Les catastrophes au Bénin depuis 200 ans

Épidémies, sécheresses, inondations, érosion du littoral : deux siècles de catastrophes et de transformations du territoire béninois.

Deux siècles de catastrophes

Retracer les catastrophes survenues au Bénin depuis environ deux cents ans n'est pas simple. Le Bénin actuel n'existait pas encore sous cette forme au début du XIXe siècle. Une partie du territoire appartenait notamment au royaume du Danxomè, tandis que Porto-Novo et d'autres régions connaissaient leurs propres organisations politiques.

Les documents sont également très inégaux. Les catastrophes du XXIe siècle sont décrites par les administrations, les organismes internationaux, les météorologues et les organisations humanitaires. Pour le XIXe siècle, nous dépendons davantage des archives, des témoignages et des travaux historiques.

Le territoire béninois est particulièrement exposé à deux phénomènes opposés : le manque d'eau, qui provoque sécheresses et mauvaises récoltes, et l'excès d'eau, responsable de nombreuses inondations.

La variole au XIXe siècle

Parmi les grandes menaces sanitaires du XIXe siècle figure la variole. Cette maladie infectieuse pouvait provoquer une forte mortalité, laisser des survivants défigurés et entraîner des complications graves, notamment la cécité.

Dans le royaume du Danxomè, la maladie était suffisamment importante pour occuper une place particulière dans les conceptions religieuses et médicales de la société. Sakpata était notamment associé à la variole et aux maladies éruptives.

Nous ne possédons cependant pas de statistiques fiables permettant de calculer précisément le nombre de morts provoqués par chaque épidémie. Il serait donc incorrect de fabriquer des bilans chiffrés pour cette période.

La naissance des statistiques sanitaires

À partir de la période coloniale, les archives médicales deviennent progressivement plus nombreuses. Des rapports sont établis sur les épidémies, les vaccinations, les maladies tropicales et l'activité des dispensaires.

Ces statistiques restent toutefois incomplètes. Une grande partie de la population rurale échappait encore aux systèmes administratifs et médicaux. De nombreux décès n'étaient tout simplement pas enregistrés.

Les maladies infectieuses demeuraient nombreuses : variole, maladies diarrhéiques, fièvres, parasitoses et infections respiratoires.

Les catastrophes climatiques avant 1950

Les anciennes chroniques signalent des périodes de mauvaises récoltes, de fortes pluies ou de sécheresse, mais les données météorologiques véritablement comparables apparaissent surtout au XXe siècle.

Les études climatiques modernes utilisent notamment des séries de précipitations établies à partir de stations météorologiques présentes dans différentes régions du pays.

Cette documentation montre que le climat béninois a toujours connu d'importantes variations. Les périodes sèches et les années exceptionnellement pluvieuses ne constituent donc pas des phénomènes nouveaux.

Les décennies humides des années 1950 et 1960

Les données pluviométriques montrent plusieurs années particulièrement humides au cours des décennies 1950 et 1960, notamment dans le sud.

Les régions situées autour de l'Ouémé, du lac Nokoué, du Mono et des nombreuses zones humides du sud sont naturellement sensibles aux crues.

Lorsque de fortes précipitations se combinent avec la montée des fleuves, les eaux peuvent envahir les terres agricoles, les villages et les voies de circulation.

Zone inondée au Bénin
Les zones basses du sud du Bénin sont naturellement exposées aux inondations.

Les sécheresses des années 1970 et 1980

Les années 1970 et 1980 furent marquées par une importante diminution des précipitations dans une grande partie de l'Afrique de l'Ouest. Le nord du Bénin fut particulièrement exposé.

Une mauvaise saison des pluies pouvait empêcher les cultures d'atteindre leur développement normal, réduire les pâturages, affaiblir le bétail et provoquer une baisse importante des récoltes.

Agriculture confrontée à la sécheresse
La sécheresse agit lentement mais peut compromettre toute une saison agricole.

La grande sécheresse de 1980

Une sécheresse majeure est recensée au Bénin en 1980. Les estimations internationales indiquent qu'une très grande partie de la population fut affectée directement ou indirectement.

Cela ne signifie pas que toutes ces personnes furent menacées de mort. La notion de population affectée comprend également les habitants dont les cultures, les réserves alimentaires, les revenus ou l'accès à l'eau furent perturbés.

La sécheresse est une catastrophe progressive : les pluies tardent, les cultures souffrent, les rendements diminuent, les réserves s'épuisent et les difficultés économiques apparaissent.

Les inondations de 1982 et 1985

Après la sécheresse, le pays connaît plusieurs épisodes de crues importantes. Une inondation majeure est enregistrée en 1982.

