayodé, A. P. P. et al., « Optimisation du procédé traditionnel de maltage du sorgho pour la production de boissons fermentées », International Journal of Biological and Chemical Sciences, vol. 5, 2011.

Greppi, A. et al., « Yeast dynamics during spontaneous fermentation of mawè and tchoukoutou, two traditional products from Benin », International Journal of Food Microbiology, vol. 165, 2013.

Dossou, J., Ballogou, V. Y., Dabadé, D. S. et Dakpo, M., « Analyse économique de la production artisanale du chakpalo au Bénin », Journal of Applied Biosciences, vol. 87, 2015.

Konzou, T. et al., « Valorisation de la bière locale à base de sorgho par l’utilisation d’une méthode chimique simple de contrôle de la qualité (la densimétrie) », 2020.

Presse et sources institutionnelles

AFP, « Le sodabi, l’alcool très consommé au Bénin qui veut conquérir les bars new-yorkais », dépêche reprise par plusieurs médias africains (milieu des années 2010).

Jeune Afrique, « Sodabi arrangé : du Bénin au Togo, l’eau-de-vie de vin de palme revisitée », 28 février 2020.

Jeune Afrique, « Interdiction de l’alcool en sachet : le Bénin fait d’une pierre deux coups », 1er juin 2024.

VOA Afrique, « Le Bénin interdit la commercialisation des boissons alcoolisées en sachet plastique », 30 mai 2024.

La Nation (Bénin), « Production d’alcool local dans le Sud-ouest du Bénin : les origines d’une invention béninoise », 12 octobre 2017 ; « Pils par La Béninoise : le nouveau-né de la Sobebra », 11 mars 2019.

allAfrica.com, « Bénin : le sodabi, alcool du vin de palme, d’hier à aujourd’hui », 2004 (reprise de presse béninoise).

La Nouvelle Tribune, « Une énorme quantité de boissons alcoolisées frelatées saisie à Pahou », 28 décembre 2025 ; « Plus de 500 bouteilles de boissons suspectes saisies à Lokossa », juillet 2026.

24 Heures au Bénin, « Plus de 800 kg de boissons contrefaites saisis à Ouèdèmè », août 2026.

Agence Ecofin, « Les pays africains qui consomment le plus (et le moins) d’alcool par habitant », d’après le rapport OMS ; Gabon Media Time, octobre 2025 (chiffre du Bénin : 1,18 L).

Société béninoise de brasseries : site officiel sobebra.bj ; article Wikipédia « Société béninoise de brasseries » (historique SOBRADA/SOBRADO/privatisation 1992).

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