L'année 1985 est également considérée comme l'une des grandes années d'inondation du Bénin au XXe siècle. Habitations, routes, ponts, écoles, champs et bétail furent touchés dans plusieurs régions.

Rue béninoise inondée
Une inondation ne détruit pas seulement les maisons : elle perturbe les transports, l'école et l'économie.

1988 et 1991 : les crues se répètent

De nouvelles inondations importantes sont recensées en 1988. Certaines estimations évoquent plusieurs centaines de milliers de personnes affectées et de vastes surfaces agricoles endommagées.

En 1991, d'autres épisodes concernent notamment le Zou, l'Atlantique et le Littoral.

La répétition des catastrophes montre que le problème est structurel. Les habitations construites dans des zones basses ou inondables restent exposées lors de chaque nouvelle crue.

1995 : des villages sous les eaux

Les inondations de 1995 constituent un nouvel épisode majeur, notamment dans les régions proches du Mono.

Une maison entourée par les eaux cesse rapidement d'être un refuge. La cuisine devient difficile, les puits peuvent être contaminés, les latrines débordent et les animaux domestiques doivent être déplacés.

Village touché par les inondations
Dans les villages touchés, l'inondation transforme rapidement une crise matérielle en crise sanitaire.

Le choléra

Les inondations favorisent les contaminations lorsque l'eau potable, les latrines et l'évacuation des déchets sont insuffisamment protégées. Le choléra constitue l'exemple le plus connu.

En 2003, l'Organisation mondiale de la santé signala 265 cas et trois décès entre janvier et la mi-novembre.

En 2005, une nouvelle flambée apparut à Cotonou avant de concerner notamment l'Ouémé.

Prévention sanitaire au Bénin
La prévention du choléra repose notamment sur l'eau potable, l'assainissement et une prise en charge rapide.

La méningite dans le nord

Le nord du Bénin appartient à la grande ceinture africaine de la méningite. L'Atacora, la Donga et d'autres régions septentrionales ont connu plusieurs épisodes importants.

Les campagnes de vaccination ont considérablement amélioré la prévention de certaines formes de méningite.

Campagne de vaccination au Bénin
Les campagnes de vaccination constituent l'un des principaux progrès sanitaires des dernières décennies.

2010 : l'une des plus grandes catastrophes récentes

Les inondations de 2010 restent une référence dans l'histoire récente du Bénin.

De fortes pluies et la crue des cours d'eau touchèrent une grande partie du territoire. Environ 55 communes sur 77 furent concernées. Des centaines de milliers de personnes furent affectées.

Des maisons furent détruites ou rendues inhabitables, de vastes surfaces agricoles furent submergées et certaines routes devinrent impraticables.

Inondations au Bénin
Les inondations de 2010 touchèrent une grande partie du territoire national.

2012 et 2013 : de nouvelles inondations

Les années 2012 et 2013 furent à nouveau marquées par des épisodes importants.

À Cotonou, la vulnérabilité est accentuée par la géographie même de la ville, située dans une zone basse comprise entre l'océan Atlantique, le lac Nokoué et les systèmes lagunaires.

L'assainissement, le curage des caniveaux et la protection des voies naturelles d'écoulement jouent donc un rôle essentiel dans la prévention.

Prévention après une catastrophe
La prévention devient aussi importante que l'intervention après la catastrophe.

L'érosion du littoral

L'érosion côtière constitue une catastrophe plus lente mais particulièrement visible au Bénin.

Le littoral béninois s'étend sur environ 125 kilomètres. Certains secteurs situés autour de Cotonou, Sèmè-Podji et Grand-Popo ont connu des reculs importants du trait de côte.

Le phénomène dépend des vagues, des courants, du transport des sédiments, de la montée du niveau marin mais également des activités humaines, notamment certains ouvrages portuaires ou côtiers.

Érosion côtière au Bénin
L'érosion côtière menace certaines habitations, routes et activités économiques du littoral.

2016 : une nouvelle épidémie de choléra

En 2016, le Bénin connut une nouvelle épidémie importante. L'Organisation mondiale de la santé indiqua 678 cas et 13 décès.

Plus de 70 % des cas signalés concernaient Cotonou. L'épidémie fut déclarée terminée en décembre 2016.

L'épisode montre cependant que le choléra peut être maîtrisé par la détection précoce, l'accès à l'eau potable, l'hygiène, la désinfection et la prise en charge rapide des malades.

2020-2022 : la Covid-19

La pandémie mondiale de Covid-19 atteignit le Bénin en 2020.

Le bilan officiel publié par le gouvernement béninois a fait état de plus de 26 000 cas confirmés et de 163 décès. Ces chiffres correspondent aux cas diagnostiqués officiellement et non nécessairement au nombre réel d'infections.

La crise eut également des conséquences économiques et sociales : restrictions de déplacement, perturbation de certaines activités, mesures sanitaires et campagnes de vaccination.

Vaccination contre la Covid-19 au Bénin
La pandémie de Covid-19 a rappelé que certaines catastrophes peuvent être mondiales.

2021-2022 : nouveau retour du choléra

Entre septembre 2021 et janvier 2022, une importante flambée de choléra toucha le pays.

L'OMS comptabilisa environ 1 430 cas et 20 décès. Plusieurs départements furent concernés, notamment l'Alibori, l'Atacora, l'Atlantique, le Borgou, les Collines, la Donga, le Littoral, le Mono et l'Ouémé.

Le Borgou, particulièrement autour de Parakou, fut l'un des principaux foyers.

Le changement climatique

Il serait incorrect d'attribuer chaque sécheresse ou chaque inondation du Bénin au changement climatique. Ces phénomènes existaient bien avant le réchauffement actuel.

Le changement climatique modifie toutefois plusieurs risques : niveau de la mer, températures, précipitations extrêmes et disponibilité de l'eau.

À cela s'ajoutent des facteurs humains : urbanisation rapide, construction dans des zones basses, réseaux d'évacuation insuffisants, occupation des zones humides et obstruction de certains caniveaux.

Une catastrophe résulte généralement de la rencontre entre un phénomène dangereux, une population exposée et une vulnérabilité humaine ou matérielle.

Chronologie des principaux événements documentés

XIXe siècle Épidémies de variole et autres maladies infectieuses.

1950-1960 Plusieurs périodes exceptionnellement humides.

1970-1980 Importante phase de sécheresse en Afrique de l'Ouest.

1980 Grande sécheresse au Bénin.

1982 Importantes inondations.

1985 Inondations destructrices.

1988 Nouvelles crues majeures.

1991 Inondations dans plusieurs régions.

1995 Fortes inondations, notamment dans le Mono.

1999 Nouveaux épisodes de crue.

2003 Flambée de choléra.

2005 Nouvelle flambée de choléra.

2010 Inondations exceptionnelles à l'échelle nationale.

2012-2013 Nouvelles inondations importantes.

2016 Épidémie de choléra.

2020-2022 Pandémie de Covid-19.

2021-2022 Nouvelle épidémie de choléra et importantes crues.

Ce qui a changé en deux siècles

Les catastrophes n'ont pas disparu, mais les moyens de les combattre se sont considérablement améliorés.

Au XIXe siècle, une maladie comme la variole pouvait se propager sans vaccination généralisée ni véritable réseau médical. Aujourd'hui, la variole a disparu du monde et de nombreuses autres maladies sont combattues par la vaccination.

Les services météorologiques permettent également de mieux anticiper les fortes pluies et certaines crues. La protection civile, les autorités sanitaires et les organisations humanitaires disposent de moyens qui n'existaient pas autrefois.

La difficulté principale réside désormais dans l'augmentation de l'exposition : croissance démographique, urbanisation rapide et occupation de territoires vulnérables.

Une histoire de l'eau

L'histoire des catastrophes au Bénin apparaît finalement comme une histoire largement dominée par l'eau.

Lorsqu'elle manque, elle provoque sécheresse, mauvaises récoltes et difficultés alimentaires.

Lorsqu'elle tombe en trop grande quantité, elle provoque crues, inondations et contamination de l'eau potable.

Sur le littoral, l'océan menace progressivement certaines habitations et certains territoires.

Le défi du XXIe siècle n'est donc pas seulement de réagir aux catastrophes, mais de construire les villes, les routes et les villages en tenant compte des risques connus.

Sources principales

Agence béninoise pour l'environnement – Rapport intégré sur l'état de l'environnement au Bénin.

https://abe.bj/

Organisation mondiale de la santé – Épidémies de choléra au Bénin.

https://www.who.int/

Organisation mondiale de la santé – Bureau régional pour l'Afrique.

https://www.afro.who.int/

Banque mondiale – Changement climatique, littoral et risques au Bénin.

https://www.worldbank.org/

Gouvernement de la République du Bénin – Informations sanitaires et données sur la Covid-19.

https://www.gouv.bj/

Travaux scientifiques consacrés aux précipitations extrêmes, à la méningite et à l'histoire sanitaire du Dahomey et du Bénin.